Centre national d’art vivant : Guernica de Picasso à Tunis ?

Le Centre National d’Art Vivant de Tunis abritera, du 6 au 23 juin 2013, le vernissage de l’exposition Guernica de Picasso, le 6 juin 2013, à 17h. Il s’agit d’un projet d’échange entre l’Espagne et la Tunisie comprenant 25 artistes espagnols et 25 artistes tunisiens s’inspirant de la Guernica de Picasso. La toile s’est enflammée avec une information qui ressemble plus à de l’intox qu’à un message crédible : « l’arrivée de l’oeuvre originale de l’artiste espagnol au Centre National d’Art Vivant, et ce en partenariat avec l’Instituto Cervantès de Tunis. »

Cette information n’est pas crédible pour des raisons évidentes. D’abord, l’Espagne n’envoie pas une toile de la valeur de Guernica à Tunis où l’Etat n’a pas pu protéger une simple exposition, comme celle qui s’est déroulée il y a quelques mois à l’espace Culturel « Ebdellia », attaqué impunément par des salafistes. Mais à supposer que l’Espagne consente à prendre le risque et nous envoyer l’un de ses plus précieux trésors culturels, nous n’aurons pas les moyens de payer la facture des assurances. Celle-ci est si élevée que le seul moyen de la payer serait de recourir au FMI pour un autre prêt. Mais comme ceux qui nous gouvernent sont des gens raisonnables, ils ne commettront pas une telle bêtise. Cela dit, il n’est pas impossible qu’une copie de Guernica soit envoyée à Tunis, et peut-être même les travaux initiaux entrepris par Picasso avant de réaliser son oeuvre magistrale. Pour ceux qui désirent voir la copie originale, il n’y a qu’un seul moyen : faire le voyage à Madrid et visiter le musée de la reine Sofia.

Toutefois, il bon est de saisir cette occasion pour rappeler que Guernica est une des oeuvres les plus célèbres du peintre espagnol Pablo Picasso, et un des tableaux les plus connus au monde. Elle tire son nom de la ville basque de Guernica, martyrisée par les armées de Hitler et de Mussolini un peu plus de deux ans avant le déclenchement de la deuxième guerre mondiale. En effet, le lundi 26 avril 1937, pendant un jour de marché, la petite ville basque de Guernica est bombardée par des avions allemands et italiens. C’est la première fois dans l’Histoire moderne qu’une population urbaine est sciemment massacrée. Ce massacre a été voulu par Hitler, allié du général Franco dans la guerre civile espagnole, pour terroriser la population civile, mais aussi pour expérimenter ses armes qu’il amassait déjà en prévision du conflit mondial qu’il s’apprêtait à déclencher. Dans les semaines qui suivent la tragédie de Guernica, alors que l’opinion internationale est encore sous le coup de l’émotion, le gouvernement espagnol républicain de Francisco Largo Caballero commande à Pablo Ruiz Picasso, peintre espagnol résidant à Paris, une oeuvre destinée à en perpétuer le souvenir, mais aussi pour être exposée dans le pavillon espagnol de l’Exposition Internationale de Paris de 1937.

L’artiste, qui est à cette époque inspiré par le thème de la corrida, compose une toile de proportions grandioses, en noir et blanc, où la souffrance est évoquée par des hommes mais aussi des chevaux et des taureaux déchiquetés et hurlant de douleur. Présentée à l’exposition universelle de Paris, Guernica est l’oeuvre à la tonalité la plus dramatique de la longue carrière de Picasso. Cette toile monumentale, qui s’apparente à un puzzle aux formes démantelées, caractéristique du style cubiste, est une dénonciation politique du bombardement de la ville de Guernica. Ce bombardement, ainsi que le tableau de Picasso, devinrent rapidement un symbole de la violence franquiste et fasciste avant de se convertir en symbole de l’horreur de la guerre en général.

Après une période où elle fut présentée à travers le monde de 1937 à 1939 pour notamment lever des fonds pour les Républicains espagnols, la toile resta aux États-Unis (principalement au Museum of Modern Art de New York) durant une quarantaine d’années en raison de l’entrée de l’Europe dans la seconde guerre mondiale et du refus catégorique de Picasso, engagé auprès du parti communiste français, que l’oeuvre aille en Espagne tant que « les libertés publiques n’y seront pas rétablies », ainsi que le stipulait la lettre écrite avec son avocat Roland Dumas le 14 novembre 1970.

L’arrivée de cette oeuvre en Espagne à la fin du mois d’octobre 1981, six ans après la mort de Franco, fut un symbole fort de la fin de la dictature. Elle est, depuis, exposée au musée de la reine Sofia à Madrid.

 

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