Pr Ag Hamida Turki, Présidente de la SDVT

Vos premières impressions à quelques minutes de la clôture du 27ème Congrès national de la SDVT ?

Hamida TurkiDe l’avis de tous, on sent déjà qu’il s’agit du congrès de l’excellence. Ces deux jours ont réuni la trois quart
des dermatologues tunisiens et 30 conférenciers étrangers et tunisiens. Les thèmes choisis en concertation entre les membres de la SDVT et le Collège de Dermatologie étaient la carcinologie cutanée, les pathologies vulvaires, la
prise en charge des urticaires et les toxidermies. Notre bureau se félicite de la qualité des interventions et de l’excellent niveau des travaux présentés par des chercheurs et des auteurs tunisiens. Les conférenciers invités ont émis le souhait d’établir des coopérations scientifiques, et ceci ne fait que confirmer le haut niveau de la dermatologie tunisienne.
Je tiens à exprimer toute ma confiance dans le bureau dirigeant, composé essentiellement de jeunes professeurs en dermatologie qui font un travail titanesque pour promouvoir la spécialité à travers ce congrès ainsi qu’à travers les journées d’enseignement et les cours dispensés aux résidents au courant de l’année.

Dr Amor Khachemoune

Amor Khachemoune

« La chirurgie de Mohs offre un traitement de très haut calibre du cancer de la peau »

La chirurgie de Mohs est utilisée surtout pour traiter les deux cancers de la peau les plus répandus. Elle est particulièrement utile pour traiter les cancers étendus et agressifs, qui risquent de réapparaître, dont les limites ne sont pas claires et qui se trouvent dans des parties du corps où il faut préserver le plus possible les tissus sains.
Les explications du Dr Amor Khachemoune, dermatologue à New York, aux Etats Unis .

Pourquoi pratiquer une chirurgie de Mohs et pour quelles tumeurs ?

La chirurgie de Mohs est aussi connue sous le nom de chirurgie micrographique de Mohs. Il s’agit d’une intervention chirurgicale spécialisée par laquelle on retire une tumeur par petites couches jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de cellules cancéreuses.
Les différents types de cancer de la peau traités par cette technique hautement spécialisée sont principalement le carcinome basocellulaire, le carcinome spinoce-llulaire, certains types de mélanomes superficiels et d’autres types rares de cancer de la peau. La chirurgie de Mohs est utilisée pour traiter des tumeurs apparaissant dans des régions où il est essentiel de retirer le moins de tissu possible (paupières, oreilles, nez, lèvres, peau à la naissance des cheveux, organes génitaux, doigts ou orteils), de grande taille (plus de 2 cm de diamètre), récidivantes ou présentant un risque élevé de récidive, apparaissant à l’emplacement d’une radiothérapie antérieure, agressives, apparaissant chez des personnes immunodéprimées et dont les bords sont mal délimités .Cette chirurgie offre un traitement de très haut calibre du cancer de la peau

Les effets secondaires sont-ils possibles ?

Comme pour toutes les chirurgies en dermatologie, il y a toujours un risque de cicatrisation imparfaite, de section de branches de nerfs, risque aussi d’hémorragie, d’infection de la plaie, de nécrose de greffe ou de lambeaux.
Généralement les douleurs ne sont pas importantes et sont calmés par des médicaments anti-douleurs.

Observe-t-on de l’enflure dans la région traitée ou des infections à la suite de la chirurgie ?

Il y a toujours un petit risque d’enflure, une infection de la plaie chirurgicales à la suite de la chirurgie. C’est pour cela qu’une consultation avant la procédure de Mohs est effectuée, et des instructions de soins très strictes sont données à tous mes patients après la procédure de Mohs et avec des rendez-vous pour suivi et évaluation de leur plaies et pour retrait de fils de sutures.

Dr Moez Ben Salem, Trésorier STDV

Votre 27e congrès s’est tenu en mai, comment se porte la Société de dermatologie et de vénérologie ?

Moez Ben SalemCréée en 1980, la Société Tunisienne de Dermatologie et de Vénéréologie (STDV) a atteint l’âge de pleine maturité. Forte de plus de 300 membres, la STDV est une association très dynamique qui organise plusieurs activités scientifiques chaque année, dans des domaines très diversifiés. Vu cette diversification, la STDV a créé des Groupes Thématiques comme le Groupe Laser et le Groupe de Dermatologie Esthétique et Correctrice, ainsi que des Groupes de travail comme le Groupe Psoriasis. La STDV travaille en étroite collaboration avec les Sociétés Maghrébines de Dermatologie, notamment algérienne et marocaine ; et organise tous les trois ans un congrès maghrébin ; le dernier s’étant déroulé à Hammamet en octobre 2016, au cours duquel une Assemblée Générale a permis d’élire un nouveau Bureau qui a entamé son mandat à la vitesse V.
La STDV est par ailleurs membres de la Ligue Internationale de Dermatologie (ILDS) et participe régulièrement aux congrès mondiaux organisés par cette dernière.

Pourquoi avoir accordé une part importante à la carcinologie cutanée, un sujet qui était déjà présent dans nombre de vos colloques et séminaires, cela signifie –il que vous en faite un enjeu de santé publique primordiale ?

La carcinologie cutanée fait partie de l’un des principaux thèmes choisis pour ce congrès, au même titre que l’urticaire, les toxidermies, la médecine interne, la pathologie des muqueuses,… Il faut savoir que les cancers de la peau sont les plus fréquents de tous les cancers qui peuvent toucher l’organisme. Nous avons accordé une place privilégiée au mélanome, qui est un cancer redoutable à cause de ses métastases et nous avons invité à cet effet des sommités internationales pour parler de ce sujet. Correctement pris en charge à ses débuts, le mélanome peut être traité ; mais en cas de retard au diagnostic, l’issue peut être rapidement fatale.
Le mélanome dans ses formes métastatiques a bénéficié au cours des dernières années de progrès importants dont nous sommes malheureusement privés en Tunisie.

Le congrès est chaque année l’occasion de former les jeunes praticiens, mais aussi de prendre conscience des problèmes rencontrés dans la pratique au quotidien, de quoi peut souffrir un dermatologue tunisien aujourd’hui ?

Le dermatologue tunisien peut souffrir de 3 sortes de problèmes :
– Des problèmes communs à ceux rencontrés par tous les médecins tunisiens :
l’infrastructure insuffisante et/ou archaïque dans les structures hospitalières, le manque d’estime et de considération envers le médecin tunisien qui bénéficie par ailleurs d’une large reconnaissance à l’échelle internationale, un manque de reconnaissance envers les énormes sacrifices consentis par les médecins ….
– l’interférence dans le domaine de la dermatologie, notamment les lasers dermatologiques, de personnes qui n’ont pas la compétence requise pour manipuler certains appareils.
A cet effet nous attendons depuis 2 ans la mise en place par le Ministère de la Santé d’un cahier de charges concernant l’ouverture de centres Lasers.
– la non prise en charge par la CNAM de certains médicaments qui peuvent représenter un énorme progrès dans la prise en charge de certaines affections dermatologiques, notamment les Biothérapies dans le psoriasis et les
thérapies ciblées dans le mélanome.

C’est anecdotique, mais vous avez choisi d’offrir à vos congressistes l’occasion d’assister à la pièce de théâtre de Jean Luc Garcia « Femmes », est-ce une forme d’engagement ou d’hommage à la femme tunisienne ?

Cette pièce de théâtre nous a été fortement recommandée par une de nos collègues qui est par ailleurs membre du nouveau Bureau de la STDV. Il faut savoir que la communauté des dermatologues en Tunisie se compose en très large majorité de femmes (au minimum 75 %) et ceci se répercute sur la composition du Bureau (4 femmes, 2 hommes). Cette pièce de théâtre originale qui a fait salle comble a enchanté nos congressistes, aussi bien tunisiens qu’étrangers.

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