Une image dynamique de la pédiatrie

Chaque jour, les pédiatres s’attachent à répondre aux nouveaux enjeux et aux nouvelles découvertes médicales, individuelles ou collectives mises à jour par le progrès qui va de plus en plus vite mais qui n’est plus linéaire, afin que les générations futures vivent mieux et plus longtemps. Le rendez-vous de Hammamet nous a permis de profiter de la richesse de cette communauté médicale.
Plus de 700 congressistes ont participé aux travaux du 38è congrès Maghrébin de Pédiatrie et du 28è congrès national de Pédiatrie, organisé à Hammamet du 7 au 9 avril 2017. Le programme de ces journées a été préparé par le Comité scientifique composé d’éminents spécialistes à l’instar du Dr Mohamed Douagi, du Dr Khaled Menif, du Dr Sonia Mazigh Mrad, du Dr Jihène Bouguila, du Dr Ferid Jaafar, du Dr Nadia Siala et du D Lotfi Yacoub, représentant tous les groupes de spécialités, a été dense, transversal et éclectique.
Ce programme bien ficelé a permis aux conférenciers maghrébins de mettre en valeur les qualités de la pédiatrie tant au niveau national que régional, pour donner une image dynamique de l’exercice de cette spécialité et une dimension internationale aux deux congrès qui se sont tenus simultanément. Cette belle manifestation a été l’occasion d’échanges scientifiques fructueux où l’exercice de la pédiatrie a démontré sa grande richesse et sa diversité au service des nouveaux nés et des enfants qui vont former les générations futures.
Endocrinologie, pneumologie, gastroentérologie, néphrologie, réanimation pédiatrique, pédopsychiatrie, néonatologie, hématologie, oncologie, retard de croissance, pièges radiologiques en pédiatrie, autant de grands thèmes qui ont été détaillés par des professeurs de renommé. Les intervenants ont dévoilé les résultats des dernières recherches, ont exposé des cas cliniques et ont fait montre de ce qu’ils font dans la pédiatrie que l’espérance de vivre longtemps et en bonne santé, soit possible et accessible.
Au cours de ces trois jours, ce fut l’occasion d’échanger sur les situations pratiques et l’exercice quotidien au sein des ateliers, d’assister à des mises au point de questions brûlantes, et entretenir les compétences. Les nombreuses tables rondes ont permis d’approfondir les thèmes les plus spécifiques de chaque groupe de spécialités. Les sessions de communications orales ont tenu une place importante dans le congrès, elles furent la vitrine de la recherche en pédiatrie.

CBN

 
Mohamed Douagi

Dr Mohamed Douagi, Président de la Société Tunisienne de Pédiatrie et président du comité d’organisation du 38è congrès Maghrébin de Pédiatrie et du 28è congrès national de Pédiatrie

« Ce rendez-vous fut un franc succès à tous les niveaux »
En marge des travaux du 38è congrès Maghrébin de pédiatrie et du 28è congrès national de pédiatrie, le Dr Mohamed DOUAGI, nous a livré à chaud ses impressions.

Pourquoi avez-vous couplé le congrès national de pédiatrie avec le congrès maghrébin ?

Lorsque l’organisation de notre congrès national coïncide avec la tenue du congrès maghrébin qui se tient tous les quatre ans, chaque année dans l’un des trois autres pays du Maghreb, nous couplons les deux rendez-vous à la même date. Ainsi, les activités pour les tunisiens et pour les maghrébins sont abritées sous le même toit. Notre but aussi à travers cette manifestation était de faire travailler un peu la région et je suis content de voir les hôteliers très satisfaits. Ils ont été très professionnels.

Vous avez élargi la participation à des pays africains cette année ?

Cette édition a été exceptionnelle. Nous avons même été débordés par le succès de l’événement puisque nous avons atteint jusqu’à 750 congressistes, un record pour une manifestation médicale de spécialité. Ce fut un franc succès à tous les niveaux.
Les participants, qui ont été tous hébergés à Hammamet, ont été répartis sur quatre hôtels et plus de 600 chambres ont été réservées spécialement pour congressistes. Cette année nous avons eu une présence très importante de confrères algériens. Il y avait aussi nos frères marocains et mauritaniens. Malheureusement les libyens n’ont pas pu être avec nous. En revanche, nous nous sommes ouverts sur l’Afrique subsaharienne francophone parce que les intérêts médicaux de ces pays, en l’occurrence la côte d’Ivoire, se croisent avec les nôtres. De cette participation le voeu d’initier un événement pédiatrique africain a été formulé.

Quelle a été la logique du programme scientifique ?

Pour le programme scientifique, la part importante a été réservée aux conférenciers maghrébins. Le programme se décide une année à l’avance. Les thèmes traités cette année sont importants et les sujets évoqués sont en rapport avec l’actualité médicale et en phase avec la recherche et l’innovation. Nous avons dédié une table ronde au retard de croissance chez l’enfant parce que les Tunisiens ont de l’expertise à partager. L’antibiothérapie est aussi un sujet de grande actualité dans le monde, qui pose le problème abusif du traitement par antibiotique sans ordonnance. A l’issue de cette table ronde, des recommandations ont été émises afin d’en rationaliser l’utilisation. A part cela, nous avons proposé aux congressistes des ateliers de travail, des flashs infos, des communications orales ainsi que des posters affichés.

Quelle a été le rôle de la Société tunisienne de pédiatrie dans la défense des médecins supposés avoir commis des fautes médicales ?

La STP a été très active au niveau de la société civile et a été de tous les combats dont le dernier qui a concerné la dignité des médecins. Les décisions qui ont été prises sont claires et la STP a été très active pour au moins éclairer les juges et aboutir à la libération de notre résidente en détention. Nous avons été émus par le témoignage de la présidente de la société ivoirienne de pédiatrie qui a pris la parole pour nous remercier de l’accueil mais aussi pour affirmer qu’elle est venue pour la première fois en Tunisie pour soigner une patiente africaine en 2012 et qu’elle était très contente de la qualité de nos services de soins.
Ce témoignage intervient à un moment où l’on dénigre nos compétences et nos médecins et qu’on essaye de défigurer la réputation de la médecine tunisienne. La pédiatrie et la médecine tunisienne sont très en avance. Bien sûr il y a des brebis galeuses comme un peu partout et en tant que société de pédiatrie notre rôle est d’agir aussi à ce niveau là pour assainir la profession.

Est-ce que vous pensez que c’est un problème de qualité de praticiens ou celui d’un système de santé qui doit être revu ?

Ce n’est pas du tout la responsabilité des praticiens. Les praticiens Tunisiens sont parmi les meilleurs. Cela ne bous étonne pas que nos praticiens partent à l’étranger que ce soit en France, au Maroc, aux USA, en Arabie Saoudite et au Kuweit, où ils sont accueillis à bras ouverts avec des contrats de travail très alléchants et des salaires dépassant les 20 mille dollars par mois.
C’est le système qu’il faut revoir. Tant qu’on n’aura pas compris que le système ne peut pas fonctionner à partir des bureaux mais qu’il faut associer les professionnels pour améliorer le rendu quotidien, on n’est pas sorti de l’auberge. On ne peut changer de système avec uniquement des décisions qui viennent d’en haut. Les médecins travaillent actuellement dans des conditions catastrophiques, les hôpitaux sont dans un état lamentable.
Ce n’est pas la faute des médecins dont le rôle est de traiter les patients. Les médecins travaillent avec moins de 50% des normes. Donnez-leur les moyens tels qu’exigent les normes et les médecins tunisiens se distingueront. Quand il s’agit du privé, les patients viennent de l’étranger parce qu’ils savent la qualité des soins et des moyens dont disposent les cliniques. Donc si notre système n’est pas révisé, si notre ministère ne travaille pas avec les professionnels, il sera impossible d’avancer. Arrêtons de dire qu’on va faire appel à des experts étrangers, qu’on va étudier. Cela doit être fait avec les professionnels tunisiens sinon nos médecins finiront par déserter les hôpitaux. Je vous fais une confidence, l’année prochaine vous risquez de ne pas me voir à la tête de cette prestigieuse société de pédiatrie, je serais peut-être ailleurs qu’en Tunisie. La seule chose qui me retient dans le pays c’est notre chère Tunisie. Mais vu les offres, pas uniquement pour moi, car je suis un peu favorisé en raison de mon appartenance à un autre ministère que celui de la santé, mais c’est un système qui pousse les gens à partir. Un médecin ne part pas le matin pour tuer un malade, il part pour soigner un malade. Arrêtons de dénigrer les médecins, arrêtons de les attaquer en justice. Il y a des fautes médicales, tout le monde en est conscient, mais il n’y a pas forcément une faute médicale à chaque fois qu’un malade décède. Parfois il y a faute comme cela se passe dans tous les autres pays. Je suis l’un des plus anciens néonatologistes en Tunisie. Nous avons les meilleurs services de néonatologie de la région avec exactement les mêmes prestations qu’en France et dans d’autres pays. Nous avons proposé un plan de réorganisation de la néonatologie selon les standards et normes connus… et ce depuis plus de quatorze ans. Malgré nos propositions, les décideurs persistent à attendre d’hypothétiques études, de ramener des experts !… La Tunisie est une des pionnières dans le domaine, une des références. Nous disposons de médecins bien formés qui savent quoi faire. Donnons-leur les moyens. Ne poussez pas un médecin à faire une centaine de consultation par jour. Les conditions sont trop mauvaises, ils travaillent à 150% de plus que au les normes.

L’institut pasteur a aussi fait l’objet d’une campagne de dénigrement ?

Tant que notre pays est dominé depuis plus de six ans par des questions politiques, on va finir par tout détruire. L’Institut pasteur qui a à sa tête une sommité mondiale à savoir le Pr Hechmi Louzir fait un excellent travail. Dénigrer Pasteur Tunis qui est l’un des meilleurs instituts dans le monde pour une question de recherche sur la Leishmaniose. Mais les gens doivent comprendre qu’il y a des études qui se font selon les normes, et cela je peux le certifier, et que le but ultime est la découverte et la mise en place d’un traitement par la Tunisie. Certains dénigrent la Tunisie et préfèrent que le traitement vienne de l’étranger. Le dénigrement a commencé par l’Institut Pasteur et s’est poursuivi avec une cabale contre les praticiens. On a deux médecins en prison le même week-end. Il y a actuellement trois ou quatre affaires qui circulent concernant des médecins et toutes ces affaires ont été instruites abusivement. Il y a surement des fautes médicales mais les émissions télé ne s’intéressent qu’aux fautes. Le journalisme et la Haïca doivent aussi réviser leurs approches.
Ce n’est pas normal de parler de tentative de meurtre, ou d’appartenance terroriste et qu’on parle de faute médicale parce que le papa en deuil l’a dit. J’appelle à ce qu’il y ait des formations de journalistes spécialisés et pour que ne parlent de santé que des journalistes spécialisés. Comme cela se passe en France par exemple. Les juges aussi doivent s’adapter à la situation. Pour trancher des affaires médicales, il faut que les expertises soient faites par des médecins de la spécialité et pas par n’importe quel médecin. Si l’on comprend toutes ces étapes et qu’on arrête de dénigrer on n’aura pas des agressions des parents comme cela se passe partout dans les hôpitaux. Dernièrement, l’hôpital de Kairouan a été saccagé. Je me suis renseigné quant à la nature de la pathologie pédiatrique du bébé décédé et je peux assurer que dans aucun pays du monde ce bébé ne pouvait survivre. Les parents étaient au courant des mois avant que leur bébé allait décéder car la maladie pouvait durer un an à un an et demi. Mais parce que les médias, et les juges ont mis la pression, que les parents ont dit qu’il y a une faute, qu’il y a une négligence. Il est urgent de cesser ce dénigrement. Occupons-nous de notre pays, arrêtons de détruire nos acquis, et poursuivons dans le chemin de construction d’un meilleur avenir médicale et sanitaire pour notre pays et pour notre peuple.

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