Médecine du Sport : Congrès international à Tunis

En partenariat avec la Faculté de médecine de Tunis et le Comité national olympique tunisien, la Fédération tunisienne de volleyball (FTVB) a organisé, à l’hôtel Africa de Tunis, son troisième congrès international de médecine du sport. 

Réputée pour ses nombreuses réussites dans l’organisation de manifestations sportives et avec sa participation quasi-constante dans les différentes rencontres de coupes du monde, ainsi que ses six participations aux Jeux olympiques, la dernière en date étant aux compétitions olympiques de Londres 2012, la FTVB accorde une grande importance à la médecine du sport et ce, de par sa capacité à associer différentes disciplines et spécialités et dans son champ d’action au sein des secteurs public, privé et associatif, tous rassemblés dans un seul but, à savoir prévenir et améliorer la santé des sportifs. 

Ce congrès s’est tenu en collaboration avec la Société tunisienne de cardiologie et de chirurgie cardiovasculaire (STCCCV), la Société tunisienne des maladies allergiques et respiratoires (STMAR) et la Société  tunisienne de chirurgie orthopédique et traumatologique (SOTCOT). Plus de 350 médecins tunisiens et étrangers (maghrébins, africains, français) ont répondu présent à ce congrès qui a comporté divers thèmes sur la santé du sportif. Trois axes ont été mis en avant : les maladies respiratoires et allergiques, les affections cardiologiques et les anomalies orthopédiques pouvant survenir chez un sportif, qu’il soit de haut niveau ou amateur. Précisions. 

Hela Kochbati

Durant ces deux jours, les congressistes ont  profité d’un programme scientifique riche et varié. Des conférences thématiques ont été  présentées par des orateurs étrangers et tunisiens, enrichies par des ateliers intéressants  (quantité maximale d’oxygène que l’organisme peut utiliser par unité de temps ou VO2 Max, échocardiographie), des communications libres, des affiches et divers  symposiums en maladies respiratoires, anomalies cardiovasculaires et atteintes musculo-osseuses. Sachant que le travail médical et l’aspect paramédical évoluent en parallèles, des sessions et des ateliers ont été dédiés aux kinésithérapeutes et physiothérapeutes, ces derniers jouant un rôle important dans la médecine du sport et l’amélioration de l’état de santé des sportifs dans le cas d’un traumatisme  ou d’un accident insidieux lors de la pratique d’une activité sportive ordinaire ou liée à une compétition ou encore une performance. 

Dr Walid Ben Cheikh

médecin du sport, membre du comité d’organisation de la troisième édition du congrès international de médecine du sport et de la commission médicale de la Fédération tunisienne de volleyball

Quelle est l’approche de la troisième édition du congrès international  de médecine du sport ?

 

Ce congrès de médecine du sport organisé à l’initiative de la Fédération tunisienne de volleyball (FTVB) a été une occasion pour réunir trois axes de la médecine du sport, à savoir la pneumologie, la cardiologie et l’orthopédie/traumatologie. Nous avons eu une assistance intéressante avec un auditoire de près de 250 à 350 personnes présentes : des médecins du sport, des spécialistes, des généralistes, des médecins scolaires et des physiologistes du sport ont eu chacun une approche liée à leur spécialité en tenant compte du contenu de notre programme.

 

Quel est l’objectif de ce congrès axé sur les thématiques des maladies respiratoires, des pathologies cardiovasculaires et des affections ostéo-musculaires ?

 

En fait, le programme s’est intéressé à toutes les pathologies du sportif, notamment les pathologies cardiaques et pulmonaires mais aussi traumatologiques. Cela a permis, dans le même temps, de rapprocher les spécialistes de ce domaine qui nécessite, tous les ans, une mise à jour du fait des nouveautés qui apparaissent régulièrement dans la pratique de la spécialité.

 

Qu’aimeriez-vous dire à vos confrères à cette occasion ?

 

Nous invitons nos collègues à assister régulièrement à ce type de congrès, les thèmes traités étant for intéressants et ayant trait aux questions récentes en matière de médecine du sport comme la cardiologie, la pneumologie et l’orthopédie. Des conférenciers étrangers sont régulièrement présents et nous font part de leur expérience. Ainsi, des conférenciers français traitent de physiologie du sport et essentiellement de cardiologie. Ce sont des équipes qui travaillent beaucoup sur ces sujets et, de façon générale, les conférenciers francophones nous  sont très utiles  pour les communications scientifiques. Faire acte de présence à ce genre de manifestation est très utile tant pour la pratique  quotidienne des médecins spécialistes en matière de formation continue que  pour l’enrichissement des débats scientifiques.

Dr Imen  Fradi 

Cardiologue, cardio-pédiatre et médecin du sport

Quel regard portez-vous sur le congrès international  de médecine du sport ?

 

Ce congrès a fait le tour de tous les problèmes que peuvent avoir les sportifs. Aujourd’hui nous nous sommes associés avec trois société savantes, la Société tunisienne de cardiologie et de chirurgie cardiovasculaire, la Société de pneumologie et la Société d’orthopédie, pour avoir une approche globale des pathologies qui peuvent survenir chez les sportifs de haut niveau, pour améliorer la prise en charge des sportifs en général et surtout pour la prévention de certaines maladies que l’on peut éviter grâce à la collaboration et au rapprochement des médecins généralistes, des médecins du sport et des spécialistes. Nous ciblons une meilleure prise en charge des sportifs de haut niveau qui doivent toujours être en bon état de santé.

 

Quel est l’impact de la cardiopathie congénitale sur le sportif ?

 

Un atelier sur la cardiopathie congénitale et le sport a été organisé parce que de nombreuses cardiopathies congénitales sont généralement découvertes à l’âge scolaire et l’on détecte souvent aussi, dans le cadre de séances de sport, une segmentation ou certaines saillies de communication inter-auriculaire, certaines communications inter-ventriculaires, par exemple lors de l’échographie faite automatiquement chez des sportifs que l’on va placer en équipe nationale, comme pour certains cas présentés aujourd’hui dans le cadre de cet atelier. Il est toujours intéressant de connaitre ces pathologies (la tétralogie de Fallot, l’hypoplasie du cœur gauche, le canal atrio-ventriculaire et le ventricule droit à double sortie, la sténose de l’artère pulmonaire, etc.). En fait, certaines malformations cardiaques sont rares, comme l’anomalie d’Ebstein, mais d’autres sont assez fréquentes, comme la communication inter-auriculaire, et sous-diagnostiquées.

 

Quels problèmes rencontrez-vous dans votre exercice de la médecine du sport ? 

 

En fait, nous aimerions avoir normalement plus de moyens pour généraliser les visites sur les terrains de sport, même dans le cadre des centres de loisirs, parce que nous avons constaté que les morts subites sur terrain surviennent fréquemment, c’est dramatique pour le sportif, sa famille et pour tout le monde.

Pr Majed Béji

Chef de service de pneumologie/allergologie à La Rabta et professeur à la Faculté de médecine de Tunis

Comment définir le pneumothorax ?

 

Le pneumothorax est l’entrée d’air dans la cavité pleurale, entre les deux feuillets de la plèvre. Cette entrée d’air  est due soit à une rupture au niveau du parenchyme pulmonaire soit, plus rarement, à une pénétration d’air par la paroi. Cela survient à thorax ouvert dans le cas d’une plaie causée par un objet tranchant ou d’une autre blessure thoracique ouverte.

 

Quelles sont les causes d’un pneumothorax  traumatique ?

 

Elles peuvent être non iatrogènes, hyperpressives ou iatrogènes. Le facteur iatrogène résulte des séquelles d’une suite opératoire où la plèvre pulmonaire est touchée. L’origine hyperpressive est due à une maladie respiratoire, fibrose respiratoire, bronchite sévère, etc. La cause non iatrogène  est liée à une plaie ou une blessure pleurale par une arme à feu ou un couteau.

 

Quels sont les types de pneumothorax ?

 

Il existe deux types de pneumothorax : le pneumothorax spontané primaire, qui est, dans la plupart des cas, d’origine idiopathique et non liée à des maladies,  et le pneumothorax spontané secondaire, lié à des pathologies traumatiques spécifiques ou provoquées, bronchite chronique, broncho-pneumopathie chronique obstructive, emphysème et pneumonie.

 

Quel est le risque de récidive d’un pneumothorax ?

 

Le risque de récidive d’un pneumothorax est, en moyenne, de 30 %, de 62 % dans le cas de la survenue d’un deuxième épisode de pneumothorax et de 83 % après un troisième épisode de cette affection de la plèvre. Le risque de récidive  chez le sportif est plus accru puisqu’il est soumis à des contraintes physiques plus importantes.

 

Quelle est la prise en charge adaptée à un pneumothorax ?

 

En général, le traitement se fait par drainage médical ou pleurodèse chirurgicale. Nous couvrons la paroi avec le drainage médical. Nous avons parfois recours à une symphyse chirurgicale pour accoler les deux feuillets de la plèvre et remettre le poumon à sa place, ce qui nécessite, généralement, un repos de 15 jours. Une fois le poumon en place, le patient  peut reprendre les voyages par avion. Par ailleurs, un repos de deux mois est nécessaire avant de récupérer et pratiquer  une activité sportive normale. Il faut savoir que certains sports seront totalement à proscrire, comme l’haltérophilie, la plongée sous-marine, le parachutisme et l’ascension en hautes montagnes. 

 

Quelles sont les anomalies respiratoires les plus fréquentes chez les sportifs de haut niveau?

 

Il n’existe pas de pathologies particulières aux sportifs de haut niveau, c’est comme pour monsieur tout-le-monde. En revanche, un sportif de haut niveau risque davantage d’avoir un pneumothorax qu’une personne normale. Pour le reste des pathologies respiratoires, l’incidence chez un sportif qualifié ou pour tout un chacun est la même. Il n’y a pas de pathologies spécifiques aux sportifs.

 

Pour finir, que pensez-vous de ce congrès ? 

 

Je trouve que c’est un congrès réussi, avec des conférences d’un très bon niveau. Il a, en outre, permis de rapprocher les médecins et les professionnels de santé avec des non praticiens en médecine mais qui œuvrent dans le domaine du sport pour améliorer, un tant soit peu, la santé des sportifs.

Karim Ben Dhaou Président de merck serono

Afin d’améliorer le suivi et la qualité de vie des patients sous thérapie anticancéreuse, Merck Serono a organisé en Tunisie sa première édition du Sommet Nord-Africain d’Oncologie, une rencontre unique et  l’opportunité d’échanger avec les spécialistes de la région ainsi que de sensibiliser les professionnels de santé sur l’approche collaborative dans le traitement du cancer colorectal et les cancers de la tête et du cou. 

Entretien avec le Dr Karim Ben Dhaou, président de Merck Serono Nord Afrique de l’Ouest, qui revient sur la prévalence du cancer colorectal en Tunisie, et nous éclaire sur l’importance du dépistage et sur les dernières technologies et méthodes de traitement. 

Dr Karim Ben Dhaou, vous êtes le président de Merck Serono Nord Afrique-Afrique de l’Ouest, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

 

C’est une question difficile et à laquelle, je ne sais généralement pas répondre. Je suis médecin de formation. J’ai fait également quelques formations  notamment en management MBA. J’ai eu, ces 15 dernières années, une vie fabuleuse en m’occupant de l’Afrique, voilà tout mon parcours.

 

Qu’en est-il de la prévalence du cancer colorectal en Tunisie ?

 

Les études épidémiologiques que nous avons actuellement ne permettent pas de dire quel est exactement la prévalence. Mais ce qui est sûr, c’est que ce cancer reste l’un des cancers les plus importants et  figure parmi les trois cancers les plus  courants en Tunisie avec le cancer du sein et du poumon. Le cancer colorectal demeure donc l’une des maladies oncologiques prépondérantes.

 

8,5% des décès dans le monde suite à des cancers étant dus au cancer colorectal, qu’en-est-il en Tunisie ?

 

On est à peu près dans le même taux de décès pour ce type de cancer et,  pour la Tunisie, il est  relativement élevé.

 

Quand doit-on se dépister  pour le cancer colorectal ?

 

Aujourd’hui, à partir de la cinquantaine, il faut y penser au même titre que le cancer de la prostate. Par exemple, le dépistage du cancer de la prostate est devenu très banal. Les hommes le font systématiquement. Chez l’homme et chez la femme, il faut penser au cancer colorectal à partir et autour de l’âge de 50 ans, je suis d’ailleurs moi-même en âge d’aller me faire dépister.

 

Avec un dépistage généralisé, de combien peut-on baisser ce taux ?

 

On pourra certainement faire baisser ce taux si celui du  dépistage devient plus élevé. Cependant, il faudra aussi avoir les attitudes thérapeutiques et faire des choix de thérapies. Le patient est au centre de toutes les préoccupations des équipes multidisciplinaires qui collaborent du dépistage jusqu’au suivi du protocole de soins.

 

Pensez-vous que les médecins sont assez formés au dépistage ?

 

Les médecins sont assez formés au dépistage, certes. Peut-être un peu moins quant aux médecins généralistes. Vous soulevez là un problème. C’est celui de l’information du patient. Vous êtes une femme, vous savez bien qu’à un moment donné ou un autre, vous allez faire un dépistage au cancer du sein. C’est devenu un acte naturel. Il faudrait que ce soit la même chose pour le cancer colorectal. Le patient est au centre de ce mécanisme, il est la cible, il faut le sensibiliser au dépistage.

 

Où en est la recherche ? 

 

Les départements de recherche et beaucoup de grandes compagnies avancent très vite sur ce sujet. Si vous regardez les médicaments qui ont été mis sur le marché ces vingt dernières années, vous remarquerez rapidement que nous avons fait de grands progrès. Grâce aux nouvelles thérapeutiques disponibles, d’une manière générale, toutes compagnies confondues, l’espérance de vie a augmenté. Merck Serono, grâce à ses nouveaux produits, permet d’allonger l’espéance de vie de trois ans, ce qui n’est pas négligeable.

 

Y-a-t-il de nouveaux protocoles, des nouvelles stratégies ?

 

De nouveaux produits, un nombre suffisant de principes actifs,engendrent de nouvelles thérapeutiques, et de nouvelles stratégies. D’ailleurs, ces stratégies  ont été évoquées au cours de ces journées du sommet nord-africain d’oncologie. Aujourd’hui nous avons aussi des thérapies dites personnalisées et ciblées. Un patient fait tous les tests génétiques et, suivant les résultats, on adaptera le traitement en fonction de la tumeur, si tel gène a muté ou pas et en fonction  du cas spécifique, ceci permettra au patient de répondre véritablement au traitement. Tous les jours, la recherche nous permet d’en savoir plus sur cette maladie ce qui entraîne un changement dans  les approches thérapeutiques. On ne soigne pas un cancer colorectal comme une angine, il n’y a pas de protocole fixe. Aujourd’hui, on établit une fiche d’identité du patient et on la caractérise. Une fois que l’on connait le  patient (antécédants, etc…) et  quelle réelle tumeur il a, on lui donne le traitement adapté.

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