Rencontre internationnal de chirurgie dentaire et prévention bucco-dentaire

Implantologie, prévention bucco-dentaire et techniques les plus récentes et révolutionnaires  en matière de chirurgie dentaire, tous au rendez-vous sous le thème « actualiser ses connaissances : confirmer ses compétences ».

Amna Khalfaoui

 

 

Le Congrès international d’odontologie est le rendez-vous des spécialistes et des jeunes chirurgiens-dentistes, organisé tous les deux ans.

Il constitue un événement de pèlerinage scientifique pour les spécialistes du domaine, comme il s’est toujours voulu incitant à la formation continue. Sa 4ème édition s’est tenue les mois passés à l’hôtel El Mechtel. 

Le slogan choisi pour cette édition s’inscrit dans le cadre global  du système de santé. Il touche en particulièrement la formation continue. Mettre la Tunisie dans les premiers rangs mondiaux en matière de qualité de soins en odontostomatologie et en faire une destination de prédilection pour le tourisme médical  en matière d’implantologie, ainsi que de santé dentaire est un vrai défi.

L’Association tunisienne de prévention bucco-dentaire s’est jointe au STOS dans son congrès pour proposer un programme multidisciplinaire et riche. 

Dr Sophie Dartevelle

La prise en charge de la santé bucco-dentaire de la personne âgée

Pr Sophie Dartevelle est la présidente de l’UFSBD, Union française pour la santé bucco-dentaire.

Pr Dartevelle : L’UFSBD est une association qui a été créée en 1966 par la volonté de toute la profession  des chirurgiens dentistes de se doter d’un organisme de prévention et de promotion de la santé. Le Conseil de l’ordre et les syndicats ont décidé de prendre en charge la prévention pour que les Français changent leurs comportements vers un mode plus favorable à la santé bucco-dentaire. Nous sommes devenus entre temps un centre collaborateur de l’OMS : intervention en amont ou en mettant en œuvre une action préventive dans leurs cabinet. Nous avons travaillé pendant des années en milieu scolaire et puis nous avons diversifié progressivement notre activité pour s’approcher plus de toutes les populations vulnérables. Au cours des dernières années nous avons encore plus affiné notre mission et le grand message que nous portons est qu’on ne peut pas parler de santé si on ne parle pas de santé bucco-dentaire et on ne peut pas dire en 2014 qu’on est en bonne santé si on est en mauvaise santé bucco-dentaire. L’objectif est donc de faire admettre que la santé dentaire est un élément important de la santé globale et qu’il est capital de placer le chirurgien dentiste au cœur d’un parcours de santé pour toute la population. Le patient va régulièrement chez le médecin mais il oublie souvent d’aller chez le dentiste. Donc, une prise de conscience par tous est nécessaire pour avoir ce réflexe de s’assurer qu’on est en bonne santé bucco-dentaire. 

 

Les difficultés au départ

 

Les chirurgiens-dentistes étaient les moins difficiles à convaincre de l’importance de s’inscrire dans une démarche visant la prévention des pathologies dentaires. Il est plus difficile de convaincre les institutions et les responsables qu’il faut financer, faire le pari de la prévention et ne pas rester sur un système basé sur la prise en charge curative. L’USBD s’est appuyée sur des industriels et sur des sociétés commerciales de l’hygiène bucco-dentaire pour qu’ils nous aident à réaliser des actions et à amorcer nos actions en espérant que petit à petit les institutionnels vont suivre. L’engagement se construit et s’entretient. Et c’est ce que nous essayons continuellement de faire.

Pour L’UFSBD, nous avons commencé à nous intéresser à la santé bucco-dentaire des personnes âgées et des personnes handicapées  dépendantes. Ces deux groupes présentent des problématiques similaires en termes de problèmes dentaires. Il faut aussi accompagner le bien vieillir et s’occuper de la formation des accompagnateurs. Il faut préconiser l’examen de prévention à 55 ans puis tous les 5 ans de façon  continue. Les personnes âgées en établissement doivent être aidées pour maintenir leur hygiène bucco-dentaire. Les problèmes bucco-dentaires sont une cause et aussi une conséquence de dénutrition. C’est un cercle vicieux qui installe la morbidité. Les personnes âgées ont une baisse des capacités physiques, donc elles entretiennent moins leurs prothèses. La rupture du lien avec le chirurgien dentiste, quand elles sont à domicile et ont des difficultés pour sortir. Le manque de formation des personnes, aidants ou auxiliaires de vie,  en matière d’hygiène et soins bucco-dentaires. Les personnes âgées ont plusieurs facteurs de risque combinés : moins de salive, les gestes affaiblis, la baisse de l’immunité avec une diminution des réactions inflammatoires et surtout  l’entourage qui accepte la situation et se contente de mouliner la nourriture pour eux au lieu de les emmener consulter.

Selon une étude que nous avons menée dans les établissements pour personnes âgées dépendantes en Ile de France, nous avons constaté que 35 % des personnes âgées présentent des pathologies bucco-dentaires, 40 % présentent au moins une dent cariée, 40 % des sujets dentés ont besoin d’une extraction, 30 à 50 % ont besoin d’une prothèse et la majorité d’entre eux présentent une plaque dentaire et du tartre. Hygiène défectueuse,  difficulté d‘accès aux soins. Améliorer cette situation est un véritable enjeu pour nous. Nous avons fait depuis 2004 des interventions dans ces établissements nous en sommes actuellement à 500 actions. 

 

Les actions

 

D’abord c’est une question d’amélioration des pratiques d’hygiène dans les établissements, aider le personnel à garder un état bucco-dentaire correct pour les résidents. Cela permet de diminuer la morbidité globale, vu que ces personnes pourront continuer à s’alimenter correctement, avoir une vie sociale et changer la problématique de la prise en charge et des soins. Il faut régulièrement former les nouveaux aidants. 

L’objectif est aussi de travailler avec l’établissement pour qu’il y ait un vrai projet sur l’importance de la santé. Il faut créer le lien entre l’établissement et le chirurgien dentiste et le jour où ils ont une urgence dentaire ils sauront à qui s’adresser. 

Nous avons préparé une charte de recommandations de l’UFSBD pour les institutionnels. Nous avons largement diffusé cette charte à tous les décideurs nationaux, régionaux et les directeurs d’établissements pour qu’ils se rendent compte qu’ils doivent penser en dirigeant un établissement, que la santé bucco-dentaire est extrêmement importante et qu’il suffit de former le personnel et prendre en charge l’hygiène pour réduire les problèmes. La prévention est prioritaire.  Il s’agit donc d’une  assistance pour nettoyer la bouche ou  la prothèse avec la formation du personnel qui doit être assurée par les chirurgiens dentistes comme ils sont les mieux placés pour le faire. Le personnel de l’établissement doit être capable de réaliser et de mettre en place des protocoles d’hygiène spécifiques  pour chaque résident et de les appliquer. Ensuite être vigilant pour se rendre compte des problèmes à leur apparition. Nous nous sommes convenus à ne nous déplacer pour faire le dépistage dans un établissement que s’il y a un programme de prévention mis en place dans l’établissement et s’il y a un réel engagement envers la santé bucco-dentaire dans l’établissement. Sinon, l’action et un échec total, tous les 6 mois on va faire face à des catastrophes et les personnes âgées accepteront mal d’être dépistées régulièrement si on ne leur propose rien.

Pour les personnes handicapées, il s’agit de soigner l’hygiène tout au long de la vie.

 

Notre réflexion nous a fait considérer les points suivants

 

améliorer la  prise en charge dans les cabinets dentaires de ville, comme il y a peu de service dentaire dans les hôpitaux. Insister sur la formation des chirurgiens-dentistes à la prise en charge du patient handicapé. Il s’agit d’apprendre aux jeunes comment approcher, créer le lien et pouvoir  mettre son patient en situation particulière de confiance.

En France, les chiffres sont alarmants : 500 000 personnes vivent  avec un handicap et n’ont pas d’accès à la santé bucco-dentaire, 18,4 % ont besoin d’un soin dentaire en urgence, 46,8 % nécessitent un soin à programmer, une action d’hygiène préventive est nécessaire pour 77 % des personnes handicapées. Nous travaillons sur les campagnes de sensibilisation et de visite programmée au cabinet dentaire. 

Nous travaillons avec des foyers d’hébergement de personnes handicapées ayant une activité professionnelle. On s’est adressé  directement à eux avec des séances d’éducation de 2 h : comment se brosser les dents. 

Les chirurgiens-dentistes ont un rôle extrêmement important à jouer, ils sont là pour former, aider et inverser les habitudes avec des actions de sensibilisation. Offrir une meilleure qualité de vie dans son sens global.