Pr. Joël Schellens

Pr. Joël Schellens, Médecin généraliste-Université Libre de Bruxelles (Belgique)

Où en est la médecine de famille en Belgique et quelle place occupe-t-elle dans votre système de soins ?

La médecine de famille bénéficie du statut de spécialité à part entière depuis plusieurs années en Belgique, étant donc, à ce niveau, sur la bonne voie. Pour les praticiens, les défis de la santé sont les maladies chroniques, qui ne cessent d’évoluer, c’est le coeur même du travail du médecin de famille : la prévention, le dépistage, la prise en charge. Les causes de mortalité précoce étant en net recul et la population vieillissant, les maladies chroniques ont tendance à augmenter.

Quels avantages présentent les pratiques collaboratives en médecine de famille ?

Les pratiques collaboratives sont surtout avantageuses pour les jeunes générations souhaitant mieux organiser leur vie
professionnelle, avoir plus de temps libre et partager davantage leur expérience professionnelle avec des collègues. Ce qui
permettrait peut-être un meilleur contrôle des dépenses publiques pour la communauté puisqu’on travaille à enveloppes fermées. Il ne
faut cependant pas imposer ce système comme modèle unique, tous ne désirant pas travailler ainsi, d’autant plus qu’à l’heure actuelle une grande majorité de patients privilégient les consultations en cabinet monodisciplinaire.
Pour l’heure, la pratique collaborative connaît une évolution lente mais elle tendra à s’élargir, apportant une offre de soins différente centrée sur le patient.

Quelle place occupent les objets connectés dans la prise en charge ?

Actuellement, en Belgique, tous les généralistes utilisent un logiciel informatique pour le suivi de leurs patients. Les applications bioinformatiques contribueront à l’avenir à l’établissement des statistiques et à l’envoi de données qui serviront
à établir des inventaires numériques des cas cliniques. On propose aujourd’hui une panoplie d’objets connectés qui modifieront le suivi des maladies chroniques, entre autres.

Dr Jawhar Bouraoui

Dr Jawhar Bouraoui, Département médical de GSK-Afrique du Nord

Quels problèmes posent les infections communautaires ?

Les infections respiratoires sont le principal motif de prescription d’antibiotiques, elles en constituent les 70 %. Le pneumocoque est le germe le plus impliqué et le plus redouté dans le cas d’une pneumonie puisque son taux d’émergence est en train de croître et
ce, à l’échelle internationale. L’émergence des bactéries multirésistantes est due à la transmission de la résistance d’une bactérie à une autre et pour lutter contre ce phénomène, la mise en oeuvre d’un nouvel antibiotique nécessiterait une vingtaine d’années, alors que 20 heures suffisent à une bactérie pour transmettre à une autre cette résistance. C’est pourquoi nous nous intéressons aujourd’hui davantage à certaines bactéries communautaires responsables d’infections urinaires, intraabdominales, néonatales et ce, aussi bien en milieu hospitalier qu’extrahospitalier, ces infections exposant les patients à des échecs de traitements par manque d’antibiotiques efficaces avec mise en jeu du pronostic vital.

Quelle est l’évolution de la résistance aux antibiotiques ?

Au début, la résistance intéressait quelques germes bien définis comme le staphylocoque, résistant à la méticilline.
Entre 1980 et 1984, plusieurs résistances sont apparues, elles ont concerné les entérobactéries sécrétrices de β-lactamases
à spectre étendu et les médicaments approuvés étaient au nombre de 18. Avec les années, le nombre d’antibiotiques
approuvés a connu une nette diminution pour atteindre 4 en 2010. Ce qui a impacté le nombre de laboratoires s’intéressant à ce
type de traitements, en nette diminution, ceux-ci se désengageant de la recherche en la matière. Ainsi, de 18 laboratoires
en 1990 on est passé à 4 aujourd’hui.
Par ailleurs auparavant, il existait plus d’infections nosocomiales, staphylocoques, pneumocoques à sensibilité diminuée, pseudomonas aeruginosa, etc., que d’infections communautaires. Aujourd’hui la situation a changé puisque l’on craint les bactéries sécrétrices de β-lactamases à spectre étendu comme l’Escherichia Coli, la klebsiella pneumoniae, le Proteus à l’origine de résistances secondaires
massives à plusieurs classes d’antibiotiques.

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