Dr Nadine Kacenelenbogen, Université Libre de Bruxelles (Belgique)

Quelle est la prévalence de la violence intrafamiliale en Belgique ?

D’après la dernière étude réalisée en 2015 en Belgique, 15 % des femmes chez nous ont subi une violence de la part de leur partenaire, dont 5 à 6 % ayant vécu une violence grave infligée par leur ex-compagnon. Par violence grave, sont sous-entendues celles avec des séquelles psychologiques ou physiques. S’agissant des hommes, le pourcentage de la violence perpétrée par leur partenaire ou ex-partenaire est à peu près le même (15 %) et environ 2 % de ces violences sont considérées comme étant très graves. La nouveauté réside dans le fait que les hommes en parlent plus. La violence est une situation éprouvante et constitue le premier facteur de décès chez les jeunes femmes âgées de 16 à 44 ans.

Et concernant les enfants ?

10 % des enfants en Belgique subissent une violence, engendrant un retentissement sur leur scolarité.

Quel rôle joue le médecin de famille, en Belgique, dans la prévention de ce phénomène ?

En fait et dans ce genre de situation, le médecin généraliste est le plus consulté à travers le monde entier. De toute façon, nous voyons en consultation une population variée de patients mais dans ce cas précis, il nous arrive de recevoir le patient ou membre de sa famille trois ou quatre fois par an, ceux pour lesquels les consultations sont plus nombreuses vivant un profond mal-être. Ce sont des gens qui développent des symptômes physiques et psychologiques multiples et parmi les patients qui consultent cinq fois plus leur médecin de famille, 5 à 12 % d’entre eux sont en détresse à cause de la violence subie. Cette violence peut avoir plusieurs origines : la famille, le milieu professionnel, etc. Notre rôle consiste à détecter les signes, à les enregistrer comme diagnostic différentiel et à aider ces patients qui se renferment souvent sur eux-mêmes en les adressant à des associations qui les prennent en charge, de sorte à minimiser le risque de suicide qui apparaît à tort comme seule issue.

Quel est l’impact de la séparation parentale sur la santé infantile ?

Il existe un avant et un après la séparation concernant la santé de l’enfant et il ne s’agit pas seulement des facteurs psychologique et
comportemental mais aussi de l’aspect physique.
En effet, des infections graves, des retards de développement, des accidents ou fractures répétitifs, une mauvaise gestion des pathologies générant des maladies aiguës ou chroniques comme l’asthme, l’allergie, le diabète, etc. sont autant de conséquences imputables à la séparation des parents dont les environnements social, affectif et matériel changent. Bien que des études à ce propos, auxquelles je participe, soient encore en cours, une relation statistique significative a été établie avec le milieu social pour les jeunes enfants de moins de 3 ans. Les concernant, les comportements parentaux sont nettement moins optimaux dans le cas d’une séparation : on allaite moins et ce, durant de longues périodes, on fume plus, on vaccine moins, la santé bucco-dentaire est moins surveillée, on dépiste moins les problèmes visuels. L’on constate, par ailleurs chez ces enfants, plus de retard de développement psychomoteur, plus
de risques de mort subite, les signes alarmants étant plus fréquents notamment au niveau des enregistrements polysomnographiques qui se
révèlent anormaux. Des analyses sont également en cours concernant des enfants plus âgés, de 5 à 6 ans, et des adolescents. S’agissant des adolescents, les travaux préliminaires montrent déjà des différences, ceux-ci étant souvent plus aptes à triompher des divers traumatismes subis.
Toutes ces données sont autant d’arguments pour promouvoir les études prospectives et conduire à la vigilance autour des enfants.

Quelles sont vos impressions quant à ces journées ?

Les échanges sont vraiment très positifs et profitables à tous car, d’où que l’on vienne, le médecin généraliste se pose toujours les
mêmes questions, rencontre pratiquement les mêmes types de patients et fait face aux mêmes problématiques.

Dr Redouane Hajij

Dr Redouane Hajij, Président de la Société algérienne de médecine de famille

En tant qu’omnipraticien, quelles sont, selon vous, les exigences de votre spécialité, que ce soit en Algérie ou, plus généralement, dans la région MENA ?

Les caractéristiques et les compétences spécifiques de cette discipline résident dans le premier recours au médecin de famille,
qui est en première ligne du parcours de soins des patients, ce qui représente 90 % des consultations autour de pathologies variées.
Le médecin de famille représente un savoir faire englobant douze compétences définies selon la WONCA (World Organization of Family Doctors-East Mediterranean Region) et ce, contribuant à l’amélioration de la santé des populations.

Qu’avez-vous à ajouter en tant qu’intervenant algérien durant ces journées ?

En fait, j’aimerais souligner que nous y avons contribué en partageant l’expérience algérienne en matière de développement professionnel continu (DPC), cette forme nouvelle de formation médicale visant à promouvoir les compétences et qui a démontré ses performances et son efficacité dans le changement et la transformation du comportement du médecin généraliste vers le médecin de famille. Le DPC est
une démarche qualité individuelle des professionnels de la santé dont l’objectif est l’amélioration des connaissances, de la qualité et de la sécurité des soins et ce, à travers le recueil des tests de diagnostic, la comparaison à un référentiel, le suivi des
patients dans le temps, la prévention des récidives…

Pr Agrégée Inès Kochlati

Pr Agrégée Inès Kochlati, Soins intensifs au CHU de Monastir

Quelle est, d’après vous, la conduite à tenir face à une hypoglycémie ?

Concernant l’hypoglycémie, on sait que c’est une complication du traitement du diabétique, notamment les patients à risque, ceux étant sous insuline et sous sulfamides.
Pour ce qui est de la conduite à tenir, elle réside dans l’urgence. Il s’agit généralement de resucrage, en premier lieu par voie orale
et ce, sans troubles de conscience. En cas de risque de ce phénomène, on utilise souvent un traitement injectable. En outre, le plus important après une hypoglycémie, c’est d’en connaître la raison, de savoir en particulier si elle est liée au médicament, s’il existe un problème d’adaptation des doses, de teneur du repas, d’activité physique intense ou de lipodystrophie chez les patients usant d’injections, le traitement au niveau des bras et en sous-cutané développant des zones lipodystrophiques.
Autrement, il faut demander un petit bilan rénal, hépatique, etc., afin de déterminer les causes. Il faut, en outre, prévenir ce problème par l’éducation du patient diabétique, notamment sous insulinothérapie, quant au risque de baisse glycémique brutale et lui indiquer les facteurs de risque, comment se resucrer et avertir la famille qui doit, elle-même, savoir comment gérer cette hypoglycémie.

Et pour l’hyperglycémie ?

Dans le cadre d’une hyperglycémie, où le diabète est défini par une glycémie à jeun supérieure à 1,26 g/l, la conduite à tenir dépend du stade évolutif du syndrome diabétique, des éventuelles complications, d’une obésité, du type de diabète, le traitement devant être personnalisé, prescrit au cas par cas. C’est une approche centrée sur le patient, avec possibilité de médication par voie orale. Etant la forme la plus fréquente, le diabète de type 2 nécessite la prescription de metformine renforcée par des antidiabétiques oraux ou parfois même le passage à l’insulinothérapie.

Quels sont les principes thérapeutiques du bolus ?

Le protocole basal bolus reste un schéma à proposer aux patients présentant une insulinopénie importante notamment dans le diabète de type 2. Le basal bolus est le traitement de choix pour le diabète de type 1 avec la pompe à insuline. C’est un protocole thérapeutique que l’on suggère pour mimer la physiologie, s’agissant de l’association d’une insuline basale pour couvrir les 24 à des insulines rapides administrées avant les repas. Cela reste le gold standard pour un traitement de choix des patients diabétiques de type 1 et de type 2. À ce jour, nous rencontrons des difficultés à faire accepter aux patients ces schémas multi-injectables, ce qui nous amène à prescrire d’autres protocoles. Comme je l’ai mentionné, nous sommes obligés d’appliquer un schéma thérapeutique acceptable pour le patient, avec lequel nous discutons pour éviter une mauvaise observance du traitement.

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