La culture du don d’organes fait encore défaut

La Tunisie a accueilli les 7 et 8 avril 2017 à Sousse le 7ème colloque France Maghreb sur la transplantation sous le thème « le rôle des médias et de la société civile dans la promotion du don d’organes et de la greffe au Maghreb ».

Le colloque a été marqué par la participation des professionnels de la santé, des experts en communication, des journalistes et des représentants de la société civile. Venus de la Tunisie, de l’Algérie, du Maroc, de la Mauritanie et de la France, les participants ont pris part à quatre ateliers dont trois ont été articulés autour du rôle des médias et de la société civile dans la promotion du don d’organes.

Quant au quatrième atelier il a porté sur la « Reconnaissance aux donneurs ». Il est à noter que le nombre des malades inscrits sur la liste d’attente, jusqu’à 2016, est de l’ordre de 1400 malades et qu’entre 80 et 100 malades attendent une greffe de foie chaque année et que plus de 20 malades sont sur la liste d’attente pour une greffe du coeur par an. La majorité des malades meurt durant la période de l’attente.

77% des Tunisiens se disent favorables aux dons de leurs organes

Pourtant, un récent sondage révèle que 77% des Tunisiens se disent prêts à faire don de leurs organes à leur décès, dont 55% acceptant de donner la totalité de leurs organes et 26% un seul organe.
Les résultats du sondage qui ont été présentés à Sousse à l’occasion du 7e Forum franco-maghrébin sur le don d’organes et réalisé par Sigma Conseil et intitulé « Les Tunisiens et le don d’organes, perception et voies pour la promotion », 89% des Tunisiens sont disposés à faire don de leurs organes à leurs parents, 88% à leurs enfants et 77% au conjoint.

Il se base sur une étude quantitative réalisée auprès d’un échantillon représentatif dans le grand Tunis et dans les 24 gouvernorats du pays.
Un tiers des Tunisiens parlent du don d’organes avec la famille et les proches, alors que 63% ignorent l’existence d’évènements consacrés au don d’organes et 89% ignorent l’existence d’associations actives dans ce domaine.

La directrice générale du Centre national pour la promotion de la transplantation d’organes (CNPTO) Rafika Bardi a expliqué que la transplantation d’organes en Tunisie dépend des donneurs vivants, ce qui réduit les chances de don d’organes vitaux qui ne peuvent être prélevés que sur un donneur décédé.
Seules 1783 greffes de rein ont été effectuées en 2016, dont 1447 opérées grâce au don d’un sujet vivant et 336 d’un sujet décédé.

Le principal obstacle reste l’opposition de la famille du défunt, qui représente 90% des refus.
Bardi a expliqué le problème de la baisse de donneurs au cours des dernières années par l’absence de la culture du don d’organes en Tunisie et dans les pays maghrébins, ce qui conduit à la mort du patient en attente d’une greffe. Elle met en cause « les traditions, les mentalités arriérées et les préjugés » ainsi qu’une « confusion » chez l’opinion publique entre le don d’organes et le trafic d’organes.
« Certains malades en attente de greffe sont obligés d’acheter des organes dans des pays étrangers, mais la seule solution pour les 1400 inscrits sur les listes d’attente pour une greffe de rein par exemple est le prélèvement sur un patient en état de mort cérébrale.

La loi impose d’obtenir l’accord de la famille, qui refuse en général », a-t-elle indiqué, soulignant là le rôle des médias et de la société civile dans la sensibilisation à l’importance du don d’organes et à la noblesse d’un tel acte.
En France, les familles s’opposent dans 30% des cas, a indiqué Anne Courrèges, directrice générale de l’agence française de la biomédecine, qui a également mis l’accent sur l’importance de la sensibilisation pour sauver des vies « En 2016, 5891 transplantations ont été effectuées en France, soit une hausse de 5.2% par rapport à 2015.
Il y a eu 3615 greffes de rein, 477 transplantations cardiaques et 371 greffes de poumon.

En Algérie, et en dépit d’une évolution certaine de la transplantation d’organes, elle reste cependant interdite dans le secteur privé, a pour sa part expliqué le directeur général de l’agence algérienne de transplantation d’organes Mohamed Bourehla.
« Le nombre de greffe est passé de 166 en 2014 à 244 en 2016 », a-t-il indiqué, ajoutant que la greffe de la cornée au augmenté de 40 opérations en 2014 à 1013 opérations en 2016.

La directrice générale de la santé Nabiha Borsali Falfoul avait affirmé, à l’ouverture du Forum, que la greffe d’organes reste l’un des meilleurs traitements possibles pour l’insuffisance sévère, mettant en exergue le rôle central des médias dans la sensibilisation au don d’organes.