La paro-implantologie : quoi de neuf ?

Célébrée, comme chaque année, le 20 mars, la Journée mondiale de la santé buccodentaire (WOHD en anglais) est dédiée aux bienfaits d’une bouche saine et à la sensibilisation, à travers le monde, aux questions relatives à la santé et à l’hygiène buccodentaire de tous, jeunes et vieux. L’Association tunisienne d’implantologie et de parodontologie s’est montrée particulièrement active dans les domaines de la recherche, de la formation et de la sensibilisation des patients. Elle a organisé, les 27 et 28 février derniers, ses 9èmes Journées d’implantologie et de parodontologie au Radisson-Hammamet avec, au programme, des conférences de haut niveau sur l’implantologie, cette spécialité qui semble prendre des proportions importantes en Tunisie, où une centaine de chirurgiens dentistes privés pratiquent cette nouvelle technique. Celle-ci est soumise à une formation spécifique pour sa maîtrise et une réelle prise en charge, compte tenu des complications possibles. 

Cette rencontre visait à  favoriser les échanges entre praticiens étrangers et tunisiens et à élargir le champ de vision de la profession à l’internationale. L’ATIP est née de l’espoir et de la volonté d’hommes et de femmes d’améliorer et rehausser le niveau de la formation postuniversitaire en la matière dans notre pays. L’implantologie étant une discipline en perpétuelle évolution, l’ATIP se promet d’être toujours à la pointe du progrès et de faire bénéficier ses adhérents d’une mise à jour continue, autant que d’un accompagnement dans leur exercice.

 

Kamel Bouaouina

Prévenir les maladies parodontales 

Outre la carie, les maladies touchant la gencive, également appelées maladies parodontales et gingivites, constituent le principal problème buccodentaire chez les adultes et les personnes âgées. Il s’agit d’une inflammation des gencives causée surtout par l’accumulation de plaque dentaire et de tartre. Ces maladies peuvent affecter l’os qui soutient la dentition et mener, éventuellement, à la perte des dents. Comme l’a précisé le Dr Michel Jourde, Secrétaire de l’Académie nationale de chirurgie dentaire en France, « les maladies parodontales sont des maladies infectieuses multifactorielles, initiées par l’accumulation de bactéries sur les surfaces dentaires et provoquant la destruction des tissus de soutien de la dent. La présence des agents bactériens ne suffit pas à expliquer la diversité des formes cliniques et les différents facteurs de risque influençant  la fréquence et la sévérité de ces maladies. La réponse immunitaire susceptible d’entrainer une destruction plus ou moins importante des tissus parodontaux et la présence de certains facteurs environnementaux, systémiques (diabète), comportementaux (stress, tabac) doivent être prises en compte dans le cadre du diagnostic et de la thérapeutique parodontale. L’intensification de nos connaissances fondamentales et cliniques, durant ces quinze dernières années, a fait évoluer la prise en charge de ces pathologies, l’approche thérapeutique visant le contrôle de l’infection et de l’inflammation, parallèlement à la mise en œuvre de tous les moyens possibles pour conserver les dents et les tissus ».

L’implantologie à l’ère numérique

L’implantologie se numérise. Le chirurgien peut raisonnablement proposer à ses patients une prothèse totale fixe et implanto-portée le jour même de la pose des implants. À partir d’un scanner préimplantaire, les logiciels informatiques en 3D, de plus en plus performants, sont des aides précieuses, voire indispensables, pour le chirurgien, une planification informatique rigoureuse et précise permettant d’obtenir une prévisibilité exceptionnelle. Il est, de ce fait, possible de réaliser un guide chirurgical, ainsi que la pré-production de la prothèse provisoire ou définitive qui sera fixée, lors de la même séance que l’acte chirurgical implantaire.  Jaafar Mouhyi, Docteur en sciences dentaires et Professeur à l’Université de Californie, a précisé que le numérique permettra au dentiste d’être très performant. « Ces techniques innovantes constituent un véritable espoir thérapeutique pour nos patients et peuvent leur offrir de nouvelles perspectives d’avenir, tant sur le plan médical, en retrouvant par exemple une alimentation normale et équilibrée, que sur le plan personnel, dans le cadre de leur vie socio-familiale. Ceci confère à l’implantologie dentaire une dimension humaine toute particulière et passionnante, riche de recherches et d’échanges. Malheureusement, pour  se perfectionner, les dentistes ont du mal à sortir de leur cabinet et à aller se former deux à trois ans en implantologie, ce qu’ils tentent de faire tant bien que mal, mais ce n’est, très souvent, pas suffisant. Le numérique, quant à lui, joue un rôle absolu dans la qualité de ce que l’on va apporter aux patients, son coût reste toutefois très élevé. Bien que l’accessibilité aux soins dentaires soit un droit pour tous, la prise en charge sociale peine à être complètement assurée.». 

Pr Ridha M’barek

Président de l’Association tunisienne d’implantologie et de parodontologie

 Où en est, pour commencer, l’implantologie en Tunisie ?

Aujourd’hui, l’implantologie a atteint le stade de la maturité et a acquis sa propre identité en Tunisie. Elle a fait des progrès considérables pour devenir une technique tout à fait fiable, nécessitant un savoir-faire particulier. Cette spécialité de la médecine dentaire est devenue une pratique quotidienne. Grâce aux implants dentaires, les patients peuvent bénéficier d’une « troisième dentition », avec des résultats des plus satisfaisants sur les plans esthétique et fonctionnel. Ils peuvent, dorénavant, parler, rire et embrasser en toute confiance, sans craindre que les prothèses bougent ou les blessent, ils redécouvrent le plaisir de manger les aliments qu’ils désirent et la digestion s’en trouve aussi grandement améliorée, ainsi que la santé générale et l’estime de soi.

 L’implantologie restaure-t-elle le sourire ?

 L’implantologie dentaire représente aujourd’hui une technique à la disposition du médecin-dentiste et lui permet de restaurer un sourire et une certaine fonction masticatrice, améliorant ainsi la qualité de vie de ses patients. Restaurer un sourire, redonner vie à un visage, restaurer à nos patients une santé dentaire et la jeunesse, tels sont nos défis.

La révolution numérique entamée a-t-elle bouleversé l’implantologie ?

Depuis quelques années, le scanner dentaire 3D n’a cessé de gagner en notoriété. Tout est numérisé : l’acte chirurgical est assisté par ordinateur, le scanner 3D  se veut beaucoup plus précis, tout en permettant, en parallèle, de réduire considérablement le coût global du traitement implantaire. De nos jours, les images produites par les scanners sont traitées par des logiciels spécifiques à notre spécialité. Concrètement, ceux-ci permettent de visualiser les volumes osseux disponibles ainsi que les obstacles anatomiques. De ce fait, nous sommes en mesure de prévoir, de façon précise, nos interventions et d’assurer un maximum de confort pendant toute la durée de la chirurgie. Le patient peut bénéficier de la mise en place des implants et de la prothèse durant la même séance.

Est-ce une technique onéreuse ?

C’est une technologie certainement coûteuse, bien qu’étant fiable et de plus en plus pratiquée, son prix reste néanmoins élevé. Le matériau de l’implant dentaire revient cher et la CNAM ne le rembourse pas. Aucune mutuelle ne le prend, d’ailleurs, intégralement en charge et, comme association, nous travaillons à persuader la Sécurité sociale de son importance en tant que soin de santé. C’est devenu une nécessité pour le patient.