Agenda Santé Sousse

Le projet Agenda Santé Sousse a réuni, le 5 octobre 2013, les différentes parties prenantes contribuant à la mise en œuvre d’une feuille de route sanitaire. Ce plan de développement des services de santé a invité, durant un semestre, les différents partenaires à échanger des idées, découvrir des actions innovantes dans la région et s’emparer d’outils utiles pour changer de regard sur la santé.

Kamel Bouaouina

« La situation sanitaire actuelle à Sousse se caractérise par de nombreux défis dont les mutations épidémiologiques et démographiques qui nécessitent de renforcer les services préventifs, de développer les services sanitaires et de garantir de bonnes conditions de travail aux professionnels du secteur, afin de répondre aux attentes des citoyens » a affirmé le Ministre. La réalisation de ces objectifs dépend de la mise en place d’un système sanitaire efficace fondé sur l’équité entre les différentes régions et la rupture avec le manque de transparence, tout en prenant en compte le confort sanitaire du citoyen. Certes, au cours de ces dernières décennies, une amélioration significative de la santé de la population a été constatée. Sur cette période, dans la région, de nombreux indicateurs de santé ont évolué de façon très positive. La mortalité à tous les âges a fortement diminué et cette baisse concerne la plupart des causes de décès. C’est dans ce cadre que la Direction régionale de la santé de Sousse a organisé, le 5 octobre dernier, une journée visant à présenter le projet de planification stratégique sur les priorités de développement des services de santé dans la région de Sousse à l’horizon 2020. « Agenda Santé Sousse : ASS 2020 », tel est le nom de ce projet qui entre dans le cadre du dialogue national sur les stratégies, les programmes et les plans de santé. Comme l’a affirmé Pr Khelifa Limam, Directeur régional de la santé à Sousse, il vise à aménager l’offre de santé de proximité sur la région, à étudier et agir sur les déterminants de santé afin d’améliorer la qualité de vie des citoyens et développer la prévention en matière de santé-environnement.

L’organisation d’un projet

Le secteur de la santé a besoin de solutions innovantes et exceptionnelles, prenant en considération la spécificité des défis et contraintes de la région de Sousse. Ainsi, la Direction régionale de la santé de Sousse a élaboré une stratégie planifiant les priorités de développement des services de santé dans la région. Auparavant, cinq journées de réflexion, du 2 au 8 juin 2013, avaient été organisées sur cinq thèmes : les services de santé scolaire et universitaire, les services d’hygiène du milieu et la protection de l’environnement, les services de soins de santé de base, les services de santé hospitalière et les services de santé de libre pratique. Chaque thème a été conclu avec l’établissement d’une feuille de route de dix recommandations issues d’une approche consensuelle suivant la Technique de Groupe Nominal (TGN). Le programme de chaque journée a comporté deux conférences sur la thématique et trois workshops formés par des experts, des professionnels et des représentants de la société civile. Chaque groupe a travaillé autour de la question de savoir quelles sont les actions les plus pertinentes pour le développement des services concernés par le thème de la journée. Par la suite, une sélection des différentes propositions a été démocratiquement faite, aboutissant aux dix recommandations soumises à la séance plénière en fin de journée. Cinq commissions ont été formées pour le suivi de ces recommandations et les activités de chacune se sont réparties en trois phases : une première phase opérationnelle, consistant à transformer les recommandations en actions effectives et échelonnées suivant un échéancier tenant compte des spécificités organisationnelles, socio-économiques et culturelles de la région de Sousse, une deuxième phase de mise en place, permettant de réaliser ces actions et d’accompagner des expériences pilotes d’innovation ou de réforme, et enfin une troisième phase d’évaluation et de généralisation, jugeant les différentes initiatives prises dans le cadre du projet de développement des services de santé.

La carte sanitaire de Sousse : rationaliser l’offre de soins

Il s’agit de faire l’inventaire de l’offre de soins avec une représentation cartographique en vue de planifier une offre de soins rationnelle et de couvrir les besoins de santé de base de la population. « La situation sanitaire actuelle se caractérise, malgré les progrès accomplis, par de nombreux défis à relever : les mutations épidémiologiques et démographiques, qui nécessitent de renforcer les services préventifs, de développer les services sanitaires et garantir de bonnes conditions de travail aux professionnels du secteur afin de répondre aux attentes des citoyens » a affirmé le Ministre. Réaliser ces objectifs dépend de la mise en place d’un système sanitaire efficace, fondé sur l’équité entre les différentes régions, une totale transparence, avec la prise en compte du confort sanitaire du citoyen. La gestion des ressources humaines pour la santé est le point névralgique déterminant l’équité, en termes d’accès aux soins. La démographie médicale s’est globalement améliorée mais certaines insuffisances persistent toutefois, nécessitant des mesures adéquates basées sur une planification rationnelle orientée vers la satisfaction des besoins de la population et permettant d’assurer l’équité en santé. Or, selon Dr Brahim Yazidi, Directeur de la promotion des prestations sanitaires à Sousse, la région accuse un déficit en termes d’hôpitaux et, surtout, de centres de soins de base (1 pour 6.467 habitants, la moyenne tunisienne étant de 5.060). Les médecins sont au nombre de 170 (pour 100.000 habitants), contre 367 à Tunis. Les équipements lourds sont insuffisants, deux IRM et quatre scanners pour un million d’habitants, alors que la région nécessite onze scanners. L’évolution favorable de la densité médicale n’a pas concerné équitablement toutes les villes. Des disparités régionales et intra-régionales de la densité médicale en faveur des zones côtières/urbaines persistent. Celles-ci seraient liées à la répartition géographique des facultés de médecine et des centres hospitalo-universitaires, en particulier, ainsi qu’à la concentration des médecins de libre pratique et à la disparité économique, en général, entre les régions. L’objectif est donc de mettre en œuvre une couverture plus juste, plus efficace et de meilleure qualité, en utilisant mieux la part du budget de l’Etat consacrée à la santé. Dans les zones rurales, l’offre publique de soins devra être réorientée pour être plus proche du citoyen. Les efforts financiers de l’Etat porteront prioritairement sur les Centres de Service de Base (CSB), structures de première ligne des soins. Viendra ensuite le tour de l’hôpital régional, échelon intermédiaire, afin de réduire les inégalités territoriales. L’ambition étant de garantir, à terme, l’universalité de l’accès aux soins et d’améliorer durablement la santé de l’ensemble de la population et ce, par la mise en place d’une politique de prévention, d’une stratégie de lutte contre les maladies transmissibles et les facteurs de risque, l’adoption d’un mode de vie sain et la multiplication des unités de médecine préventive.

Promouvoir une bonne hygiène de vie

Les besoins de santé consistent à amener une situation jugée problématique (état de santé actuel) à une situation désirée (état de santé ciblé ou défini de façon normative). Dans cette optique, le besoin exprime, de façon explicite, l’écart par rapport à une norme et s’inscrit dans une démarche active pour résoudre le problème. Le projet Hammam Sousse-Sahloul Heart Study (HSHS), présenté par la Dr Yosra Guedri, néphrologue, a concerné 33 ménages formés depuis 20 ans et a révélé que la consommation des fruits et des légumes reste insuffisante dans la région. L’activité physique intéresse 19 % des hommes et 29 % des femmes et le tabagisme touche 50 % de la population. L’enquête a montré une prévalence du diabète de 12,7 % chez les hommes et de 11,5 % chez les femmes. La surcharge pondérale est une question préoccupante, la prévalence au sein de la population masculine étant de l’ordre de 61 %, alors qu’elle est de 67 % chez les femmes. L’hypertension artérielle n’est pas en reste parmi les déclencheurs des maladies cardiovasculaires, qui connaissent une hausse importante en raison, notamment, du changement de mode de vie des citoyens, de plus en plus sédentaires et consommant en quantités importantes des aliments gras, salés et sucrés, la consommation de tabac étant un facteur aggravant. Le syndrome métabolique atteint 40 % des sujets, alors que le taux d’insuffisance rénale chronique est de 1,58 %. En matière de prévention et de sensibilisation, un travail de longue haleine est plus que jamais urgent pour éviter que la situation ne s’aggrave atteigne des proportions alarmantes, les structures de santé dans la région étant en deçà des normes internationales. Il est donc nécessaire de sensibiliser le grand public quant aux facteurs de risques des cardiopathies et des AVC causés par une mauvaise alimentation, un manque d’activité physique et le tabagisme. Ces facteurs comportementaux de risques sont responsables d’environ 80 % des maladies coronariennes et cérébro-vasculaires et consistent en une mauvaise alimentation doublée d’un manque d’activité physique. Ils peuvent se traduire, chez les individus, par une hypertension, une hyperglycémie, une élévation du taux de lipides et surpoids et obésité. D’où l’importance de promouvoir une bonne hygiène de vie. Plus la facture des médicaments augmente, plus les pathologies prennent des proportions alarmantes, mettant en lumière l’absence de structures et de politique de santé en mesure de faire face à ce défi.

Dialogue et concertation pour une démocratie sanitaire

La démocratie sanitaire est une démarche qui, selon le Pr Ahmed Ben Abdelaziz, Directeur de l’information à l’EPS Sahloul, « vise à associer l’ensemble des acteurs du système de santé dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique sanitaire, dans un esprit de dialogue et de concertation ». ASS 2020 est une initiative régionale de démocratie sanitaire et en appliquer les principes nécessite d’intervenir à tous les niveaux pour développer la concertation et le débat public, améliorer la participation des acteurs de santé et promouvoir les droits individuels et collectifs des usagers. Reste à déterminer les raisons réelles d’une telle stratégie, la méthode à employer et les zones concernées. Le Pr Ben Abdelaziz estime que la région de Sousse devrait avoir une marge d’autonomie assez large dans le domaine de la planification des priorités du développement sanitaire. « C’est une planification opérationnelle, tactique et stratégique. Il s’agit notamment de dépasser la question d’une participation aux décisions thérapeutiques individuelles dans une redéfinition de la relation soignant-soigné. C’est une approche participative exigeant la collaboration des usagers aux côtés d’autres opérateurs (professionnels, paradigmes, managers, assureurs, collectivités locales) visant à l’amélioration de la qualité du système de santé, y compris la proximité des soins. Elle devrait concerner tous les établissements, publics et privés, cabinets de groupe et activités libérales, réseaux et chaînes de traitements. Cette démocratie repose sur le principe de la liberté du malade de choisir parmi les soignants, à condition qu’il soit informé sur leur lieu d’exercice, leur qualification, leur prix (transparence), ainsi que sur les frais qui resteront à sa charge. La décision devra être fondée sur l’expertise professionnelle et adaptée aux attentes des patients. Quels services de santé doit-on offrir aux patients dans la région de Sousse d’ici 2020 et pourquoi ? « L’un des enjeux de la démocratie sanitaire est le renouvellement de la manière d’appréhender les questions de santé, afin de favoriser l’émergence de nouvelles réponses aux besoins de la population, de disposer d’un système de pilotage en prise avec les réalités du terrain, de mobiliser l’ensemble des acteurs de santé aux niveaux régional et local. D’où l’intérêt de créer des agences régionales de santé (ARS), afin d’assurer un pilotage unifié de la santé en région, de mieux répondre aux besoins et d’accroître l’efficacité du système. Il faudrait un cadre pour la concertation entre les acteurs, un code de rencontre, d’échanges et de concertation entre les acteurs du système de santé qui découvriront qu’ils partagent des principes et des rêves communs » d’après le Pr Ahmed Ben Abdelaziz qui insiste : « Plus une décision est concertée, plus elle est appliquée. Equipe de pilotage, la Direction régionale de la santé est le cadre idéal pour fédérer toutes les compétences. Mais, faut-il un plan et pourquoi ? Pour identifier les besoins, mettre en place les projets et en évaluer l’impact sur la santé de la population. Ceci nécessite la création d’ateliers de réflexion réunissant les professionnels, les usagers et les managers. « Bref, conclut le Pr Abdelaziz, Sousse est devenue une ville novatrice en santé publique, même si elle doit gagner le pari d’assurer un système égalitaire tout en tenant compte des contraintes budgétaires, conciliant déontologie et concurrence, qualité des soins et logique économique, droits des malades et intérêts des praticiens. Faudra-t-il réformer en profondeur l’organisation et la gestion de notre système de santé ? Le projet ASS 2020 est une banque de 500 idées, 50 recommandations prioritaires et consensuelles, 50 fiches techniques de mise en œuvre de projets (maisons de santé, mammographes, bus auto scanners) pour une meilleure santé dans la région de Sousse.