L’Association santé et environnement (ASE) a organisé, le samedi 30 avril 2016 à l’hôtel Golden Tulip El Mechtel à Tunis, une table ronde ouverte au public sur les allergies des temps modernes, à laquelle ont participé des médecins allergologues, cardiologues, pédiatres et du travail. Il y a été question de l’explosion des allergies à l’époque contemporaine (Pr Néjib Mrizak), des allergies liées aux conditions climatiques (Pr Leïla Fekih), des allergies alimentaires (Pr Hafawa Daghfous), des allergies chez l’enfant (Pr Anissa Berraïes) et des maladies émergentes de cette année (Dr Wided Boughattas), et pour cause puisque ces pathologies ne sont pas anodines. Leur incidence est, aujourd’hui, exponentielle dans les pays du monde entier, qu’ils soient industrialisés ou émergents.

Hela Kochbati

En 2050, 50 % de la population mondiale sera affectée par au moins une maladie allergique selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’OMS classe l’allergie au 4ème rang mondial des maladies après le cancer, les pathologies cardiovasculaires et le sida. Au cours des 20 dernières années, le nombre de personnes allergiques a doublé.

Si les allergies ont aussi une origine génétique, rien ne semble arrêter ce mal du siècle aggravé notamment par nos modes de vie. L’environnement extérieur ou intérieur, les paramètres épigénétiques ou encore la dimension psychosociologique ont un impact sur le développement de l’allergie. Aujourd’hui, dans notre pays, près d’une personne sur cinq est allergique et 30 % des patients allergiques sont âgés de moins de 15 ans. L’eczéma touche 10 à 20 % des enfants, alors que l’asthme affecte 6 à 10 % de la population infantile.

Les causes des réactions allergiques sont diverses. Certaines allergies sont déclenchées par les allergènes extérieurs tels que les pollens ou les nombreux polluants chimiques présents dans l’air extérieur. Ce sont des facteurs aggravants dans les réactions allergiques. Les réactions aux insectes, essentiellement causées par les piqûres de guêpes, de frelons et d’abeilles, sont aussi à l’origine des chocs allergiques. Par ailleurs, l’augmentation de l’allergie alimentaire coïncide avec l’essor de l’alimentation industrielle, celle-ci risquant d’entraîner des réactions violentes comme un œdème de Quincke ou un choc anaphylactique. Les populations passent aussi de plus en plus de temps à l’intérieur (habitat, écoles, lieux publics, bureaux et moyens de transports), dans un environnement 5 à 10 fois plus pollué qu’à l’extérieur. Dans les lieux clos, les allergènes les plus communs sont les acariens, les poils d’animaux, les moisissures, auxquels s’ajoutent les polluants domestiques utilisés au quotidien. Le tabac, les produits d’entretien, etc. fragilisent les occupants et augmentent le risque d’apparition de symptômes allergiques. L’Agence de la protection de l’environnement américaine (EPA) a classé la pollution de l’air intérieur au 5ème rang des risques environnementaux pour la santé publique.

Pr Lamine Megdiche – Pneumologue allergologue à l’hôpital Abderrahmane Mami de l’Ariana

L’allergie constitue un fléau mondial et nous ne sommes pas épargnés. Il est vrai que de grandes avancées ont été réalisées ces dernières années pour comprendre le phénomène et de nombreuses innovations thérapeutiques ont eu lieu. Comparées aux allergies d’il y a de nombreuses années, celles de notre époque ont changé et l’on est confronté à une transformation des médiateurs que l’on nous a théoriquement enseignés sur les bancs de la Faculté de médecine.

Dr Ahlem Helali – Médecin généraliste à l’Ariana

Nous avons visité l’école primaire d’El Omrane, à l’initiative de l’Association santé et environnement et du Dr Héla Kamoun, en vue d’une sensibilisation sur l’hygiène, la santé et l’environnement. Nous avons abordé l’hygiène du milieu environnant et les allergisants dans l’air, ainsi que l’hygiène individuelle, l’hygiène collective et la propreté environnementale. Lorsqu’un médecin visite un établissement scolaire, l’information passe autrement avec les élèves, par le biais des moyens éducatifs et d’interactions didactiques. Je trouve que la symbiose avec le système de l’éducation est positive en termes d’information et de prise de conscience.

Pr. Habib Boujnah – Président de l’ASE

L’allergie est une pathologie qui a considérablement augmenté durant les trois dernières décennies, devenant une épidémie mondiale ravageuse. C’est un fléau tel que l’OMS place au quatrième rang des maladies chroniques. Pire encore, elle estime que 50 % de la population mondiale sera allergique en 2050. Il s’agit d’une maladie environnementale par excellence dont nous sommes tous responsables, du fait du nombre de substances auxquelles nous sommes amenés à être exposés, de la consommation d’un bon nombre de médicaments, de celle de certains produits, ainsi que du changement de notre hygiène alimentaire. Par ailleurs, nous sommes tous concernés par ces allergies, qui surviennent à un âge de plus en plus précoce. Nous avons choisi d’organiser cette table ronde en vue de traiter les différentes thématiques autour de ce problème, comme les allergies respiratoires ou comment identifier les facteurs allergènes, comment s’en prémunir et comment les traiter. Il faut savoir également que cette affection est l’un des parents pauvres de la médecine thérapeutique car il n’existe que très peu d’allergologues par rapport au nombre de patients atteints par cette pathologie.

Dr Néjib Mrizak – Médecin du travail à l’hôpital Farhat Hached de Sousse

Quelles sont les principaux types d’allergènes et d’allergies ?

Il existe plusieurs types d’allergies. Les allergies cutanées, les allergies respiratoires, les allergies alimentaires, les allergies médicamenteuses et les allergies au venin d’hyménoptères (guêpes, abeilles). Les allergènes sont également nombreux au quotidien, parmi eux on peut citer les acariens, les pollens, les particules de poils d’animaux, les blattes, le latex, les produits détergents, les moisissures, les plantes vertes, certains aliments (œuf, lait de vache, arachide, fruits) et les médicaments.

Quels sont les facteurs de risques des différentes allergies ?

Les facteurs de risques sont soulignés dans plusieurs études. Il y a d’abord les facteurs génétiques et l’on relie également ces derniers à un rôle de l’environnement notamment dans le cas de l’asthme qui se transmet dans la famille. L’environnement joue donc un rôle dans l’apparition de maladies allergiques, tout comme la fumée de tabac est allergisante. La pollution atmosphérique constitue, quant à elle, un facteur inducteur non négligeable et les infections assistées médicalement, ainsi que l’obésité, sont des facteurs aggravants.

Quels sont les chiffres à l’échelle mondiale ?

Dans le monde, 150 millions de personnes sont atteintes d’asthme et 75 % d’entre elles souffrent de rhinites. L’eczéma atopique affecte, quant à lui, 15 à 20 % des enfants et des adultes de la population mondiale. Il est à noter que les allergies respiratoires ont doublé ces dernières années.