Malformation foetales et mortalité infantile

Les malformations peuvent toucher de nombreux organes du foetus. Ces troubles se manifestent parfois par des anomalies physiques pouvant entraîner une invalidité permanente et, dans certains cas, la mort. Ces anomalies proviennent de la période suivant la conception et peuvent avoir des causes différentes : malformations d’origine génétique ou dues à une agression extérieure ou encore provoquées par des facteurs inconnus.

                                                                                                                                          Kamel Bouaouina

Toutes ces malformations sont la cause d’environ 14% des enfants morts nés, en général, et 7% des morts nés après la vingt-huitième semaine. Malgré les progrès de la médecine prénatale et une meilleure connaissance du déroulement de la grossesse, aucun bébé n’est à l’abri de ce risque. Si de nombreuses malformations restent mineures et sans conséquences, certaines nécessitent une opération chirurgicale, alors que d’autres ne peuvent, hélas, être réparées. C’est dans ce cadre que la Société tunisienne de gynécologie-obstétrique a organisé« Les   de Printemps » à l’hôtel Russelior – Hammamet, les 27 et 28 Avril 2013. Trois grands thèmes ont été abordés : le coeur et le thorax fœtaux (Nadine David), l’oeil (Georges Haddad) et la face (Jean Philipe Bault). Il est vrai, comme l’ont signalé les médecins intervenants, que 2,8 à 3% des nouveauxnés présentent des malformations. De plus en plus de bébés naissent handicapés à vie. Les malformations foetales constituent un sérieux problème de santé publique, des maladies que les gynécologues tunisiens s’attellent à diagnostiquer précocement grâce à l’échographie, un moyen efficace pour observer de près le foetus et détecter les anomalies foetales, dont 40 à 60% n’ont pas de causes réelles. L’échographie gynécologique contribue également au diagnostic des malformations de certains organes chez le foetus, dont le coeur, le cerveau, les reins, la colonne vertébrale, ainsi que les membres. Des échographes vétustes peuvent constituer un danger pour la santé de la maman et du foetus du fait de leur manque de précision.

  Dr Nadine David      Dr Nadine David

          Cardio-respiratoire à l’hôpital Charles Nicole de Rouen

                                                                         « Le rôle de l’échographiste est primordial dans le dépistage des malformations fœtales »

Comment se développe le coeur chez le bébé ?

Le coeur se développe et commence par un petit tube. Entre le tube cardiaque primitif, ébauche initiale du coeur vers le 18ème jour de la vie embryonnaire, et le coeur complet, vers la fin de la 6ème semaine, les étapes sont complexes. Il devient alors difficile à examiner. C’est pourquoi l’on doit faire un enchaînement très particulier pour déterminer si le coeur est bien formé ou mal formé.

Les anomalies cardiaques touchent-elles de nombreux nouveaux-nés ?

On parle de 8 pour 1000 naissances. Certains bébés vont aller mal et mourir dans les premières heures de vie et d’autres vont progressivement avoir une insuffisance cardiaque, c’est-à-dire être essoufflés, ne pas pouvoir faire d’effort dans les premières semaines de vie. Certains vont être cyanosés, c’est-à-dire manquant d’oxygène. Tout dépend de la malformation en question.

Les risques sont-ils réels pour une mère diabétique?

Les mères diabétiques ont un pourcentage plus élevé de risques dans la seule mesure où le diabète est mal équilibré au

moment de la conception du bébé. Une maman dont le diabète est bien équilibré lors de la conception de son enfant a

toutes les chances d’avoir un bébé au coeur normal.

Dans le cas où la survie du bébé est en jeu, comment peut-on corriger cette anomalie ?

Tout dépend du type de malformation. Certaines ne sont pas réparables, nécessitent de nombreuses interventions et

n’aboutiront jamais à un coeur normal. Au contraire, il existe des malformations très graves à la naissance que l’on va réparer complètement par une intervention chirurgicale.

Quel est le rôle de l’échographiste dans le dépistage de ces malformations ?

Dépister précocement des malformations grâce à l’échographie est déterminant pour la marche à suivre et les

décisions à prendre. Certaines seront très difficiles à réparer et mettront en jeu la qualité de vie et la survie de l’enfant à

moyen terme et, dans ce cas, les parents demandent souvent l’interruption de grossesse. Le diagnostic de la malformation cardiaque, par ailleurs, peut être associé à celui d’autres anomalies génétiques comme le syndrome de Down, aussi appelé trisomie 21 ou familièrement mongolisme. Le plus intéressant, c’est de savoir dépister les malformations qui vont immédiatement mettre la vie de l’enfant en danger mais que le chirurgien peut réparer. Dans ce cas, il sera judicieux de faire accoucher la maman près d’un service de chirurgie cardiaque, ainsi l’enfant sera pris en charge, dès sa naissance, pour la réparation.

On peut donc sauver la vie d’un bébé ?

La malformation n’étant pas grave, on ne peut parler de sauver une vie. Notre rôle est de prévenir les parents sur le handicap de leur bébé, de les informer sur notre capacité à le prendre en charge dans le sens de la guérison mais certains demanderont tout de même l’interruption de la grossesse.

Les gynécologues ne voient-il pas les détails des organes foetaux ?

C’est possible mais pas toujours réalisable. Nous tentons de les former en leur donnant les éléments qui leur permettront de mieux les voir. Au niveau cardiaque, les malformations pourront être diagnostiquées dans 80% des cas. Il faut juste avoir un bon matériel et amener les femmes à consulter régulièrement.

  Khaled Mahmoud    Khaled Mahmoud

                                                                             Président de la Société Tunisienne de Gynécologie-Obstétrique (STGO)

                                                                      « Nous organisons en septembre le 17ème Congrès Mondial de la fécondation in vitro »

Quel est le rôle de la Société tunisienne de gynécologie obstétrique ?

Notre organisation vise la promotion de la spécialité de gynécologie obstétrique et la formation médicale continue des médecins, ainsi que leur mise à niveau. Son activité scientifique est très intense : outre l’organisation annuelle et régulière de congrès nationaux, la STGO a organisé de nombreux symposiums et séances thématiques, s’intéressant à des sujets très variés, tout en tentant de décentraliser cette activité (Hammamet, Sousse, Sfax). Par ailleurs, la STGO n’a de cesse de prodiguer des initiations en enseignement d’échographie, de colposcopie et de sénologie, et ce sous forme d’ateliers annuels intitulés « les journées du printemps ». Dans le cadre de la décentralisation de notre activité, nous organisons chaque année la journée du Nord pour apporter l’information aux gynécologues éloignés de la capitale, sans oublier l’organisation des mercredis de la STGO 2013 : cerclage du col utérin, techniques et indications en mai. Nous comptons organiser notre 23ème congrès national à la fin de l’année à l’intention de tous les gynécologues, des services public et privé, le grand rendez-vous annuel de la gynécologie tunisienne. Durant trois jours, toute l’actualité en obstétrique, gynécologie et médecine de la reproduction sera passée en revue par des experts nationaux et internationaux. Du 4 au 7 septembre, Gammarth abritera le 17ème Congrès mondial de la fécondation in vitro, qui réunira de grandes sommités pour tenter de tracer la médecine du 21ème siècle. C’est un honneur, pour la Tunisie, que d’organiser cette grande manifestation médicale, dont les retombées scientifiques et humaines sont potentiellement énormes.

Les chercheurs, les cliniciens et les embryologistes les plus en vue au monde, dans le secteur de la fertilité humaine, se

rencontreront à l’occasion de cet événement.

Quel est le rôle du gynécologue dans le dépistage des malformations foetales chez le

 nouveau-né ?

Son rôle est primordial. Il est le premier concerné par le dépistage des malformations foetales, la clé de voûte car il

connaît bien la femme et les facteurs de risque qui l’entourent. Il est un passage obligé et doit ensuite collaborer avec les spécialistes de manière synchrone pour le diagnostic.

Ces malformations sont-elles nombreuses chez le bébé ?

Elles sont rares. Ce sont des anomalies cardiaques, rénales, digestives et pulmonaires. Le dépistage de ces malformations foetales constitue le volet capital des contrôles systématiques de toute grossesse conçue pour engendrer un enfant en bonne santé, indemne de toute malformation congénitale. Ainsi, dès la première consultation, il faut insister sur les contrôles systématiques programmés comportant des investigations et qui mettent en relief les malformations. Toutes les échographies pratiquées pendant la grossesse permettent de montrer des malformations embryonnaires ou foetales. Une attention particulière est portée aux femmes ayant des antécédents de maladies héréditaires.

Les yeux des bébés sont fragiles. Comment peut-on dépister les troubles oculaires chez le nouveau-né ?

Miracle de la nature, l’oeil est un des organes qui apparaissent le plus tôt chez l’embryon. Il est aussi fragile. L’imagerie de l’oeil est une technique toute récente et la prospection de cet organe y est en cours de perfectionnement. Elle n’est pas très développée. C’est dans ce cadre que s’inscrit notre séminaire, afin de mieux connaître la sémiologie de l’oeil, les connaissances à son sujet étant encore peu étendues.

 

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