La bactérie Fusobacterium nucleatum favorise ou stimule le cancer du côlon

Une bactérie, appelée Fusobacterium nucleatum, joue probablement un rôle dans l’apparition ou la stimulation de la croissance du cancer du côlon car une nouvelle étude, publiée dans la revue Science, montre qu’un antibiotique dirigé contre ce microbe ralentit la croissance de ces mêmes cellules cancéreuses chez la souris.

Ces travaux cliniques ont étudié spécifiquement les cancers du côlon métastasés au foie. Les métastases du foie, observées jusqu’à deux années après la chirurgie initiale du cancer du côlon, ont été enlevées chirurgicalement et analysées au plan bactériologique. Les métastases, issues de cancers du côlon infectés par des Fusobacteria, étaient également infectées même après la propagation au foie. Inversement, les tumeurs du côlon qui n’avaient pas la bactérie à l’origine ne les avaient pas après s’être propagées au foie. Les chercheurs américains ont également recherché les bactéries dans les cancers apparus en premier dans le foie, et non dans le côlon. Ils n’en ont pas trouvé.

« De loin l’explication la plus probable est que le cancer métastase au foie et porte ce microbiome avec lui », précise le Dr Meyerson, du Dana-Farber Cancer Institute et auteur de cette étude.

Les bactéries ne sont pas là par hasard, le Dr Meyerson et ses collègues ont également transplanté des cancers du côlon infectés chez la souris et ces cancers ont également augmenté. L’équipe de chercheurs a fait cela à plusieurs reprises, en transplantant les cancers à travers quatre générations de souris et cela a fonctionné à chaque fois. Les Fusobacteria sont restés attachées aux cancers.
Les chercheurs ont soigné les souris avec un antibiotique, le métronidazole, qui détruit les Fusobactéries et alors les tumeurs se sont développées beaucoup plus lentement. Pour avoir une population témoin, les chercheurs ont traité un groupe de souris avec de l’érythromycine, un antibiotique proche auquel les Fusobactéries ne sont pas sensibles, et la croissance tumorale n’a pas été affectée.

Cela ne signifie pas qu’il faut traiter tous les malades souffrant d’un cancer du côlon avec du métronidazole pour éliminer les fusobactéries, d’une part, parce que seulement 50% des cancers du côlon renferment des fusobactéries, d’autre part, parce que le métronidazole n’agit pas que sur les fusobactéries accusées, mais aussi sur d’autres bactéries qui peuvent jouer un rôle modulateur important. D’autre part, les patients devraient prendre l’antibiotique indéfiniment, car les Fusobacteria sont constamment réintroduites à partir de la cavité buccale.

Les chercheurs américains supposent qu’au lieu de provoquer directement un cancer du côlon, les Fusobactéries pourraient modifier la réponse immunitaire des patients et leur réaction aux traitements qui utilisent le système immunitaire pour détruire les cancers. Une autre possibilité, les bactéries agiraient directement en sécrétant des produits chimiques qui stimulent la croissance locale des cellules cancéreuses.

En conclusion, les résultats accumulés ont démontré que Fusobacterium nucleatum favorise le cancer du côlon ou contribue à son développement.
Un nouvel exemple de l’importance des interactions qui existent entre bactéries et l’organisme humain dans les pathologies cancéreuses, particulièrement que ce soit via le système immunitaire ou une autre voie de l’organisme.

(Crédit photo : CDC Public Health Image Library. Image credit: CDC/Dr. V. R. Dowell, Jr. (PHIL #2965), 1972 – Licence domaine public)