Une année se termine. Une de plus.

Je ne l’ai pas qualifiée de belle. Elle ne l’était pas plus que les précédentes.
La gabegie, l’insécurité, la saleté, l’incivisme, l’agressivité ambiante, les débats télévisés stériles, en un mot l’anarchie, offrent aux quelques insoumis que nous sommes un spectacle quotidien pénible et douloureux, émaillant nos jours infortunés d’instants peu glorieux que nous courons essayer d’oublier dans nos foyers.
Sortir est devenu périlleux. Conduire ? Trop dangereux ! Travailler ? Intrépide! Traverser les souks ? A vos risques et périls. Respecter la signalisation routière ? Attendez, non mais vous voulez rire ?!? Envoyer ses enfants à l’école à pied ? Même pas envisageable ! Aller au marché ? Attention qu’on ne vous arrache pas votre collier ou, pire, une boucle d’oreille. Faire la queue ? Vous seriez bien le seul !
Depuis le début de l’année, trois camarades de mes enfants ont été braqués au couteau à Mutuelleville ! Je n’ose penser à d’autres quartiers… Ma femme de ménage me racontait apeurée qu’elle n’osait pas sortir dans le sien passées 17 heures ! Son quartier est livré aux voyous dès les derniers rayons du soleil !
Une dégradation honteusement interminable et non maîtrisée de la sécurité des citoyens de Tunisie !
Oui, insoumis, car nous refusons de nous mettre au niveau de cette majorité sale et égoïste, non éduquée, livrée à elle-même par des parents incapables d’inculquer la moindre valeur à leur progéniture. Le manque de moyens n’explique pas tout ! Les voitures, et surtout les taxis qui brûlent les feux ou vous coupent la route, ne sont pas conduites par des démunis mais par des personnes qui jouissent d’on ne sait quelle impunité.
Autre triste illustration… Il y a quelquesjours à peine, sur Facebook, des dizaines de membres d’un groupe s’extasiaient qu’une personne ayant retrouvé un porte-feuille poste une annonce à la recherche de son propriétaire. Croulant sous les louanges, l’auteure du post est allée jusqu’à me remercier d’avoir proposé la médaille du mérite pour son acte glorieux. Elle n’avait même pas compris que mon incitation à la décorer était amèrement ironique !
Tout cela m’a aussi rappelé une blague qu’on se racontait dans les cours de récré, l’une de ses blagues hilarantes et à la fois hautement philosophiques : « C’est un fou qui passe ses journées les mains accrochées à la grille de la porte d’entrée de l’asile psychiatrique dans lequel il est interné. Du matin au soir, il observe les passants, sans bouger. Un matin, n’y tenant plus, le surveillant s’approche de lui et lui demande : Que faites-vous ainsi du matin au soir à regarder les passants passer ? Et le fou de lui répondre : Je me demande simplement combien ils sont là-dedans…»
… Oui, combien sommes-nous là-dedans ?

Senda Baccar