Faible activité de consultation médicale des centres de santé de base, dotation irrationnelle des équipements par gouvernorat, défaillance de l’entretien et la maintenance de ces équipements du fait de l’insuffisance des ressources humaines qualifiées nécessaires à cette fonction, matériel ne répondant pas aux normes tout comme la construction des bâtiments à cause de la corruption, hôpitaux de circonscription exempts de services de chirurgie et de réanimation et sans plateau technique adéquat pour la prise en charge des différents types d’urgence, des hôpitaux universitaires qui subissent la défaillance des première et deuxième lignes de santé publique. Par ailleurs, le personnel médical doit soigner sans outils de diagnostic, sans médicaments et dans des locaux mal
entretenus et inadaptés au flux des patients, les usagers du service public exprimant alors leur insatisfaction…
Les problèmes qui affectent notre système de santé sont aujourd’hui légion et la perte des acquis de la Tunisie indépendante sont la cause première du départ des médecins, de plus en plus nombreux, vers des horizons plus adaptés à leurs attentes. Ils ne voient aucune issue à leur avenir sur notre territoire, secteur public et secteur privé.

Et le secrétaire général du CNOM d’annoncer : « On est passé de 9 % de jeunes médecins ayant quitté le pays
en 2012 à 45 % en 2017 ».

Plus grave encore, cette hémorragie concerne autant les jeunes médecins que les moins jeunes, des médecins expérimentés qui quittent leur poste pour un ailleurs plus attrayant où leurs émoluments sont à la hauteur de leur compétence.
La découverte d’un nouvel eldorado, les nouvelles perspectives économiques, des carrières prometteuses, une meilleure estime de soi, les causes de l’émigration sont aisément quantifiables.

Le ministre de la Santé, lui-même, reconnaît que son département « ne fonctionne pas correctement ».

En effet, la gestion budgétaire est source des gaspillages et du délabrement des structures sanitaires publiques et les quatre dernières décennies n’ont vu aucune volonté politique de sa réforme. En outre, bien que permettant de garantir la régularité de la dépense, le système budgétaire tunisien, étant orienté sur le contrôle des moyens, est insuffisant pour assurer l’efficacité de l’allocation des ressources et contribuer à la performance opérationnelle. Des mesures de modernisation sont nécessaires pour remplir ces deux derniers objectifs. Elles devraient comprendre la mise en place d’un cadre des dépenses à moyen terme (CDMT) et des budgets de programme, la rationalisation de la classification des dépenses, la mise en place progressive d’un suivi de la performance et la modernisation des procédures d’exécution et de contrôle du budget. Pour promouvoir la qualité et l’équité des prestations de soins par le travail décent et la rénovation du dialogue social, il faut préalablement réformer la gouvernance du service public afin d’aboutir à une politique de santé pour tous. Il faut en outre former les personnels de santé du XXIème siècle, renforcer la capacité des syndicats à dialoguer autour de la qualité et l’équité des prestations de soins, ceux-ci devant reconnaître la qualité des prestations de soins comme un objectif de leur mission syndicale.

Jouida Ben Aouali