Congrès de cardiologie et de chirurgie cardiovasculaire

La 33ème édition du Congrès national de la cardiologie et de la chirurgie cardiovasculaire s’est tenue à Tunis à l’hôtel Sheraton du 27 au 30 novembre 2013. Comme de tradition, ce congrès national est le plus important événement de cardiologie et de chirurgie cardiovasculaire en Tunisie, regroupant l’ensemble des thématiques : pathologies cardiologiques, insuffisance cardiaque, cardio-thrombose, rythmologie, imagerie médicale, chirurgie interventionnelle, anomalies congénitales, médicaments cardiovasculaires, et  réunissant des experts nationaux et internationaux venant de France, d’Italie, de Grande Bretagne et d’Afrique (Afrique de l’Ouest et région subsaharienne). Le programme des sessions a suscité l’intérêt des experts et des chirurgiens présents, permettant d’échanger les avis de diagnostic entre spécialistes et de discuter de nombreux thèmes controversés au cours des examens cliniques et de choix de classes de traitements. Par ailleurs, de nombreuses sessions ont porté sur le thème santé phare de l’année 2013, l’hypertension artérielle : les experts ont pu débattre autour des besoins en termes de traitements et des innovations, des différents cas cliniques soulevés et de références en littérature ainsi que des sujets rencontrés au cours de la pratique quotidienne. De nombreux partenaires, laboratoires et firmes pharmaceutiques se sont associés à cette manifestation. La particularité de cette année a été marquée par une session de Hotlines 2013 qui a résumé les principales innovations et avancées scientifiques de l’année en cours. Les ateliers des différents groupes de travail de la Société tunisienne de cardiologie et de chirurgie cardiovasculaire de cardiovasculaires (STCCV) et le Club tunisien de bifurcation (TUBIC) ont donné l’occasion aux participants d’échanger et de partager leurs expériences et leur avis sur des cas clinique de la pratique quotidienne. Au cours de cette édition, plusieurs innovations, comme la programmation d’un atelier commun animé conjointement par le Groupe tunisien de cardiologie interventionnelle (GTCI) et le Groupe de réflexion en cardiologie interventionnelle (GRCI), l’occasion de confronter les connaissances communes avec les partenaires européens (français, italiens et anglais) et africains. Un autre atelier a été dédié aux jeunes cardiologues, un autre à l’hypertension artérielle et une session consacrée à l’imagerie médicale pour présenter les résultats de leurs travaux. De nouveaux traitements ont été présentés comme Zofenopril, des laboratoires « Menarini International », pour la normalisation de la tension artérielle qui sera commercialisé d’ici un à deux mois en Tunisie, présenté par le professeur cardiologue italien Claudio Ferri, lors d’un symposium intitulé « The future is today » (le futur c’est aujourd’hui). Zofenopril traite l’hypertension artérielle légère à modérée. Il permet une adaptation physiologique de la tension artérielle. Il est également prescrit dans le cas d’une insuffisance cardiaque. Les laboratoires Servier ont, quant à eux, présenté le Coveram, un médicament associé au traitement de l’hypertension artérielle, une association fixe (Perindopril arginine-amlodipine) dans l’hypertension et dans la maladie coronaire. Le Périndopril est un inhibiteur de l’enzyme de conversion (IEC), l’amlodipine est un inhibiteur calcique. 

L’apport en nouveaux médicaments de l’année 2013 a généré des traitements génériques plus efficients, disponibles et moins chers pour les malades. 

La 34ème édition du Congrès national de cardiologie sera organisée du 26 au 29 novembre 2014, avec le 17ème Congrès maghrébin de cardiologie. 

Pr Mohamed Mourali 

Président élu de la Société de cardiologie et de chirurgie cardiovasculaire et coorganisateur du 33ème Congrès national de cardiologie

Qu’en est-il du cathétérisme (KT) de nos jours en Tunisie ?

Le cathétérisme est assez développé en Tunisie : la plupart des cathétériseurs interventionnels ont bénéficié d’une bonne formation dans notre pays, complétant leurs cursus outre-mer, essentiellement auprès de l’Ecole française reconnue mondialement comme l’une des meilleures. Historiquement, la Tunisie a toujours été à l’avant-garde du Maghreb. Depuis la fin des années 60 et l’introduction du cathétérisme diagnostic, le cathétérisme interventionnel a suivi très rapidement. Ainsi, le pays a vu se succéder des générations de cardiologues spécialisés en cathétérisme interventionnel, expliquant en partie l’engouement actuel des jeunes cardiologues pour la cardiologie interventionnelle.

 

Quelles sont les contraintes de cette chirurgie interventionnelle et ses principales séquelles ?

 

Il faut distinguer deux catégories. D’abord, tout ce qui est angioplastie coronaire, patients avec des problèmes de sténoses sur les coronaires, que ce soit celles découvertes lors d’apparition de douleurs thoraciques ou de dépistage thoracique à la suite d’un bilan réalisé suite à des complications en rapport avec un infarctus de myocarde. Mais il y a aussi l’autre volet qui, historiquement, a démarré plus tôt, à savoir les patients souffrant d’un rétrécissement mitral, une maladie acquise, secondaire à un rhumatisme articulaire aigu développé à la suite d’une cardiopathie de l’enfance pouvant entraîner comme séquelles des sténoses des valves et notamment la valve mitrale. Et là avant dans les années 50-60, seule la voie chirurgicale était envisageable. Aujourd’hui, il existe d’autres techniques. La Tunisie, pionnière en la matière, a pratiqué la dilatation mitrale dès les années 80. D’autres actes interventionnels notamment pour les malformations congénitales comme la communication inter-auriculaire, ont été pratiqués et maintenant, le cathétérisme interventionnel exactement par la même voie, c’est-à-dire par la veine fémorale est réalisé sans opération. Maintenant, certaines d’entre elles peuvent être fermées par voie interventionnelle, grâce à un dispositif qui va prendre « en sandwich » les bords de ce trou, entre les deux oreillettes. Autre cas, celui de la dilatation pulmonaire, qui est aussi une maladie congénitale avec une sténose au niveau de la valve pulmonaire. On peut dilater avec un ballon et obtenir de bons résultats immédiats, c’est une intervention à succès surtout à moyen terme. D’autres voies ont été ouvertes depuis une dizaine d’années à savoir, la valve aortique percutanée, technique qu’on réserve aux patients dont le risque opératoire est très élevé, avec contre-indication absolue (sujets très âgés, avec comorbidité et plusieurs pathologies). Cette technique n’est pas à indiquer largement et le praticien doit vraiment être critique dans la sélection des patients. Mais c’est vrai que c’est assez révolutionnaire pour les patients pour qui on ne pouvait absolument rien faire.

 

D’après votre expérience, quels sont les signes les plus fréquents pour réaliser une intervention en cardiopathies interventionnelles et pour quelles tranches d’âges?

 

Sans la moindre hésitation, l’angioplastie coronaire. Le tabagisme et le diabète sont devenus endémiques dans notre pays. Le tabagisme, on ne le répètera jamais assez, est un grand fléau en Tunisie : plus de 70 % des patients présentant un problème coronarien sont tabagiques, un chiffre effrayant comparé aux séries occidentales (entre 30 et 50 %). Mais il y a aussi le diabète dont l’incidence dans nos contrées est en train de s’approcher de plus en plus de l’incidence du diabète dans les pays du Golfe. Notre mode de vie, la sédentarité, l’alimentation, l’obésité, etc., sont en train d’évoluer dans le mauvais sens. La génération fast-food  ne pratique pas d’activité physique régulière, les enfants souffrent d’obésité, d’hypertension… Ces facteurs ont provoqué une augmentation exponentielle d’insuffisance coronarienne. L’angioplastie coronaire occupe de loin une grande place dans la cardiologie interventionnelle. Concernant les valvuloplathies (dilatations) mitrales, rappelons que les rhumatismes articulaires aigus étaient endémiques dans les années 50 à 70. Cependant, sans totalement disparaître, cette incidence est en train de diminuer grâce à la transition démographique. En revanche, d’ici une dizaine d’années, on rejoindra un peu l’incidence des pays occidentaux, à savoir, une disparition quasi-complète de ces valvulopathies. En revanche, le développement de la correction des « vices » dans les cardiopathies congénitales va certainement se développer parce que la technique est de plus en plus maîtrisée, le matériel est de plus en plus facile à manier et à implanter. Au cours de ce congrès, j’ai évoqué la dilatation aortique, de la valve aortique percutanée, cette voie va certainement se développer mais il faut être vigilant pour limiter les indications aux patients qui en auront besoin.

 

Quelle est la révolution en matière de techniques de cardiologie interventionnelle ?

 

Dans le cadre du cathétérisme interventionnel, il s’agit en premier lieu de l’intervention au niveau des valves. Actuellement, le matériel disponible est de plus en plus performant en termes de tolérance, de facilité de d’implantation, avec cette balance de sécurité, apport et bénéfice pour le patient, mais également en ce qui concerne l’industrie et la maîtrise et par conséquent la démocratisation de telles techniques. Par ailleurs, on attend d’autres révolutions avec des valves autres que sténosantes. Actuellement, en cas de sténose, on pose une valve pour élargir la lumière de l’artère. Mais quand la valve est fuyante, qu’il y a une fuite importante, aussi bien, on fait essentiellement appel à la chirurgie. Dans ce cas, pour les patients non opérables, du matériel révolutionnaire arrive comme le clip percutané. On va essayer de prendre les deux bords et, même principe qu’une agrafeuse, on va clipper les deux bords pour réduire la fuite. Il y a aussi des prothèses au niveau de la valve pulmonaire qui peuvent être implantées chez les enfants opérés, des valves percutanées qu’on implante mais qui nécessitent de la technicité et encore un développement technologique que les fabricants sont en train d’essayer d’améliorer.

 

Quelle est la place de la contre-pulsion intra-aortique en salle de KT ?

 

J’ai effectivement animé un atelier sur ce thème. Ce matériel est implanté chez des patients présentant des cardiopathies extrêmement graves, qui ont fait un infarctus du myocarde ou des complications d’infarctus assez étendues ou des complications d’une communication inter-ventriculaire et qui ont une tension qui est en baisse. Implanté au niveau de l’aorte, le ballon va se gonfler au moment où les coronaires vont être irriguées, en phase de diastole, pour optimiser l’irrigation vasculaire et par conséquent l’intervention. C’est un moyen qu’on met en urgence pour des malades graves qui ont une incidence de mortalité supérieure à 50 %. En outre, c’est un outil qui permet de maintenir les patients avec une hémodynamique viable, le temps de les opérer ou le temps de dégraisser, petit à petit, les médicaments qui ont permis de les maintenir en hémodynamique stable. Cette technique est maîtrisée en Tunisie depuis une quinzaine d’années. Le défi actuel est de définir les indications, la durée de la contre-pulsion, et, bien sûr, quelques autres particularités de gestion des patients.

 

Quel message médical voudriez-vous transmettre aux médecins lecteurs de Medic’Info ?

 

Le coût socio-économique de la complication de l’athérosclérose ayant été établi, il faut agir en amont, c’est-à-dire par la prévention concernant l’hygiène de vie et l’éducation des patients. Cette éducation commence dès l’enfance, c’est-à-dire dès l’école primaire pour lutter contre la sédentarité, l’obésité, la consommation de sucreries, la boulimie et encourager la pratique du sport. Il faut intensifier la lutte contre le tabagisme car on est face à une vraie catastrophe. Le tabagisme touche les enfants de moins de 11 ans d’après une récente enquête nationale. L’éducation doit être renforcée en alimentation, pour éviter les mauvaises habitudes et pour inciter à l’activité sportive à travers un programme soutenu qui s’étale sur l’année. 

Pr Patrick Henry

Hôpital Lariboisière, Paris

Le Congrès national de cardiologie et de chirurgie cardiovasculaire est un plateau d’échange extrêmement intéressant avec mes collègues et amis tunisiens. Nous avons fait le point sur l’Angor stable, une maladie fréquente qu’on croit bien connaître mais qui évolue et dont les techniques de prise en charge évoluent aussi régulièrement. Nous avons fait le tour des recommandations européennes de cardiologie publiées sur cette thématique. Ces recommandations sont randomisées sur la prise en charge des patients. Je recommande à tout le monde de lire ces recommandations qui sont en accès libre et réfléchir à des pistes pour améliorer les pratiques en matière de cardiologie. 

Dr Leila Mhiri Zahaf

Cardiologue, ancienne assistante hospitalo-universitaire à l`Hôpital cantonal de Genève

Ma participation entre dans le cadre de la session des jeunes cardiologues pour promouvoir la diffusion de l’information sur l’hypertension artérielle, une affection cardiovasculaire mal connue par la majorité des citoyens et mal traitée. Il faut absolument mener des campagnes de dépistage, le plus fréquemment et le plus régulièrement possible. L’année 2013 lui a été dédiée parce que l’enjeu est de maîtriser le taux de mortalité lié à cette maladie sournoise. La HTA est à l’origine de plusieurs complications du fonctionnement optimal du cœur et pourrait dans des cas certains accélérer la défaillance cardiaque. Elle intervient également dans le dysfonctionnement des reins, des artères périphériques et de plusieurs autres organes. Cette anomalie vasculaire coûte de surcroît de plus en plus cher à la santé publique. Le dépistage de cette pathologie est prioritaire, surtout quand on sait qu’elle est associée à d’autres affections (diabète, cholestérolémie, etc.). Par conséquent, le dépistage précoce des premières manifestations de cette affection est urgent à mettre en œuvre pour prévenir les complications ultérieures, réduire le coût de la santé publique et améliorer le confort des malades et de leurs familles. Ceci en diminuant le risque de l’hospitalisation abusive pour une HTA qui pourrait être traitée en ambulatoire.

Si je peux me le permettre, le message que je pourrais formuler concernerait plusieurs niveaux de prise de décision :

D’abord la population des patients avérés et potentiels. Il est fortement recommandé à cette populations à risque de se soumettre à un examen clinique et un check up annuel à partir de l’âge de 35 ans. Prévenir vaut mieux que guérir. Toute personne ayant un risque cardiovasculaire devrait s’adresser à son médecin dans ce but. Le message est très simple : « Allez consulter votre médecin cardiologue. N’ayez pas peur. Votre cardiologue vous conseille et vous aide à suivre l’itinéraire de dépistage des facteurs de risque et établir le diagnostic de la pathologie de la HTA au cas où la HTA est installée. Par ailleurs, je voudrais dire que très souvent, les patients viennent consulter à un stade tardif, parce que la HTA est silencieuse. Cette anomalie ne parle pas beaucoup. Par conséquent, quand on dépiste cette pathologie trop tard, il y a des dégâts au niveau du rein, une hypertrophie ventriculaire gauche, des rétinopathies, des néphropathies, etc. Il est donc fortement recommandé de commencer à suivre l’évolution de la tension artérielle pour dépister à temps toute anomalie, ce qui facilite d’autant son traitement et prévenir toute forme de complication (hypertrophie ventriculaire, dommages cardiovasculaires…). 

-Les médias : les médias fournissent actuellement un effort louable en matière de vulgarisation et sensibilisation des citoyens par rapport aux principales maladies et risques sanitaires connus en Tunisie. D’abord cet effort devrait être consolidé et amélioré au plan de l’approche pédagogique. Dans certains cas, en effet, les invités qui sont très compétents recourent au langage scientifique et en français, ce qui diminue, à mon avis, la portée des messages adressés par rapport à la plupart des auditeurs ou des téléspectateurs. 

-Les pouvoirs publics et les associations devraient multiplier les campagnes de « sensibilisation de masse de proximité » à l’instar des campagnes de collecte de sang. Certaines associations font déjà un excellent travail dans ce sens. Il me semble que dans le cas de la HTA, il serait possible d’organiser des campagnes ambulantes dans les grands ensembles administratifs et dans les régions qui accèdent difficilement aux services publics de santé. Des campagnes mixtes ciblant plusieurs objectifs (par exemple dépistage de HTA, dépistage du diabète, collecte de sang…) pourraient être conçues et mises en œuvre. Ce serait alors l’œuvre d’une équipe pluridisciplinaire.

Abdallah Mahdhaoui 

Président de la Société tunisienne de cardiologie et de chirurgie cardiovasculaire

Cette année, comme l’année précédente, nous avons tenu à organiser une session commune avec la Société européenne de cardiologie et la Société française de cardiologie. Plusieurs ateliers pratiques ont été réalisés par le groupe de travail de la Société tunisienne de cardiologie et de chirurgie cardiovasculaire, en collaboration avec le groupe de travail de française de cardiologie, essentiellement sur les cardiologies interventionnelles et la rythmologie. Je me réjouis également de la particularité de cette 33ème édition grâce à la collaboration d’autres sociétés savantes africaines de cardiologie qui ont posé des jalons de coopération avec l’Afrique subsaharienne (Côte d’Ivoire, Cameroun, Mali, Sénégal), nous permettant de traiter des cas particuliers de la région. De plus, cette manifestation a été marquée par une session sur les nouveautés et les Hotlines 2013, c’est-à-dire les recommandations, américaines et européennes, en 2013.

Enfin, si je devais adresser un message à mes confrères, nous avons particulièrement insisté sur la prévention primaire qui est primordiale ainsi que la prévention secondaire.