E-santé ou santé 2.0

Les 10 dernières années ont été marquées par le développement de nouveaux services, les téléservices, fournis à distance par utilisation des réseaux modernes de télécommunications. Ces derniers représentent un moyen stratégique de renforcement de la compétitivité de l’économie et la télémédecine, ce service sur-mesure qui en fait partie, est perçue comme étant à haute valeur ajoutée car la santé 2.0 répond aux exigences de notre société en améliorant encore la qualité des soins, en rationalisant et en diminuant les dépenses de santé. Autant de technologies au service de la forme de tout un chacun, de la prévention des accidents, de la surveillance des malades chroniques et de leur traitement ou le maintien à domicile des personnes âgées grâce à la télévigilance qui minimise les dangers de l’isolement.

La Tunisie, toujours à l’affût des dernières avancées et innovations en matière de soins, n’a pas manqué de suivre le mouvement avec, à l’initiative du Dr Aziz El Matri son président fondateur, la création de la Société tunisienne de télémédecine et e-Santé. Ce dernier ayant clairement saisi l’importance du numérique dans la santé et la valeur ajoutée qu’il peut apporter à notre système de soins.

Jaouida Ben Aouali

Naissance d’un secteur E-santé

Intégrée au plan informatique du ministère de la Santé en 1996, la télémédecine a ainsi vu le jour en Tunisie. Quelque temps plus tard, en 1999, la Société tunisienne de télémédecine et e-Santé (STTe-S) a été créée à l’initiative du Dr Aziz El Matri. Après cette date, 23 stations ont été installées, dans 9 hôpitaux principaux, 5 centres ou instituts spécialisés et 6 hôpitaux régionaux, et certains services ont eu des liaisons plus ou moins régulières avec des hôpitaux étrangers dont ceux de Marseille, Nice, Toulouse et Rome. Comme en 2009 seulement quatre de ces stations continuaient à fonctionner, la Société de télémédecine et e-Santé a participé à la mise en place de quatre commissions : institutionnalisation de la télémédecine et sa place dans l’organisation des soins, protocoles et codification des actes de télémédecine, cadre juridique et déontologique nécessaire au développement de la télémédecine et rémunération des actes de télémédecine.

Après une période de gel de leurs activités dû aux événements politiques qu’a connus la Tunisie, l’intérêt porté par le ministère de la Santé et celui des Technologies de l’information et de la communication a permis, depuis 2012, de relancer la dynamique de la télémédecine dans le pays. C’est ainsi qu’en 2013, une réunion officielle entre le bureau de la STTe-S, en présence de son président, et le directeur général du CATEL (Club des acteurs de la télésanté), Pierre Traineau, a abouti à un accord de partenariat entre les deux organismes dans le cadre du projet « Alliance franco-tunisienne pour le numérique ». Ensuite, en 2014, la STTe-S a participé à diverses réunions du CATEL et de l’ISFTEH (Inetrnational society for telemedicine and e-Health). Voilà de quoi rassurer quant au développement de la télémédecine et de l’e-Santé en Tunisie, ce secteur ayant un énorme potentiel, d’autant qu’il s’agit d’un passage obligé pour notre système de soins si nous souhaitons rester compétitifs en matière de services de santé, tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Une volonté bien affirmée dans la mise en place du numérique en santé

Les enjeux que constitue l’introduction du numérique dans la pratique médicale n’ont pas échappé aux acteurs du secteur. En effet, l’intérêt de la Tunisie pour la télémédecine s’est, en fait, manifesté depuis déjà 17 ans, à travers une série de symposiums sur la question, dont le premier, international et organisé en 1998 par le Conseil national de l’Ordre des médecins de Tunisie en collaboration avec l’Union des médecins arabes qui siégeait dans le pays, autour de la télémédecine pour l’Afrique, le Monde Arabe et l’Europe. En outre, notre pays a joué le rôle de précurseur dans la zone arabo-africaine en la matière puisque, dès 1996, ont eu lieu les premières expériences de visioconférence, menées par des médecins tunisiens en partenariat avec des confrères européens, la proclamation, par le ministère de la Santé publique de l’époque, d’un arrêté créant le Comité technique de télémédecine en son sein et l’introduction, dans ce ministère, de la télémédecine comme outil de travail, suivant le plan informatique stratégique, dans les établissements publics et ce, afin d’exploiter de façon judicieuse les équipements lourds, d’octroyer un deuxième avis médical dans les cas d’urgence, d’éviter les évacuations inutiles d’un hôpital régional vers les centres de référence, de permettre l’échange de dossiers médicaux, de constituer des équipes médicales par visioconférence, de coopérer sur les plans scientifique et médical avec des pays étrangers et enfin de développer la formation médicale continue à travers des réseaux de téléenseignement.

De son côté, depuis 2009, la Société tunisienne de télémédecine et e-Santé a élargi son champs d’activités en intégrant des professionnels autres que ceux du secteur de la santé, comme des ingénieurs en informatique et en télécommunication. Elle a également établi une collaboration avec plusieurs organismes étrangers comme la Société européenne de télémédecine et e-Santé, la Société arabe de télémédecine et e-Santé et la Société internationale de télémédecine et e-Santé.

La Tunisie surfe sur la vague de l’e-Santé

Forte de son expertise et de son savoir-faire en matière de santé, soutenue par les compétences nationales du secteur des services informatiques, la Tunisie n’a pas manqué de faire ses preuves quant à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans le domaine médical.

Et pour cause, puisqu’une équipe tunisienne de quatre jeunes docteurs en biologie a mis en place des techniques permettant d’améliorer le diagnostic génétique moléculaire et la prise en charge thérapeutique dans certains types de cancer, comme le rétinoblastome (une tumeur maligne et d’origine génétique de la rétine apparaissant avant l’âge de 5 ans), le cancer du sein et celui des ovaires. « Nous offrons nos services aux cliniciens afin de les aider à opter pour des thérapies ciblées dans certains cas de cancer. Nous effectuons des tests génétiques qui permettent de prédire la récidive ou la progression d’une tumeur cancéreuse. Les tests que nous proposons permettent également, dans certains cas de cancers héréditaires, d’évaluer les risques de leur survenue chez des individus sains mais ayant une prédisposition familiale. Nous effectuons des diagnostics qui aident les médecins à opter pour des traitements thérapeutiques ciblés dans certaines pathologies cancéreuses », explique l’un des chefs des projets dans le quotidien La Presse du 14 janvier 2016.

Par ailleurs, deux ingénieurs chercheurs en informatique ont développé un logiciel permettant de détecter une modification du volume des structures cérébrales chez des patients atteints de pathologies neurodégénératives. Mesurant également avec une grande précision l’indice de modification et de connectivité entre le noyau gris et le cortex, il est destiné aux médecins radiologues, leur servant à établir un diagnostic précis de l’évolution de la maladie.

Il est à souligner que ces deux projets ont été primés, le 12 janvier 2016 au Pôle technologique d’El Ghazala où ils vont s’installer, dans le cadre du programme transfrontalier italo-tunisien AIDA (Auto-immunité-diagnostic assisté par ordinateur) dans le domaine des TIC appliquées au diagnostic des maladies auto-immunes, visant à appuyer financièrement (10.000 de fonds d’amorçage) les entreprises et les start-up travaillant au développement de systèmes informatiques novateurs au service de la santé et de l’industrie médicale.

Par ailleurs, une troisième start-up, constituée en 2014 et développant des logiciels intelligents, dont celui permettant un diagnostic précis du cancer du sein, a participé, le 26 octobre 2015, au Big Booster de Lyon, une compétition européenne de start-up, où elle a été classée parmi les vingt meilleurs.

Son chef de projet, Kirmène Marzouki, a annoncé sa participation au concours de Boston en février prochain, ce qui donnera une meilleure visibilité de la jeune entreprise, tant à l’échelle nationale qu’internationale.