Finlande : système de santé exceptionnel

De la naissance à la maison de retraite, de la couveuse au cercueil, en passant par l’école et certainement, au moins une fois par la case hôpital, en Finlande, tout est mis en œuvre pour que la population soit saine et heureuse de vivre. Un peu moins de 6 millions de personnes sont visées par une politique exceptionnelle, autrefois archi décentralisée, mais qui, au fil des politiques et programmes mis en œuvre, est devenue un véritable modèle mondial. En marge de la 8ème Conférence mondiale sur la promotion de la santé organisée à Helsinki par le gouvernement Finlandais sous l’égide de l’OMS en juin dernier, une visite de presse a permis à un groupe de journalistes de découvrir un système de santé basé sur deux grands principes : la prévention et la globalisation des politiques de santé.

Senda Baccar

Et si la Finlande n’est pas le premier pays en termes de durée de vie moyenne, elle n’en demeure pas moins mieux placée que plusieurs pays européens concernant les chances d’arriver à la quarantaine en bonne santé. On parle même d’« exception finlandaise », notamment en matière de cancer. En effet, alors que les cas de cancers tendent de plus en plus à augmenter dans le monde, la Finlande est le seul pays où ce mal régresse, et dont la qualité du sperme est la meilleure au monde, alors que paradoxalement, son plus proche voisin, le Danemark est le pays le plus touché au monde par le cancer. 

La recette est dans les finances

Mais ce pays vit aussi avec ses démons : dans le collimateur des pouvoirs publics, alcool et drogue, deux fléaux qui frappent jeunes et moins jeunes, l’obésité mais aussi la morosité, voire la dépression, à l’origine du taux de suicide le plus élevé d’Europe de l’ouest…
La recette commence dans les finances : ce pays scandinave fait en effet d’abord l’exception dans le cadre du budget alloué au secteur de la santé, avec la moitié, et parfois plus, du budget de ses 336 municipalités dont certaines très petites, allant d’une centaine d’habitants à 570.000, consacré à la santé !

Un système décentralisé

La Finlande se caractérise aussi par l’extrême décentralisation sur le plan de l’organisation et de la gestion de son système de santé. Chaque municipalité bénéficie d’une grande liberté et d’une vaste autonomie dans l’organisation du système de santé local. Elles ont chacune le pouvoir de faire appel à des praticiens privés pour la fourniture de certains types de soins ou de créer des dispensaires spécialisés. Elles collaborent également au financement des dépenses de santé et lèvent des impôts et des taxes pour couvrir leurs obligations en matière sanitaire. De plus, chaque district possède un ou plusieurs hôpitaux. Les soins hospitaliers, quant à eux, sont gérés par une vingtaine de districts regroupant une population d’environ 800.000 habitants.

La santé dans toutes les politiques

En Finlande, l’approche du législateur prend systématiquement en compte la santé et ses implications. Incorporer la santé dans tous les secteurs de la politique relève parfois du challenge. Et c’est souvent au niveau de la mise en œuvre et du suivi que le bât blesse. Les expériences pratiquées dans l’ensemble des régions ont démontré que les buts de « santé et bien-être pour tous » peuvent être atteints. A condition de mettre le paquet. Et c’est bien cela que la Finlande fait, au quotidien, à tous les niveaux, dans toutes ses politiques.
Elle peut aujourd’hui mettre en avant les progrès spectaculaires réalisés dans huit domaines d’action, y compris le développement de la petite enfance, le travail et la santé, la promotion de la santé mentale, l’agriculture, l’alimentation et la nutrition, le tabac, l’alcool, l’environnement et l’aide au développement.
Quand on veut, on peut…

Pekka Puska, père du système

Il dirige depuis 2009 l’Institut National de la Santé et du Bien-être de Finlande. Mais Dr Pekka Puska est avant tout un nutritionniste dont les recherches ont constitué le fondement des politiques publiques de santé de son pays. Pour comprendre, il faut remonter au début des années 70 et se diriger plus à l’Est, en Carélie du Nord où il mène d’importantes recherches afin de prévenir et réduire les maladies cardio-vasculaires suite à une pétition des habitants qui a permis d’alerter les autorités. Non seulement Pekka Puska en établit les causes mais il réussit également rapidement à réduire la mortalité cardiovasculaire de 80% en mettant en œuvre un programme qui a radicalement modifié le mode de vie dans cette région ingrate du pays, programme dont les bienfaits ont finalement été étendus à l’ensemble de la Finlande. En agissant sur les habitudes alimentaires, en particulier l’usage excessif de beurre et de sel ainsi que la consommation de tabac, il a obtenu des résultats spectaculaires qui font désormais école dans le monde entier.
Pekka Puska a consacré le reste de sa vie professionnelle à la prévention des maladies non transmissibles ainsi qu’à la promotion de la santé.

Les seniors… s’amusent !

Un parc de jeux réservé aux plus de 65 ans, quelle « drôle » d’idée ! Et pourtant, ça existe bel et bien. Réalisé au cœur de la capitale finlandaise par la fondation Miina Sillanpää en collaboration avec la municipalité d’Helsinki, le parc « Taavetinpuisto » est spécialement conçu pour que les personnes âgées puissent entretenir leur santé et leur mobilité dans un cadre sûr, aménagé spécialement pour eux. Disposant d’un matériel spécialement adapté à leur constitution, il offre le confort nécessaire pour des activités de plein air adaptées aux personnes âgées, tout en leur permettant de tisser des liens sociaux et se lier d’amitié avec leurs pairs. Tout a donc été pensé de façon à ce que ses visiteurs « spéciaux » disposent d’aides à la mobilité, notamment un chemin lumineux, des balustrades et des bancs pour se reposer.
Il est vrai que le lieu n’a pas été choisi par hasard. « Taavetinpuisto » est adossé à un centre qui accueille des personnes âgées, leur offrant également la possibilité de « s’éclater » entre amis. Pour entretenir leur âme d’enfant, nos aînés s’y adonnent à la samba et même au pole dancing ! Et sur le podium, les stars des grands-parents défilent avec… leur déambulateur !
Même les chaises roulantes sont customisées hard rock, hippie. Sachant que les maladies musculo-squelettiques affectent plus d’un million de personnes en Finlande, et sont la cause la plus fréquente de douleur et d’incapacité de travail dans le monde (70% des maladies professionnelles déclarées), ces initiatives gardent nos papys et mamies en forme et les incite à aller vers autrui et à ne pas vivre à l’écart de la société.
Chez nous, les aînés sont certes assez bien entourés mais ils ne bougent pratiquement pas. Un tel lieu manque cruellement à leurs os et articulations qui en tireraient certainement profit…

 

Rencontre

 

Juha Rehula, Président de la commission Santé et affaires sociales du Parlement

La Commission Santé et Affaires sociales du parlement finlandais se réunit quatre fois par semaine pour environ deux heures de travail. A sa tête, depuis 16 ans, Juha Rehula se montre particulièrement fier du système finlandais, notamment du classement de son pays dans le top 10 des pays de l’OCDE pour son système de santé. Pour lui, les taxes élevées pratiquées dans son pays ont largement contribué à la mise en place d’un système de santé avec un secteur public fort mais aussi un secteur privé accessible grâce à la sécurité sociale qui rembourse jusqu’à 30 % des honoraires d’une consultation privée. Avec 22.000 médecins, la Finlande garantit l’accessibilité à la santé pour tous. Et relève-t-il, le point focus de la 8ème Conférence mondiale sur la promotion de la santé a porté sur l’importance des politiques de santé dans la prévention et la promotion de la santé. Ainsi, les 800 participants (ONG, représentants de gouvernements, chercheurs, etc.) ont planché durant quatre jours pour réaffirmer qu’il est nécessaire de placer la santé au cœur de toutes les politiques afin d’améliorer l’efficacité des politiques de santé dans tous les pays membres de l’OMS.

Mais c’est aussi une approche globale que Juha Rehula met en exergue : éducation, transport, bien-être, prévention, etc. « La question est de savoir quel type de société nous sommes en train de construire ! », martèle-t-il. Et de relever un chiffre impressionnant : en Finlande, les filles qui vont naître vivront 100 ans et les hommes 95 ans.
Reconnaissant, il attribue à Pekka Puska et au groupe de chercheurs que ce dernier menait au nord de Karelia, la paternité de ce système de santé. Avant même la naissance, l’attention portée aux femmes enceintes permet de centraliser l’information auprès des mères et de leur transmettre les conseils pour bien s’occuper de la santé de l’enfant. Cette approche continue tout au long de la scolarité de l’enfant.
En été, une réforme a été votée pour renforcer les services sociaux et de santé. De plus, l’intégration et l’interaction entre le système de soins de santé de base et secteur privé doivent également faire l’objet de toutes les attentions.

www.healthpromotion2013.org

 

Potilastukipiste OLKA

Une épaule pour soutenir les patients de l’hôpital

C’est en joignant leurs efforts que l’Association d’Espoo pour la santé et le bien-être social ainsi que l’Hôpital du district d’Helsinki et Uusimaa ont créé Potilastukipiste OLKA, qui signifie « épaule » en finlandais et ce, dans le cadre du projet Vertaisresepti. Ce projet, largement financé par RAY, une Association… de promoteurs de machines à sous, vise principalement la levée de fonds à travers des jeux payants en ligne, pour la promotion de la santé et du bien-être en Finlande. L’idée étant d’intensifier la collaboration entre le secteur de la santé et le secteur tertiaire et ce, afin de promouvoir un modèle susceptible d’être reproduit à l’échelle de tout le pays. Au centre OLKA, du personnel qualifié offre donc cette écoute, une épaule pour soutenir à la fois les patients, le personnel de l’hôpital mais aussi les visiteurs. Cette cellule dispense des conseils de santé, apporte des informations quant aux associations des malades et répond aux questions des visiteurs. Ces derniers pourront, également, rencontrer des responsables et des représentants d’associations des malades.
Mais c’est aussi un concept nouveau car qui de mieux qu’une personne qui a connu la même souffrance que nous pour nous comprendre ? OLKA a donc également pour mission de coordonner les actions bénévoles qui commencent, peu à peu, à se mettre en place et qui consistent en l’assistance et à l’orientation du patient par ses pairs, ces derniers ayant souffert de la même maladie que la personne prise en charge. Ces bénévoles sont donc formés pour répondre aux questions des patients. HOPE ou ESPOIR, est la première plate-forme de bénévoles. Impliquant 18 personnes, elle se déroule à l’unité de chirurgie du sein. Favorablement accueilli, tant par les patients que par le personnel, ce programme pourra être développé à plus grande échelle.
Située dans un coin discret, OLKA fait face à une… machine à sous !

 

Docrates Cancer Center

La Finlande fait partie des 10 pays leaders dans la recherche sur le cancer. Parmi l’ensemble des études menées, une vingtaine de recherches le sont au sein du centre Docrates, largement financées par l’industrie pharmaceutique et les fournisseurs d’équipements. Un centre original puisqu’il s’agit, sans en avoir l’air, d’un hôpital privé prenant en charge les personnes atteintes de cancer.

Le cancer, vu du côté du patient et pas un hôpital pour médecins ou infirmiers. Est-ce possible? C’est en tout cas ce que Docrates, un centre privé situé sur l’emplacement d’un ancien port transformé aujourd’hui en port de plaisance, propose, à travers un traitement rapide et individualisé, dans le cadre de la prise en charge du cancer. Créé par Pekka Aalto, Harri Puurunen et Timo Joensuu, ce centre s’est spécialisé dans le diagnostic, le traitement et le suivi du cancer.
Dans un hôpital traditionnel, l’organisation est classique. D’un côté les médecins, avec le reste du personnel soignant, et de l’autre les patients. Si on se met du point de vue du patient, le besoin d’une prise en charge individualisée, prenant en compte ses spécificités est devenu un véritable défi. La réputation de Docrates s’est bâtie sur cet aspect mais aussi sur la réactivité, offrant une chaîne de prise en charge rapide : dès le premier rendez-vous, pris dans un délai de 48 heures maximum, contrairement aux listes d’attente des hôpitaux qui peuvent durer des semaines, voire des mois, le diagnostic étant établi, un calendrier de traitement est dressé en une semaine. Mais c’est aussi le suivi du patient après sa rémission qui fait l’originalité de ce centre, un suivi qui peut durer entre 2 et 5 ans et qui comprend, outre les examens cliniques, plusieurs services qui permettent au patient de se remettre de sa maladie mais aussi du traitement subi.
L’immense salle de réunion peut accueillir 200 personnes et la clinique la réserve aux associations de patients qui viennent s’y réunir régulièrement. Avec 21% de patients étrangers provenant de 35 pays différents, Timo Joensuu précise que le coût du traitement oscille entre 18.000 euros à 500.000 pour un cancer de la prostate détecté tôt contre le même cancer diagnostiqué après l’atteinte des os…

Remerciements

Un grand merci à :
– SE Tiina Jortikka Laitinen, ambassadrice de Finlande en Tunisie, et son équipe, Emilia Autio et Karim Aissa Baccouche, qui ont proposé la candidature du groupe Méditerranée Editions Senda Baccar, pour ce voyage de découverte du système finlandais de santé ;
– Les cadres du MSAH, ministère de la Santé et des Affaires sociales, en particulier la ministre, Susanna Huovinen, qui nous ont invités à dîner en toute simplicité pour une discussion à bâtons rompus, Eeva Larjomaa, directrice de la communication, Dr Timo Partonen, Taru Koivisto, directeur de la promotion, et Outi Kuivasniemi, conseillère pour les affaires internationales.
– Jari Sinkari, directeur général du département communication et culture du ministère des Affaires étrangères ;
– Jucha Metso, directeur des services sociaux et santé de la ville de Espoo, ainsi que Outi Huida, responsable de la communication ;
– Nos jolies (et très patientes) guides, Laura Ring qui, je vous le donne en mille, est tombée malade pendant ces quatre jours intenses de travail, et Anna Riikonen, qui l’a remplacée au pied levé et de manière tout aussi efficace.