La Tunisie investit beaucoup dans la formation des ressources humaines pour les besoins de la santé, c’est un secteur dont la capacité permet, d’une part, de fournir un personnel médical et paramédical de qualité évoluant chaque année et, d’autre part, d’attirer de plus en plus d’étudiants étrangers.

Saïma Ksibi

Entretien avec le Dr Sonia Ben Cheikh, directrice du Centre national de formation pédagogique des cadres de la santé publique

Dr Sonia Ben Cheikh

Quelles sont les missions du Centre national de formation pédagogique des cadres de la santé publique ?

Je viens d’être nommée à la tête de cette prestigieuse institution, mise en place en 1980, et c’est un honneur, pour moi, de succéder à de grands professeurs en médecine ayant fait de ce centre ce qu’il est aujourd’hui. Je pense au Pr. Hlaiem, à qui ont succédé les Professeurs Taoufik Ennacef, Noureddine Achour, Abdeladhim et Lotfi Ben Lallahom.

Le centre se charge d’assurer des formations continues et présentielles aux infirmiers, pour leur permettre d’accéder au grade d’infirmier principal, et aux aides-soignants, pour obtenir le titre d’infirmier. Nous formons, chaque année, environ 700 personnes pour les grades d’infirmier et d’infirmier principal. Cette formation est clôturée par un examen d’évaluation à travers lequel chaque candidat doit valider 10 modules à l’issue desquels il passe à la formation théorique, qui s’étale sur deux mois, et à la formation pratique, durant également deux mois.

Le Centre national de formation pédagogique des cadres de la santé publique a placé, parmi ses priorités, l’encadrement spécifique et adapté des techniciens supérieurs, leur permettant d’évoluer dans le grade, et nous planifions d’intégrer, au même titre que la formation pour les grades d’infirmier et d’infirmier principal, celle, à la carte, pour les techniciens supérieurs et pour toutes les sous-spécialités que le domaine peut comprendre.

Quelles sont les nouveautés du centre pour les deux dernières années ?

En 2015, une nouvelle formation, celle en administration, a été mise en place. Elle est ciblée et personnalisée et s’est adressée à environ 2.000 personnes à travers des cycles s’étalant sur deux à trois jours pour une durée totale de 32 jours autour de 20 thèmes relatifs à l’administration (gestion des ressources humaines, gestion administrative, gestion des malades, accueil, etc.). C’est une réussite réelle et je félicite, d’ailleurs, le Pr Ben Lallahom, initiateur de cette formation.

Pour 2016, nous planifions une formation continue spécialement conçue pour accéder au grade de professeur paramédical et la première promotion sera effective dans le courant de l’année.

Quelle est l’utilité de cette formation de professeurs paramédicaux ?

Intégrer ce programme et former des professeurs paramédicaux est important pour décharger, au niveau des établissements et des écoles d’infirmiers et techniciens supérieurs, les 90 % des médecins mobilisés pour assurer les cours. Je pense que des techniciens supérieurs formés peuvent, à leur tour, communiquer leurs connaissances à d’autres techniciens supérieurs qui, eux-mêmes, prendront la relève par la suite.

C’est donc une fierté, pour ce centre, de lancer cette année, en étroite collaboration avec l’unité de formation des cadres de la santé, de nouvelles sessions d’enseignement continu et de permettre aux techniciens supérieurs de passer le concours d’accès au grade de professeur paramédical.

Cette année, l’aspect positif, réside dans le fait que les gens s’intéressent de plus en plus aux cycles proposés par le centre, d’où la volonté de reprendre ceux délaissés depuis trois ans. Notre programme a été validé et sera bientôt lancé.

Qui assurera ces formations ?

Ce sont des personnes triées sur le volet et qui représentent les compétences du pays, c’est à dire des directeurs et des directeurs généraux du Premier ministère et des hauts fonctionnaires de différents autres ministères, et non uniquement ceux du ministère de la Santé, afin de transmettre leurs connaissances et garantir une formation solide aux candidats potentiels.

Qu’en est-il de la formation en administration?

L’année 2016 verra le redémarrage et la poursuite de la formation en administration pour tous les professionnels de la santé, même les médecins qui souhaitent y participer, ce qui est d’une grande importance car aujourd’hui, au niveau central comme au niveau régional, des médecins se retrouvent à la tête d’administrations et institutions comme la direction régionale de santé publique. Ils ont donc besoin d’une formation administrative. Au niveau du ministère de la Santé, un grand nombre de médecins sont à la tête de différentes directions.

Cette formation vise à ce que médecin et administrateur parlent le même langage, ce qui sera bénéfique tant au niveau de l’hôpital qu’au niveau central. C’est le cas au niveau de l’hôpital parce que le directeur est souvent un administrateur, un gestionnaire, alors que les professeurs chefs de services sont des médecins et ne connaissent pas assez bien les contraintes administratives pouvant l’amener à refuser certaines demandes.

Etant donné les demandes émanant de certaines directions du ministère de la Santé, comme celle de l’inspection médicale qui organise, chaque année, un concours relatif à l’intégration de 50 à 70 nouveaux inspecteurs, nous projetons de proposer plusieurs sessions de formation en inspection médicale destinées aux médecins et pharmaciens, voire aux médecins dentistes.

Ces sessions sont généralement organisées dans les hôtels mais cette année nous prévoyons d’exploiter l’amphithéâtre de notre centre, ainsi que la grande salle de réunion qui peut être aménagée en ateliers de formation.

Nous projetons également d’organiser des programmes à la carte pour les techniciens supérieurs dans le secteur privé et ce, parce que plusieurs spécialités existent et que nous avons été sollicités par ce secteur en vue d’un partenariat public/privé. Cette formation se fera au niveau national et bénéficiera à chaque secteur du savoir-faire de l’autre pour permettre l’évolution de la santé en Tunisie. Fusionner public et privé et créer ce type de partenariat est d’ailleurs un de nos objectifs et ne peut être que bénéfique.

Pensez-vous décentraliser la formation et être plus présents dans les régions ?

Tout à fait ! C’est justement l’un de nos projets. Le centre pédagogique existe, en effet,depuis 1980 mais n’a pas de véritables antennes au niveau régional. Les seules existant à ce jour sont les écoles de santé. Mais elles ne suffisent malheureusement pas pour constituer de vraies antennes du centre dans les régions et ce, parce que leur charge de travail est trop importante, étant très sollicitées par l’unité centrale de formation des cadres de santé, l’école des infirmiers, l’école des techniciens supérieurs, etc.

C’est pourquoi nous pensons mettre en place une antenne régionale au niveau des écoles de formation, voire au niveau des directions régionales de la santé, créant ainsi un vis-à-vis dans ces régions, d’où l’idée de décentraliser la formation que nous proposons déjà en administration à Tunis, dans trois régions pilotes, à savoir, le nord, le centre et le sud.

Cette décision sera bientôt mise à exécution, aboutissant un jour à des minis centres pédagogiques et des pôles de formation continue dans toutes les régions.

Pour finir, quel regard portez-vous sur la formation en métiers de la santé en Tunisie ?

En se référant aux chiffres, on constate que le nombre de personnels paramédicaux et infirmiers travaillant à l’étranger est élevé. Qu’ils soient recrutés dans les pays du Golfe ou en Europe, nos infirmiers et nos techniciens sont des pionniers dans les grands hôpitaux au Qatar, en Allemagne, en France, au Royaume Uni, … Leur compétence est reconnue et ce, grâce à la formation solide et polyvalente qu’ils ont reçue en Tunisie. Dans les métiers de santé, la formation en Tunisie est solide et reconnue à l’échelle internationale.

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