Syrie : Système de santé fortement endommagé

En temps de guerre comme en temps de paix, les médias cherchent généralement le sensationnel et le dramatique, c’est-à-dire toute information susceptible de faire les manchettes de journaux et les grands titres du « 20 heures ». Depuis mars 2011, la guerre en Syrie fait souvent l’objet des grands titres de l’actualité. On parle des bilans tragiques des morts et des blessés, des destructions, des jihadistes étrangers qui se bousculent dans la frontière syro-turque pour participer au renversement du régime « impie » de Bashar al Assad et s’assurer une place au paradis, on parle aussi du jeu des grandes puissances qui s’agitent autour du drame syrien avec, chacune son idée en tête, mais on parle très rarement de la grave crise sanitaire qui affecte des millions de Syriens du fait de la destruction d’un grand nombre d’hôpitaux et de structures de santé. Pour les Syriens qui ont choisi de fuir le pays et qui sont maintenant rassemblés par millions dans des camps de réfugiés au Liban, en Jordanie, en Turquie et dans le Kurdistan irakien, la situation est bien pire.

Hmida Ben Romdhane

Le conflit syrien a engendré l’une des plus graves crises humanitaires depuis la deuxième guerre mondiale. Depuis mars 2011, on dénombre près de 100.000 morts, un demi-million de blessés et plusieurs millions de réfugiés. La situation des blessés est d’autant plus dramatique que, d’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le système sanitaire et les structures hospitalières sont très fortement endommagés : 57% des hôpitaux publics sont endommagés dont 37 % sont hors service et 20% sont partiellement endommagés.

Si le nombre des hôpitaux fonctionnels diminue fortement en Syrie, le nombre des blessés et des personnes nécessitant des soins d’urgence est en constante augmentation, compte tenu de l’intensité des combats dans le pays.
La situation du personnel médical n’est pas meilleure. Le nombre des professionnels de la santé dans les structures hospitalières syriennes se réduit comme une peau de chagrin du fait de la fuite hors du pays de nombreux médecins et infirmiers. Dans plusieurs gouvernorats, il y a un manque sévère de personnel médical spécialisé dans le traitent des traumatismes, le mal le plus répandu, compte tenu de l’extrême violence qui caractérise la guerre en Syrie.
Pour les médecins, les infirmiers et autre personnel médical ayant choisi de ne pas fuir le pays et d’aider autant que faire se peut leurs concitoyens, leur calvaire quotidien étant de joindre leur lieu de travail ? Entre les transports publics, très irréguliers quand ils ne sont pas inexistants, les check-points militaires, les snipers et les brusques combats de rue, pour ces courageux médecins et infirmiers, arriver à leur poste de travail relève quotidiennement du parcours du combattant.
Selon une enquête menée par l’OMS dans le nord de la Syrie, il y a juste 36 médecins disponibles dans la ville d’Alep qui comptait avant la guerre 5.000 médecins. Les moyens de transport à la disposition de ce qui reste des hôpitaux, et en particulier les ambulances, sont fortement endommagés par la guerre et les blessés dans un état grave nécessitant un transfert d’urgence décèdent souvent faute de moyens de transport. 

L’enquête de l’OMS s’est également intéressée au grave problème de la pénurie des médicaments. En effet, une sévère pénurie concerne notamment les produits anesthésiants, les analgésiques, les antibiotiques, les sérums, les fluides intraveineux, et les médicaments pour le traitement des maladies chroniques. Les principales causes de morbidité et de mortalité sont les maladies non contagieuses telles que l’hypertension, l’hyperglycémie, le diabète, le cancer, l’asthme, l’épilepsie et l’insuffisance rénale.
La pénurie de l’insuline est particulièrement dramatique pour les 430.000 diabétiques syriens, dont 40.000 enfants, celle des médicaments contre les cancers est quasi-générale en Syrie. L’une des conséquences les plus dramatiques est que les enfants atteints de leucémie ne reçoivent plus de traitement. Beaucoup de pharmacies ont fermé leurs portes et celles qui sont restées ouvertes trouvent de grandes difficultés à offrir aux patients un simple analgésique.
Pour comprendre les raisons de cette tragique pénurie, il faut savoir qu’avant le déclenchement de la guerre civile en Syrie, 90% des médicaments consommés dans le pays étaient fabriqués localement. L’intensité de la violence et la durée exagérée de cette guerre ont provoqué la destruction de 90% des unités syriennes de production de médicaments. A cela s’ajoutent les sanctions, la forte dépréciation de la livre syrienne et la non disponibilité de devises fortes nécessaires à l’importation de médicaments.
Sur le plan de la santé, la situation en Syrie prend l’aspect d’un véritable désastre, ce qui nécessite l’intervention des agences spécialisées de l’ONU, telles que l’OMS, l’UNICEF et le HCR, ou encore d’organisations humanitaires, dont la plus importante d’entre elles, le Comité International de la Croix Rouge (CICR). 

Selon l’OMS, les besoins pour les prochains douze mois en médicaments de base, anticancéreux et consommables sont estimés à un minimum de 900 millions de dollars. Qui va financer une telle somme ? L’OMS n’a pas de réponse mais souhaite que de généreux donateurs se manifestent rapidement.
En attendant les généreux donateurs, l’OMS puise dans ses réserves et ses efforts sont assez substantiels. Selon les statistiques du premier trimestre de cette année, 914.000 Syriens ont bénéficié d’aides de la part de l’OMS sous forme de médicaments ou d’interventions médicales. En coopération avec le Ministère syrien de la santé et de l’UNICEF, l’OMS s’est engagée dans une vaste campagne de vaccination au bénéfice de 2,5 millions d’enfants dans les camps de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie, mais aussi dans les écoles, les dispensaires et autres centres de santé encore en état de fonctionnement.
Mais, plus dramatique encore, la tragédie syrienne s’est exportée dans les pays voisins à travers les millions de réfugiés dispersés dans des camps, insalubres pour la plupart, en Jordanie, au Liban, en Turquie ou encore dans le Kurdistan irakien.
Les réfugiés syriens en Jordanie se comptent aujourd’hui par centaines de milliers et, selon les autorités jordaniennes, quelques 3.500 réfugiés traversent quotidiennement la frontière vers la Jordanie. Les conditions sanitaires déplorables dans les camps de réfugiés sont telles qu’on assiste actuellement à une énorme pression sur le système de santé local.
Il faut dire que la situation sanitaire et humanitaire, tant à l’intérieur de la Syrie que dans les camps de réfugiés disséminés dans les pays voisins, aurait été incomparablement plus dramatique et plus cauchemardesque, si le plan américano-français de campagnes de bombardement pour « punir Bachar Al Assad » avait réussi.