Gérer son diabète et le jeûne pendant Ramadan

Malgré les avancées réalisées en Tunisie dans l’organisation et l’accès aux soins pour les maladies chroniques non transmissibles, l’incidence du  diabète continue de croître tout comme l’obésité.  En 2013, la prévalence de ce syndrome était estimée à 9,23 %  de la population mondiale par la Fédération internationale du diabète et à 15,1 % pour le  segment  35-70 ans. Les laboratoires Novo Nordisk, en tant que leader mondial dans le traitement du diabète, continuent à œuvrer pour la sensibilisation à ce problème. Dans ce contexte, les laboratoires Novo Nordisk,  l’Amicale des diabétologues de Tunisie et la Société Tunisienne d’Endocrinologie, Diabète et Maladies Métaboliques (STEDIAM) ont lancé conjointement une campagne de sensibilisation autour d’un forum intitulé « diabète et  Ramadan ». Rappelons que le diabète entraîne 5000 décès chaque année en Tunisie.

Héla Kochbati

En effet, à l’approche du mois saint, les diabétiques ne sont toujours pas bien informés concernant la possibilité de jeûner ou les conditions dans lesquelles le jeûne doit être pratiqué. Le premier réflexe est de consulter son médecin. D’après une enquête  IPSOS réalisée en 2011, 46 % des personnes interrogées étaient d’accord sur le fait  qu’il n’est pas recommandé de jeûner, 21% d’entre elles étaient contre et 33% sans opinion. Près d’un musulman insulinodépendant sur huit jeûne, selon l’étude Epidiar. Il est important de souligner que chaque diabétique est un cas particulier, la surveillance  de la glycémie doit impérativement être établie, la posologie de l’insulinothérapie dépendant de l’importance et de la composition des repas, de la période de jeûne post-prandiale et des objectifs glycémiques individuels. Les ajustements thérapeutiques sont spécifiques et nécessaires pour pallier à une hypoglycémie ou à une hyperglycémie. L’objectif de cette campagne est de sensibiliser les patients, leur entourage et les acteurs de la  santé publique quant aux dommages potentiels du jeûne pour les personnes ayant un diabète. De même que cette mobilisation revêt une importance capitale dans la prise en charge du diabète afin de pallier à des complications (cardiovasculaires, pancréatiques, rénales, oculaires, etc) avant, pendant et après le mois de ramadan. Cette campagne a aussi pour objectif d’accompagner les patients sur la conduite à adopter durant cette période. 

Dr Sabeur Dakhli Diabétologue

Quelles sont les recommandations diététiques et nutritionnelles pour les patients diabétiques au cours du mois de ramadan ?

 

Pour ce qui est des recommandations diététiques, le patient diabétique  doit consulter son médecin traitant avant le mois de ramadan pour préparer son jeûne. Son thérapeute va lui autoriser le jeûne si son diabète est équilibré. Il va lui ajuster son traitement et également lui préciser les modalités de surveillance de sa maladie, puis il va lui donner quelques conseils  concernant le jeûne.

Pour ce qui est des recommandations nutritionnelles, l’alimentation doit être équilibrée. On garde les mêmes recommandations, surtout  concernant les fritures et les sucreries, qui sont à éviter. Le patient doit consommer les produits « light » avec modération, tout comme  le pain et les fruits, à prendre après les repas pour éviter un effet hyperglycémiant. Les fruits pouvant entraîner une hyperglycémie sont les dattes, les figues, les raisins, les bananes et, à effet moindre, les pastèques et les melons. En ce qui concerne les ragoûts, les pommes de terre et les petits pois sont à éviter, le riz est hyperglycémiant et surtout cuit à la vapeur  comme « le riz jerbien », tout le reste est permis. Les pâtes italiennes ne sont pas du tout hyperglycémiantes, c’est même recommandé et à consommer au quotidien, il suffit juste de limiter le nombre de cuillères à soupe à douze. Le tajine n’est pas hyperglycémiant, les ragoûts de lentilles, de pois chiches ne le sont pas non plus. Pour les ragoûts, le patient n’a pas  besoin de plus de 10 cuillères à soupe avec des légumes.

 

Quelles  conduite à tenir face à une hypoglycémie ou, au contraire, face à une hyperglycémie pour le patient diabétique ?

 

Lors de la rupture du jeûne, on désigne une hypoglycémie par une mesure de l’indice glycémique d’une valeur au dessous de 0,7 g/l, pour l’hyperglycémie, d’une valeur au dessus de 3g/l. L’hypoglycémie doit rapidement inciter le patient à prendre un jus sucré ou un soda, en petite quantité, de l’ordre de 100 ml, c’est l’équivalent d’un demi-verre, et quinze minutes après, un morceau de pain, idéalement le quart d’une baguette.  Il faut consulter son médecin pour ajuster son traitement et, en cas d’hypoglycémie, la rupture du jeûne sera définitive. Pour ce qui est de l’hyperglycémie, le patient diabétique risque des problèmes beaucoup plus sérieux que le dérèglement de la glycémie, tels que  les accidents cardiovasculaires ou l’accident vasculaire cérébral (AVC). Le patient doit consulter un médecin et interrompre définitivement le jeûne.

Dr Zinet Turki 

Présidente de la Société Tunisienne d’Endocrinologie, Diabète et Maladies Métaboliques (STEDIAM)

Quelles recommandations auriez-vous pour les patients diabétiques avant et pandant

le mois de ramadan ?

 

En tant que diabétologue et présidente de la STEDIAM, j’aimerais dire que le jeûne du mois de ramadan n’est pas autorisé à tous les diabétiques, particulièrement  ceux qui souffrent d’un déséquilibre glycémique, qui ont eu des complications sévères les années précédantes et plus particulièrement les sujets âgés, le mois de ramadan survenant en été ces dernières années. Ces patients âgés  risquent de se déshydrater. Sans oublier ceux qui vivent seuls et qui prennent des molécules hypoglycémiantes. Les diabétiques de type I risquent de développer des complications durant cette période et le jeûne leur est déconseillé. Par conséquent, il est extrêmement important que deux à trois mois avant le mois de ramadan, les patients qui souhaitent jeûner posent la question à leur médecin traitant. Celui-ci devra  leur expliquer s’ils peuvent ou non pratiquer le jeûne mais toujours sous surveillance ou si c’est fortement contre-indiqué. Le praticien devra expliquer comment s’alimenter durant ce mois pour ne pas faire de pics d’hyperglycémie après les repas et éviter les hypoglycémies dans la journée, étant donné que la période de jeûne quotidien est relativement longue. L’hydratation doit être répartie sur plusieurs heures. Il faut également parler au patient d’auto-surveillance glycémique, à savoir : trois prises de la valeur de la glycémie dans la journée, une glycémie au doigt en cas de malaise. En cas de glycémie très basse, c’est-à-dire inférieure à 0,7 g /1,  il faut arrêter le jeûne même si celle-ci est mesurée dix minutes ou un quart d’heure avant la rupture du jeûne. Si la glycémie monte au-dessus de 3 g/1,  il faut que le patient arrête le jeûne et qu’il consulte son médecin  traitant. Une activité sportive, dans l’après-midi,  avant la rupture du jeûne, est vivement déconseillée, car favorisant l’hypoglycémie. Mieux vaut que le diabétique fasse une activité physique le soir, après la rupture du jeûne. Au niveau de l’alimentation, il est important que les patients diabétiques essayent de fractionner leur repas en trois étapes pour ne pas faire de pics d’hyperglycémie trop importants. Le jeûne s’adresse aux diabétiques qui sont très équilibrés, qui ont fait la preuve d’une très bonne auto-gestion du diabète, c’est-à-dire qu’ils sont vraiment capables de bien gérer  leur maladie et qu’ils n’ont pas de pathologies du type atteinte cardiaque ou encore hépatique, etc.,  associées au diabète. 

 

Quels conseils  donneriez-vous aux parents d’enfants diabétiques ?

 

Il y a une chose sur laquelle j’insiste beaucoup : on donne toujours des conseils aux diabétiques qui jeûnent mais on oublie les diabétiques qui ne jeûnent pas. Ce que l’on voit souvent, ce sont de jeunes enfants, des adolescents diabétiques de type I qui ne jeûnent pas durant le mois de ramadan mais qui sautent des repas parce que, tout simplement, on a oublié de leur réserver le déjeuner à midi  ou l’on n’a pas fait attention à ce qu’ils prennent au petit déjeuner. Ces enfants peuvent faire des complications d’hypoglycémie, par exemple, dans la journée, en cas d’impasse sur un repas. Il faut également veiller à ce qu’ils ne prennent pas des repas trop copieux le soir, risquant de déséquilibrer leur diabète par une hyperglycémie. Par conséquent, ces enfants sont à surveiller. Il faut toujours laisser un petit peu des restes du dîner en prévision de leur déjeuner du lendemain et leur préparer un petit déjeuner comme d’habitude. Il faut penser à surveiller leur alimentation au cours du dîner et éviter les excès qui risquent de déstabiliser leur diabète. 

 

Quels conseils de prise en charge d’un médecin  traitant face à son patient diabétique ?

 

Le médecin traitant doit avoir un comportement neutre et scientifique dans son examen clinique et évaluer les risques lors du jeûne pour le patient diabétique, afin de le prémunir des complications qu’il peut encourir.