Histoire de la médecine : Galien

Le premier grand auteur d’ouvrages médicaux de l’Antiquité grecque, né à Pergame, en Asie mineure, en 129 de notre ère et mort à Rome vers 199. Claude Galien se distingue comme anatomiste et physiologiste aussi bien que praticien de la médecine, de la chirurgie et de la pharmacologie ; il est également connu comme philosophe influent.

OEuvre monumentale par son ampleur et sa diversité, composée pour l’essentiel sous le règne des trois

empereurs romains Marc Aurèle, Commode et Septime Sévère, ce qu’on appelle le corpus galénique

comprend quelques 120 livres qui n’ont survécu qu’en traduction arabe, hébraïque ou latine et ne représentent

nullement toute la production de Galien. Esprit curieux, Galien aborde avec une égale aisance la médecine et la philosophie, l’anatomie et la physiologie, la thérapeutique et la pharmacologie, mais aussi l’éthique et la

rhétorique, ou encore la poésie et la comédie, pour ne citer que quelques-uns des principaux centres d’intérêt du médecin de Pergame.Homme volontaire, précis, fou de travail, il était méticuleux au point de rédiger, fait unique, un guide au lecteur sous la forme de deux traités auto-bibliographiques. Le premier est intitulé Sur ses propres livres où, de façon tout à fait exceptionnelle pour l’époque, il dresse la liste de ses principaux écrits et indique pour chacun son contenu et les conditions de sa rédaction. Le second, Sur l’ordre de ses

propres livres, est une courte monographie où il entreprend de guider son lecteur dans les méandres de son oeuvre et lui indique dans quel ordre aborder la lecture de ses différents ouvrages. Sa popularité comme médecin n’ayant cessé de grandir au cours des siècles, il est définitivement devenu le maître de la médecine le plus influent, avec Hippocrate, dont il a contribué à faire un médecin type et un modèle de perfection et dont il a expliqué les traités dans de nombreux commentaires élaborés. Il y a aussi un serment dit de Galien, ou le serment des apothicaires, prononcé par tout étudiant en pharmacie à la fin de ses études et qui s’inspire du serment

d’Hippocrate que prêtent les futurs médecins. Galien aborde les études de médecine à l’âge de 16 ans à une époque où on était médecin à 17. Après la mort de son père,vers 148, il quitte Pergame et pendant les douze années qui suivent il va étudier la médecine là où se trouvent les plus importantes écoles de médecine de l’époque :Smyrne, Corinthe et surtout à Alexandrie où l’on pratique la dissection sur des cadavres humains, chose interdite par le droit romain. En 157, Galien regagne sa ville natale et pour convaincre le grand prêtre de lui confier la charge de médecin de l’école de gladiateurs, il n’hésite pas à procéder, en public, à une opération chirurgicale sur un singe. Pendant les quatre années passées à soigner les gladiateurs, il va acquérir beaucoup d’expérience dans le traitement des traumatismes et notamment des plaies, qu’il a qualifiées de « fenêtres sur

le corps », et en profite pour parfaire ses connaissances en anatomie. Médecin autant que pharmacien, Galien ne faisait pas confiance aux apothicaires en allant chercher lui-même ses ingrédients pour s’assurer de leur qualité et garantir leur origine. Car les malversations étaient courantes dans le commerce des simples (nom donné au Moyen Âge aux plantes qui servaient à fabriquer les médicaments) où l’on substituait un ingrédient à un autre. Galien devient médecin de l’Empereur Marc Aurèle après l’avoir guéri d’une colique grâce à sa fameuse thériaque, un médicament réputé comme une panacée qui contient plus de 70 ingrédients, dont la chair de vipère et de l’opium qui faisait dormir Marc-Aurèle qui, justement, souffrait d’insomnies. Galien est l’auteur de 4 livres sur les pouls De differentiapulsum, dans lequel il présente un classement systématique des multiples particularités que peuvent présenter les pulsations du coeur, désignées chacune par un nom précis. Il ementionne vingt-sept espèces allant du frétillant, court, long, rapide, vermiculaire, etc. Parmi les oeuvres du corpus galénique, un traité mérite qu’on s’y attarde un peu plus longuement et dont la découverte par hasard, en 2005, au monastère orthodoxe des Vlatades, et sa publication en 2010 dans la célèbre collection ‘Les Belles Lettres’, constituent une véritable épopée philologique. Il s’agit en fait d’une simple lettre rédigée par Galien à un de ses amis qui ne comprenait pas l’absence de chagrin chez un homme de 64 ans qui vient de perdre dans l’incendie du temple de la Paix (en 192) l’essentiel de sa bibliothèque, ses manuscrits et sa collection de « médicaments simples ». Alors, pour s’expliquer, Galien lui écrit une lettre qui sera la matière à son traité intitulé Ne

pas se chagriner. Une simple lettre, mais captivante et riche en détails nouveaux et passionnants qui nous apprend plein de choses sur Galien, sur l’histoire de Rome et recèle des informations inédites sur la dureté des temps sous le règne du tyrannique empereur Commode. Galien commence par faire l’inventaire de ce qui a disparu et qui aurait dû susciter son chagrin : de l’argenterie, mais surtout des livres et des manuscrits, copies de Théophraste, immense lexique de la comédie grecque ancienne, deux exemplaires uniques de recettes et remèdes etc., et insiste surtout sur la disparition de ses instruments et de ses propres livres irremplaçables. Il va ensuite répondre à la question : pourquoi ne s’est-il pas chagriné malgré toutes ces pertes ? Parce que, dit-il, cela tient à une bonne nature, une bonne éducation, et un détachement des choses humaines par un exercice spirituel pratiqué chaque jour et qui consiste à imaginer le pire. Djâlînûs est le nom arabe de Galien, tenu en grande estime dans le monde arabo-musulman. La traduction en 830 -870 de 129 de ses oeuvres en arabe par Hunayn ibn Ishâq et ses assistants, a établi le modèle de la médecine arabe et islamique, qui s’est rapidement propagé dans l’ensemble de l’empire arabe. Les études sur Galien en Europe au Moyen âge et sous la Renaissance, doivent beaucoup aux traductions faites à partir de l’arabe qui demeurent encore indispensables parce qu’elles sont faites sur des manuscrits plus anciens. Il est indubitable que l’ensemble des ouvrages médicaux de Galien, ses méthodes et ses résultats, furent pleinement assimilés par les médecins arabes postérieurs et sont devenus partie intégrante de leurs études médicales, sous leur forme originale ainsi que dans des résumés, des commentaires et de nouveaux ouvrages fondés sur eux. Cela s’applique à des médecins aussi éminents que Muhammad Zakariyya al- Râzî ou ibn Sînâ’. Djâlînûs a ainsi droit à un long chapitre dans toute histoire de

la médecine arabe jusqu’à la première moitié du XXe siècle.

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