Statut des sages-femmes en Tunisie

A l’occasion de la célébration, de la Journée mondiale de la femme, l’Union nationale des syndicats des sages-femmes de Tunisie (UNSSFT) et l’Association des jeunes sages-femmes ont  organisé une journée de formation sur la profession et sur le dépistage du cancer du col de l’utérus à l’hôtel Le Royal Hammamet.

 

Kamel Bouaouina

« L’Association des jeunes sages-femmes a pour objectifs la promotion du métier de sage femme et la quête d’une reconnaissance de cette profession en tant que métier indépendant ayant ses propres spécificités » a précisé Amel Khiari, Présidente de cette Association. « La carte sanitaire de la périnatalité établie par la Direction des soins de santé de base, dit-elle, révèle l’existence de 2.000 sages-femmes en 2014. En y ajoutant les 31 installées en pratique libérale en 2011, leur effectif atteint 2.031. Les sages-femmes représentent près de la moitié (49,8 %) de l’effectif total des professionnels impliqués dans les prestations de santé maternelle et néonatale. 75 % des sages-femmes recrutées dans le secteur public sont affectées dans les structures de première ligne. Parmi elles, 607 exercent dans les hôpitaux de circonscriptions et 888 dans les centres de santé de base. Toutefois, si ces effectifs sont en progression constante, les variations du nombre de femmes en âge de reproduction desservies par une sage-femme interpellent. En effet, il est passé de 1 pour 1.800 en 1992 à 1 pour 1.500 en 2014, avec un pic de 1 pour 693 en 1999. Dans la première ligne, ce ratio est de 1 sage-femme pour 217 femmes en âge de reproduction. La réglementation de la pratique de sage-femme en Tunisie est une composante qui appelle à un grand renforcement. A l’heure actuelle, il n’existe pas de définition officielle et les textes susmentionnés sont considérés comme une législation reconnaissant notre pratique en tant que profession autonome et réglementée. Or, près de la moitié de ces textes concernent un ensemble de professionnels, dont les sages-femmes, et ne leurs sont donc pas spécifiques Il n’existe ni système d’autorisation d’exercice, le diplôme délivré en étant implicitement une, ni inscription annuelle obligatoire des sages-femmes. Il en résulte, notamment, la difficulté de dénombrer, de localiser et d’évaluer le taux de recrutement des sages-femmes. Or, dans la plupart des pays, les sages-femmes sont des professionnelles médicales autonomes ou spécialistes reconnues de l’accouchement pendant la durée de vie reproductive de la femme. « Dans de nombreuses régions du monde, les sages-femmes ont du mal à faire reconnaître leur métier comme étant une profession autonome, explique Amel Ben Saïd, la Secrétaire générale de l’Union nationale des sages-femmes de Tunisie, l’autonomie professionnelle signifiant que les sages-femmes définissent et contrôlent les normes de la formation, la réglementation et l’exercice de la profession. Une profession autonome inclut nécessairement les éléments suivants : un ensemble de connaissances, un code de déontologie, une auto-gouvernance, des processus de prise de décision et une reconnaissance de la société par le biais de la réglementation. L’autonomie de la profession de sage-femme facilite la prise de décision informée de façon à améliorer les résultats de l’accouchement pour la mère et le bébé. Bien que les sages-femmes aient le statut de profession médicale, elles sont très souvent en deuxième position lors des accouchements, rétrogradées par la présence d’un médecin. Alors que le Ministère de la Santé ne considère pas la mission de la sage-femme comme un métier à part entière et une spécialité médicale disposant d’une éthique et de lois spécifiques, nous revendiquons cette autonomie  au sein de notre pratique. La législation tunisienne considère la sage-femme comme un technicien supérieur en gynécologie ou un cadre para- médical, alors que notre métier est une spécialité médicale avec une responsabilité particulière ».

 

Deux sages-femmes pour mille accouchements

 

Hier, comme aujourd’hui, les sages-femmes défendent des valeurs telles que la compétence et le professionnalisme, avec une constante volonté de protéger l’intérêt des femmes en leurs assurant des soins de qualité.

« L’histoire de la sage-femme témoigne d’une difficile et permanente équation entre le cadre légal régissant ses compétences, l’organisation de sa formation et ses possibilités de pratique sur le terrain, ajoute Amel Ben Saïd. La sage-femme ne bénéficie pas du statut reconnu à l’échelle internationale, d’où l’absence de la Tunisie de la Confédération internationale des sages-femmes. Cette défaillance, dit-elle, est également ressentie dans les rapports de l’OMS, qui exigent 6 sages-femmes pour mille accouchements, la Tunisie ne comptant que deux sages-femmes pour mille accouchements. Nous demandons  la mise en vigueur de la décision de la commission de législation générale à l’ANC, prise le 17 décembre 2013 et portant sur l’attribution d’un statut aux sages femmes. Notre profession ne se réduit pas à la pratique des accouchements, elle consiste aussi à assurer la surveillance prénatale, la préparation à l’accouchement et le suivi des femmes et des nouveaux nés à domicile en cas de sortie précoce de la maternité. Nous sommes marginalisées, dans la mesure où certains ne se rendent pas compte que nous menons une lourde tâche dans l’accomplissement de nos missions au sein des établissements hospitaliers, notamment dans les zones rurales et à l’intérieur du pays, où les médecins gynécologues ne sont pas en nombre suffisant ». 

Côté initiation, Amel Ben Saïd appelle à améliorer les compétences et à revoir la formation de base. « La sage-femme ne semble pas avoir d’identité dans le corps médical, tantôt associée au paramédical, tantôt au corps médical. Nous devrons suivre l’exemple de nos collègues algériennes et françaises, à savoir un statut de professionnelle médicale à compétence définie et 5 ans d’études avec une première année d’études fondamentales ».

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