Journées scientifiques de microbiologie à Hammamet

Les Journées scientifiques de microbiologie s’inscrivent dans le sillage des rencontres entre chercheurs confirmés et jeunes doctorants pour une évaluation des résultats de la recherche et l’actualisation des données. La 9ème session, qui a eu lieu à Hammamet du 15 au 17 novembre derniers, s’est ouverte sur la question de savoir s’il existe encore des risques de contracter des maladies infectieuses.

Kamel Bouaouina

Ces journées  scientifiques se veulent être une plateforme d’échanges, de contacts et d’interaction avec des sommités mondiales dans le domaine de la microbiologie. Elles  constituent, comme l’a précisé le Pr Mahjoub Aouni, président de la Société tunisienne de microbiologie, à la fois un espace d’échange d’expertises et une plateforme de développement des liens de partenariat et de coopération, ainsi que d’élaboration de programmes et de projets de recherches. « Cette rencontre, qui vient s’ajouter aux huit premières, constitue une opportunité pour nouer des liens de coopération  entre les participants venus de plusieurs régions tunisiennes, algériennes, libyennes, françaises et espagnoles. Nos journées ont été alimentées par des échanges d’expériences fructueuses avec les experts tunisiens et étrangers, répondant aux besoins et aux questionnements de nos jeunes chercheurs. Plusieurs thèmes ont y ont été débattus. La sécurité alimentaire, la veille sanitaire, la surveillance épidémiologique, la prévention, l’hygiène, la biotechnologie, la nanotechnologie, créant un événement propice à la recherche dans le domaine de la microbiologie et constituant des priorités nationales pour répondre aux exigences de notre environnement socio-économique ».

 

Faune sauvage, parasites, santé

et environnement 

 

Préserver la biodiversité, c’est aussi protéger sa santé. Eh oui, la faune et la flore sauvages ne sont pas uniquement des garde-mangers ou des outils aux services de l’homme ! Ce que nous faisons subir au reste du vivant pourrait donc bien avoir des conséquences sur notre vie et notre santé. De nouvelles maladies infectieuses émergentes apparaissent partout dans le monde et représentent une menace croissante pour la faune et les communautés humaines. Le Pr Zihad Bouslama, de l’université Badji Mokhtar d’Annaba, a expliqué dans son intervention que les  zones humides méditerranéennes  ont très longtemps été vécues par l’homme comme des zones de danger, de maladies, de foyers à miasmes. « Ces zones représentent un contexte particulièrement favorable au développement de certaines maladies humaines, en raison de la grande diversité faunistique pouvant être un hôte amplificateur potentiel de pathogènes et des populations humaines en pleine croissance sur tout le littoral méditerranéen. Ceci pose à la fois un problème de santé publique et de conservation d’espèces sauvages et d’habitats. »

 

L’Europe : une terre d’émergence pour

les arboviroses

Les arboviroses sont des maladies virales concernant l’ensemble du monde vivant, des plantes à l’homme en passant par les serpents, les oiseaux et tous les mammifères. Virus à ARN d’apparition relativement récente, les arbovirus ont un potentiel évolutif important et sont toujours susceptibles de générer des épidémies. Adaptés à un double système vivant, ils basculent en permanence entre leur hôte et l’arthropode hématophage qui assure leur transmission. Appartenant à de nombreuses familles virales différentes, ils représentent un vivier important de maladies émergentes. Leur transmission vectorielle les rend très dépendants des modifications écologiques que l’homme crée sans toujours en mesurer les conséquences et la démographie galopante fournit un formidable terrain d’expérience pour ces virus évolutifs. L’Europe, comme l’a précisé le Pr Alain Kohl de l’Université de Glasgow en Ecosse, est de plus en plus affectée par ces arboviroses, telles que les encéphalites virales et autres maladies transmises par des tiques, moustiques et moucherons.  « Cela, dit-il, touche de plus en plus l’homme avec des maladies comme la Dengue et le Chikungunya mais aussi les animaux, comme le virus de Schmallenberg et la fièvre catarrhale ovine. Ces virus peuvent être répandus de différentes façons (tourisme, marchandises). De plus, en raison des changements climatiques et l’expansion de vecteurs arthropodes, des risques d’émergence de nouvelles arboviroses plus difficiles à quantifier sont à explorer ». 

 

Les probiotiques, aliments fonctionnels d’intérêt sanitaire

 

Elles sont plusieurs milliards, appartenant à plus de 500 espèces différentes. Nous ne les voyons jamais, elles entretiennent pourtant avec nous des rapports plus qu’intimes. Elles  sont partout, dans les publicités, les pharmacies et les supermarchés, et ont la prétention de nous aider à tout soigner. Ce sont les bactéries de notre tube digestif, qui forment une vaste communauté de passagères clandestines. Elles exercent sur notre santé une influence sans cesse confirmée par de nouveaux travaux scientifiques. Les probiotiques sont définis comme des micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont administrés en quantités adéquates, produisent un bénéfice pour la santé de l’hôte. Ces probiotiques, comme l’a expliqué le Pr Amina Bakhrouf du laboratoire d’analyse, traitement, valorisation des produits polluants de l’environnement et des produits à la faculté de pharmacie de Monastir, servent à traiter et prévenir les maladies et remplacer les antibiotiques. Ils sont disponibles sous différents types de produits consommés sous forme de suppléments alimentaires, en capsules contenant des cultures viables lyophilisées ou en poudre, ou encore sous forme de produits alimentaires fermentés, tels que les yaourts et les laits fermentés. Les principaux probiotiques sont les bactéries lactiques dont les bifidobactéries, les bacillus et les levures. Pour être efficaces, ils doivent franchir la barrière gastrique et arriver vivants et en quantité suffisante dans l’intestin. Ces probiotiques jouent un rôle important dans la prévention de nombreuses maladies. Ils agissent sur notre santé lors de leur passage dans l’intestin et leurs effets positifs ont été démontrés. Parmi leurs nombreux bienfaits figurent la régulation de la santé intestinale, l’amélioration de la digestion, le renforcement des fonctions immunitaires et la lutte contre certains agents pathogènes. Ils sont utilisés pour prévenir et traiter la diarrhée infectieuse (gastroentérite et tourista), soulager  les symptômes du syndrome de l’intestin irritable, prévenir les complications d’un traitement aux antibiotiques (diarrhée et infection), les infections nosocomiales ou associées à un traitement médical. Mais encore pour traiter la constipation et prévenir les récidives de la maladie de Crohn. Les  probiotiques produisent aussi des enzymes et des antioxydants, qui aident à détruire certains composés en cause dans l’apparition des cancers (les radicaux libres) ou qui en favorisent le développement. Ils ont un effet protecteur contre le cancer du côlon. Ils sont également utilisés dans les soins dentaires et vétérinaires. Les probiotiques ne sont pas des médicaments mais des compléments nutritionnels, ils n’ont donc pas d’effet immédiat. Ce n’est pas de la magie. Bref, ces probiotiques sont un sujet complexe et n’ont pas encore révélé tous leurs secrets aux microbiologistes. 

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