Trois journées et un congrès pour la médecine de famille à Sfax

L’Association des médecins de famille de Sfax a organisé à l’hôtel Syphax et en partenariat avec la Faculté de médecine de famille de Sfax, les troisièmes journées de médecine de famille et le premier congrès méditerranéen de médecine de famille et ce, sous le patronage du Ministre de la Santé publique et sous l’égide des Associations de médecine de famille et de médecine générale de Tunisie.

Parmi les douze thématiques dont il a été question lors de cet événement, il faut citer, bien entendu, la médecine de famille, la pédiatrie et la pédopsychiatrie, de même que le symposium des laboratoires Pfizer sur les diagnostics de la polyarthrite rhumatoïde et de la spondyloarthrite, ainsi que sa prise en charge, celui des laboratoires IPS-UPSA sur la prise en charge de la douleur aiguë, la médecine de famille et la gériatrie et celui des laboratoires Merck Serono sur les raisons de bannir les bétabloquants chez les patients hypertendus.

Des ateliers sur la radiologie, la dermatologie et l’examen otorhinolaryngologique dans la pratique quotidienne sont venus enrichir le programme.

Héla Kochbati

Ces journées ont visé la promotion et le renforcement de la médecine de famille dans notre pays, au Maghreb et dans la région méditerranéenne, avec un modèle de médecine de famille adapté à la réalité de chaque pays et qui sera à la base du système de santé publique. Elles ont permis de mettre en exergue les actualités et les innovations thérapeutiques, notamment concernant les maladies chroniques comme le diabète chez le sujet âgé et certaines autres pathologies gériatriques. Cette rencontre a réuni des collectifs de médecins généralistes francophones nationaux et internationaux.

Dr Abdelkarim Derbel président de l’Association des médecins de famille de Sfax

1) Quelle est la particularité de cette rencontre ?

Cette manifestation est méditerranéenne et s’est faite avec la participation des pays francophones européens, africains et maghrébins. Nous avons bénéficié de la présence des doyens des facultés de médecine d’Afrique, du Canada, de Belgique, de France, d’Alger et du Maroc. Nous avons également invité la Société algérienne de médecine générale et le collectif national des médecins généralistes du Maroc. Le point essentiel de ces journées est la création du réseau maghrébin de médecine de famille et de médecine générale regroupant la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Au cours de la soirée du 3 octobre, nous avons tenu une réunion pour ratifier le statut du réseau des Associations de médecine de famille et de médecine générale du Maghreb.

2) Que faut-il retenir de ce premier congrès méditerranéen de médecine de famille ?

Il s’agit de promouvoir la médecine de famille et de valoriser le médecin généraliste en tant que médecin de première ligne. C’est lui que l’on consulte habituellement en premier lieu et qui* aide ses patients à raccourcir le chemin de la prise en charge, évitant de répercuter les effets d’une pathologie sur une autre et minimisant les coûts des soins pour le citoyen et pour le système de santé.

3) Quel est le point essentiel de ces journées de médecine de famille de Sfax ?

Il est essentiel de parvenir à mettre en place un modèle tunisien de médecine de famille qui permette de répondre à notre réalité et à nos contraintes et qui sera la pierre angulaire de notre système de santé.

Dr Xavier De Bethune directeur de Médecins du monde Belgique

1) Quel est le rôle de la médecine de famille dans le système de santé belge et quelles sont ses caractéristiques ?

S’agissant de la médecine générale en Belgique, je dirais que ce système fonctionne très bien et a la satisfaction des citoyens belges, selon leurs propres déclarations. Par ailleurs, je reconnais que certains défis restent à relever, surtout concernant le dépistage et la médecine préventive en termes de compléments et d’accès équitable aux soins, auprès des groupes défavorisés alors qu’ils sont en fait les bénéficiaires préférentiels d’un tel système de soins. Pour ainsi dire, la médecine de famille belge est dotée d’un bon système mais qui reste à améliorer. Pour ce qui est de la médecine de famille en Tunisie, dont je ne connais pas très bien l’état et la situation actuels, il est clair qu’elle doit prendre une plus grande place dans le système de soins et que toute activité la renforçant dans le système sanitaire est à la faveur de la santé publique en Tunisie.

2) Quel est l’apport spécifique du médecin de famille en Belgique ?

En Belgique, le médecin généraliste joue un rôle médico-social, particulièrement dans la prise en charge des personnes âgées. D’après l’étude que j’ai présentée, un médecin de famille se rend environ deux fois par mois dans les maisons de repos, ce qui fait de lui un élément essentiel à l’organisation de la prise en charge des personnes âgées, sans pour autant maximiser ce que l’on fait pour eux, et qui évite de les envoyer à l’hôpital quand ils n’en ont pas besoin. Ce qui est tout à fait fondamental mais présente des limites avec l’aspect démographique et le vieillissement de la population.

3) Y a-t-il un projet de coopération tuniso-belge en matière de médecine de famille et de prise en charge des pathologies gériatriques ?

Non, pas à ma connaissance. Il y a bien un projet auquel participe le Pr. Michel Roland, que je représente aujourd’hui, et qui concerne la responsabilité sociétale telle que celle de la faculté de médecine. On ne doit pas uniquement former le médecin aux soins mais également à tous les aspects sociaux qui leurs sont associés, comme l’impact du travail ou du logement sur la santé, et à observer la façon dont ces éléments influent sur la santé des gens. Ce qui évite la prescription abusive de médicaments et l’hospitalisation à outrance, entraînant des coûts énormes et une dépendance du système.

4) Quelles sont vos impressions à l’issue de ce premier congrès méditerranéen de médecine de famille ?

Il faut tout d’abord dire que participer à un congrès méditerranéen de médecine de famille est une chose exceptionnelle. Concernant la situation actuelle, il faut promouvoir la profession de médecin de famille dans le système de santé de ce pays et lui donner sa vraie place. Cela permettrait de soigner et d’éviter l’hospitalisation pour certains, de limiter le recours aux soins de haute technologie et sans doute de réduire le nombre de médicaments prescrits, ce qui conviendrait à la prise en charge de la plupart des individus traités.

Dr Farida El Alami  Médecin généraliste membre du collectif national marocain des médecins généralistes

C’est la première fois que je participe à cet événement et je trouve que c’est une réussite du point de vue de la richesse de son programme. Notre but, mes confrères marocains et moi-même, est d’établir un pont entre les différents pays du Maghreb pour valoriser la médecine de famille, la faire évoluer dans l’intérêt de nos populations respectives. Nous voulons tisser des liens forts entre pays maghrébins et notre espoir est d’y parvenir dans le secteur de la médecine générale.

2) Quels bénéfices accordez-vous à ces troisièmes journées de médecine de famille de Sfax ?

Je trouve que nos confrères tunisiens ont fait un effort colossal pour l’organisation, couronnée de succès, de ce congrès méditerranéen. Il faut les encourager dans la promotion de la médecine de famille en région maghrébine.

Professeur Mahdi Methamem  Médecin urgentiste à l’hôpital Farhat Hached de Sousse

1) Comment se fait la prise en charge des douleurs secondaires à la colique néphrétique ?

Le traitement des douleurs secondaires à la colique néphrétique se fait par des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). En revanche, il importe au préalable d’éliminer les contre-indications à ces AINS car pallier à tout ce qui est saignement et à une insuffisance rénale, particulièrement chez le sujet âgé, est essentiel. En effet, la prudence est recommandée lors de la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens pour les personnes âgées et la meilleure prise en charge, dans ce cas, est d’associer d’autres médicaments comme le tramol et le paracétamol.

2) Quand faut-il prescrire les antispasmodiques lors de la prise en charge des douleurs aiguës dans un cabinet médical et dans les cas d’urgence?

Dans ces cas là, les antispasmodiques ne servent pratiquement à rien surtout pour certaines douleurs organiques, des douleurs néphrétiques en l’occurrence, ils peuvent les aggraver. Il est également conseillé de ne pas les prescrire pour des syndromes comme les douleurs liées à des diarrhées aiguës secondaires à une gastro-entérite, parce que cela peut accroître la gravité de la symptomatologie. Selon moi, c’est contre-indiqué et j’ai retiré ces médicaments de l’arsenal thérapeutique aux urgences.

3) Qu’auriez-vous à dire à vos confrères médecins généralistes, en marge de ces troisièmes journées de médecine de famille de Sfax, concernant le traitement de la douleur aiguë ?

Il faut considérer la douleur aiguë comme une urgence. Le patient qui a mal au thorax, qui est inconscient et qui respire difficilement n’est pas le seul cas grave, c’est aussi le patient qui présente de fortes douleurs. Il faut décompenser ses fonctions respiratoire, cardiaque, neurologique, néphrologique, l’anxiété va le gagner, et j’en passe, il est donc essentiel de considérer la douleur comme une détresse circulatoire et neurologique.

Dr Maalej Bayen assistante hospitalo-universitaire en pédiatrie

1) En quoi consiste l’utilisation rationnelle de l’antibiothérapie initiale chez l’enfant ?

Les bronchiolites sont à 100 % des infections virales et donc pas d’indications à une antibiothérapie sauf en cas de fièvre de plus de trois jours, d’une fièvre purulente ou d’apparition d’un foyer lors d’une imagerie radiologique. En cas de coqueluche chez le jeune enfant, surtout avec quintes persistantes de toux de plus de sept jours, d’hyperlymphocytose, d’apnées, de cyanose, on prescrit des macrolides. Les bronchites quant à elles sont, dans 80% des cas, d’origine virale et il n’y a généralement pas d’indications à l’antibiothérapie. Par ailleurs, lors d’une persistance de fièvre de plus de 72 heures, si l’on suspecte une surinfection, on doit également considérer les germes atypiques comme les mycoplasmes, les chlamydias, ou une pneumonie et l’on prescrit des antibiotiques. Pour les pneumonies, l’origine est souvent virale chez l’enfant. Chez un enfant de moins de 3 ans, il faut suspecter une infection à Haemophilus influenzae ou à pneumocoque, il est alors souvent nécessaire de vérifier si la vaccination du sujet est complète ou non. S’il a plus de 3 ans, il est essentiel de se pencher sur l’étiologie virale, d’établir si un pneumocoque ou un mycoplasme sont à l’origine de l’infection. Dans cette pathologie, on constate des douleurs brutales ou une fièvre avec un plateau général altéré. Lors d’une infection à pneumocoque on utilise l’amoxicilline et s’il s’agit d’un début progressif, d’une toux traînante, c’est plutôt un germe atypique et l’on prescrit souvent des macrolides.

2) Comment se fait la prévention des infections virales chez l’enfant à l’approche de la saison froide ?

Elle consiste en la vaccination des adultes, particulièrement les parents, et des personnes de son entourage qui sont fragilisées et immunodéprimées. Il est important d’assurer le nettoyage fréquent des mains, l’hygiène dans les crèches, la bonne alimentation, etc. Il faut savoir qu’en hiver, c’est l’infection virale qui est la plus courante chez l’enfant. Il est par conséquent important de limiter les prescriptions d’antibiotiques.

Dr Imed Maaloul Professeur en maladies infectieuses, membre du groupe interfacultaire de médecine de famille et Directeur général de la santé à Sfax

1) Quel est le rôle du médecin de famille dans notre pays ?

Cette rencontre est très intéressante car elle a fixé des objectifs concernant la prise en charge des malades, la place du médecin de famille dans la santé, celui-ci constituant la pierre angulaire du système de santé. En Tunisie, nous avons commencé à œuvrer pour promouvoir la médecine de famille dans le cadre de la réforme du système de santé publique, lequel doit tenir compte de l’intérêt de cette première ligne.

2) Quelles recommandations avez-vous à l’issue de ce congrès ?

La médecine de famille est une médecine de proximité et de continuité et doit s’intéresser à tous les patients, quels que soient leur âge, leur situation et leur localisation géographique. Parmi mes recommandations, je dirais qu’il faut accorder de l’importance à la santé des jeunes, celle des personnes âgées et aux pathologies de la santé mentale. Ces soins font partie des prestations ciblées du programme de réforme de la santé publique. La place du médecin de famille a commencé à prendre de l’importance avec les réformes des études médicales et du système de santé publique à l’initiative du Ministère de l’Enseignement supérieur et du Ministère de la Santé publique. La médecine de famille est un secteur de soins de première ligne et travailler, dans notre pays, sur cette base est donc une nécessité que nous mettons en pratique sous le couvert de textes de lois. La première ligne est très importante dans le développement du système de santé, c’est un secteur à consolider. Il s’agit de mettre les prestations médicales à la portée des patients et d’assurer une bonne prise en charge, laquelle doit répondre aux besoins des patients de manière satisfaisante en termes de qualité et par rapport aux traitements prescrits.

3) Quel est l’effectif des médecins de famille dans la région de Sfax ?

A Sfax, le nombre de médecins généralistes dépasse de peu le nombre de médecins spécialistes, il est au-delà des 50 % de praticiens dans le gouvernorat. Entre médecins libéraux et médecins travaillant dans la santé publique il est aux alentours des 55 %. Avec la réforme des études médicales, nous envisageons de revaloriser la médecine de famille et d’aller vers une augmentation du nombre de médecins dans ce secteur, de façon à atteindre l’effectif nécessaire pour répondre aux besoins du système de soins. C’est un objectif à atteindre avec une formation de médecins de famille adaptée et de qualité, au niveau de la faculté, par rapport à la réforme des études médicales dans ce secteur. Actuellement, il s’agit de formation continue des médecins généralistes, laquelle assure la mise à niveau vers la médecine de famille.

4) Quels messages auriez-vous à transmettre pour les médecins de famille en marge de ces journées à Sfax ?>

Par rapport à ce premier congrès méditerranéen de médecine de famille, je dirais qu’il faut persévérer dans la revalorisation de ce secteur. Il s’agit d’une médecine de première ligne, qui est importante et qu’il faut renforcer à la fois par la formation médicale, dans l’application des programmes de santé et par rapport aux soins requis. C’est de cette façon que l’on améliore la qualité des prestations de soins et que l’on encourage les étudiants à choisir cette spécialité.

Pr. Hamida Megdiche Chef de Service de dermatologie Hôpital Hédi Chaker Présidente de la société tunisienne de dermatologie et de vénérologie

La participation du service de dermatologie à ce congrès s’est particulièrement concrétisée par des cas cliniques pratiques, en tentant de faire passer des messages afin d’éviter quelques erreurs que l’on pourrait observer au niveau du comportement durant notre pratique courante, en tant que généralistes, lors de pathologies très fréquentes, particulièrement pour le traitement des mycoses. Certains traitements sont prescrits abusivement. Lors de quelques infections virales, certains médicaments doivent être évités, quelques aspects cliniques bénins ne nécessitant pas de traitements, des aspects physiologiques étant à prendre en compte et l’usage des corticoïdes devant être limité. Le message que je transmets à l’occasion de ces journées est qu’il est nécessaire d’établir une collaboration étroite entre les médecins spécialistes et les médecins généralistes. Ces derniers sont, en fait, les premiers à voir les patients et doivent bien les orienter. Par exemple, la conduite à tenir face à toute lésion notoire est la recherche des facteurs de risque d’un mélanome. Les généralistes sont à même de constater ce type d’atteinte dermique et d’en discuter avec les dermatologues.