Le soleil ne suffit-il pas au bonheur ? Comment aller mal au pays du jasmin, des éternels printemps et des révolutions pleines de promesses ? Le dernier World Happiness Report 2017, rapport de l’OCDE classant les pays en fonction du degré de bonheur de leurs citoyens, positionne la Tunisie au 102ème rang mondial alors que le voisin algérien occupe la 53ème place et le Maroc, la 84ème. Il y a comme un parfum de jasmin triste sous le soleil tunisien, et le doux climat méditerranéen n’y est pour rien.
L’autre chiffre de ce début d’année n’est pas plus gai. En effet, d’après le ministère de la Santé, 8% des tunisiens seraient dépressifs, en majorité des femmes et des personnes âgées. Ces données, qui ne nous surprennent
pas réellement ont été rendus publiques à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de la santé que l’OMS
a dédié cette année à la dépression car cette pathologie est une pandémie mondiale. Selon l’OMS, la dépression devrait devenir en 2020, la première cause de morbidité chez la femme et la deuxième chez l’homme, après les maladies cardiovasculaires.

Faut-il se rassurer d’aller mal dans un monde qui va mal ?

Peut-être pas mais nous pouvons déjà prendre le problème avec le sérieux nécessaire et réfléchir à ces chiffres qui prennent la dimension de phénomène social. 98% des congés de longue durée dans la fonction publique sont liés à des maladies psychiatriques et font perdre à l’Etat 172 mille journées de travail par an, l’équivalent de 4,6 millions de dinars de pertes par an, selon une enquête d’investigation publiée en janvier 2017 par Tunis Afrique Presse(TAP).
Le Gris, nous le savons bien maintenant, peut avoir cinquante nuances et même plus… Cette pathologie qui coûte cher, tant économiquement que humainement et socialement se soigne très bien et n’a rien d’une fatalité ni d’une honte que l’on cache, encore trop dans notre pays. Rappelons-nous toujours cette chanson de Hedi Jouini تحت الياسمينة في الليل où les fleurs de jasmin essuient les larmes mélancoliques. Nous sommes définitivement un peuple condamné à la sensibilité.

Amel Dhaouadi

(Crédit photo : symbelmune)

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