La révolution microbio-dermocosmétique est (aussi) en marche !

Pr Ag Brigitte Dréno
Pr Ag Brigitte Dréno
Les microbes sont en général mal perçus. Pourtant, la recherche scientifique se penche depuis très récemment sur les possibilités de guérir des pathologies lourdes à travers l’étude du microbiome, soit l’ensemble des gènes que possèdent les microbes qui colonisent le corps humain. En dermocosmétologie également, des applications ont été mises à jour. A l’affût de la moindre innovation et pressentant une révolution dans leur domaine d’expertise les Laboratoires La Roche-Posay se sont immédiatement intéressés à ses puissantes possibilités en étroite collaboration avec Pr Ag Brigitte Dréno, chef de service de Dermatologie et Directrice de l’unité de thérapies cellulaire et génique du CHU de Nantes, qui mène les recherches.
Les dermatologues Tunisiens ont eu le privilège de rencontrer cette éminente spécialiste qui a exposé le fruit de ses récentes recherches dans le cadre d’un symposium organisé par les Laboratoires La Roche-Posay en marge du 27ème Congrès de la STDV. Elle y a fait part à l’assistance de ses principales découvertes et des perspectives thérapeutiques du microbiome cutané dans la prise en charge de l’acné.

Rappelant l’importance du « microbiome » (un mélange de microbes, virus et bactéries) qui vit et interagit à la surface de la peau, Pr Ag Brigitte Dréno n’a pas manqué de souligner que cet organisme vivant va évoluer avec l’âge, le sexe l’humidité, et les facteurs environnementaux ainsi que l’état de la barrière cutanée. Il existe une empreinte individuelle du microbiote ce qui implique que le traitement d’une même affection sera différent d’un individu à l’autre.

Comprendre l’acné pour mieux la traiter

Dans l’acné, le microbiote a pour rôle de contrôler la colonisation par les agents infectieux, la régulation de l’immunité innée et la sécrétion des peptides antimicrobiens. Cette immunité activée déclenche l’inflammation, régulée par le microbiome. Il s’agit d’un dialogue permanent qui a lieu entre les différentes composantes du microbiome.
Deux mécanismes aboutissent à la formation des lésions inflammatoires dans l’acné. Le premier est représenté par la Propionibacterium acnes (P. acnes), qui sécrète de nombreux facteurs induisant l’inflammation au niveau du follicule pilosébacé. Le second mécanisme est indirect: en stimulant l’immunité innée, la P. acnes induit une inflammation cutanée locale et favorise sa persistance.
Cependant, la P. acnes n’est pas seul agent incriminé dans l’acné inflammatoire. En effet, au moment de la puberté, et du fait de l’hyperséborrhée on assiste à une prolifération de la P. acnes mais aussi s’une prolifération de Staphylocoque epidermidis. Chacune des deux bactéries aura pour rôle de contrôler la prolifération de l’autre afin de maintenir la diversité du microbiote. Dans le cas de l’inflammation bactérienne, le staphylocoque devient prédominant, induisant à son tour une prolifération de P. acnes. Ainsi la formation des lésions inflammatoires dans l’acné est due à l’addition de deux mécanismes. Le premier est la sécrétion par la P. acnes et Staphylococcus epidermidis de facteurs inflammatoires. Le second, est indirect, en stimulant l’immunité innée, P. acnes induit une inflammation cutanée. La synergie entre ces deux mécanismes, aboutissant aux lésions inflammatoires de l’acné. La barrière cutanée est dans ce cas altéré, le microbiome est déséquilibré et perd son rôle de protection pour devenir à son tour pro-inflammatoire.

Recommandations thérapeutiques

Il devient évident que la priorité thérapeutique est de conserver l’intégrité de la barrière cutanée et de l’équilibre du microbiome. Sur le plan thérapeutique, ceci implique d’associer la réparation de la barrière cutanée et la restauration de l’équilibre du microbiome.
Dans la pratique, il est recommandé de choisir des nettoyants et des savons non abrasifs et respectueux du PH de la peau ; le but étant de nettoyer en respectant la barrière cutanée et en maintenant le film lipidique. Il faut également proscrire les antibiotiques topiques qui déséquilibrent parfois de façon irréversible le microbiome. Les cyclines par voie systémique gardent un intérêt dans le contrôle de l’inflammation.

L’avenir

Les probiotiques topiques, sont l’avenir de la dermocosmétique, et pourrait être la meilleure réponse aux problèmes de l’inflammation acnéique car ils rééquilibrent le microbiote. Mais ceci est encore du domaine de la recherche. Le futur du traitement de l’acné se dessine donc dans ce champs de recherches, avec d’une part les prébiotiques et probiotiques topiques et d’autre part les peptides antimicrobiens qui ont un pouvoir anti-inflammatoire et pourront remplacer dans le future les antibiotiques topiques.

La Roche-Posay entre dans l’âge du microbiome

La Roche-Posay laboratoire dermatologique
La Roche-Posay s’est engagé depuis 40 pour la santé de la peau à travers les recherches, la création d’écoles et les études cliniques. En 2014, la découverte du microbiome cutané et ses interactions a marqué un tournant dans le domaine de la dermocosmétologie. Un concept totalement novateur sur lequel travaille depuis 2014 Pr Ag Brigitte Dreno qui mène ses recherches en partenariat des laboratoires La Roche Posay dans les domaines de la dermocosmétologie et de l’immuno-dermatologie.

Vous êtes spécialiste des thérapies cellulaires et génique et de l’acné, à quand remonte votre coopération aux recherches sur le microbiome au sein des laboratoires La Roche Posay ?

Notre coopération sur le microbiome a débuté en 2014 car très vite nous nous somme aperçus ensemble qu’il s’agit d’une cible essentielle pour les dermo-cosmétiques. Le Microbiote existe pour simplifier, c’est l’équivalent de la flore intestinale au niveau de la peau. On s’est aperçu que le macrobiote cutanée composé de bactéries, de virus et de parasites protégeait la barrière cutanée et assurait son intégrité et sa résistance face aux bactéries pathogènes. Ce nouvel « organe » à la surface de la peau interagit avec la barrière cutanée et lui permet de rester physiologique.

Quelles sont les découvertes physiopathologiques dans le domaine de l’immuno-dermatologie et dans l’acné ?

Au niveau de l’acné, trois acteurs agissent de concert :
– Les glandes sébacées qui ont, à leur surface, plusieurs récepteurs impliqués dans la production de sébum, des récepteurs au stress (substance neuroendocrine) et des récepteurs à l’alimentation (à la leptine et à l’Insuline Growth factor)
– La Propionibacterium acnes (P.acnes) qui se lie directement sur les kératinocytes du follicule et induit leur activation ainsi que la production de substance inflammatoires et qui est capable d’augmenter la prolifération des kératinocytes, de modifier leur différenciation de sorte qu’ils restent attachés entre eux et s’éliminent mal. La P. acnes agit sur les lésions inflammatoires et participe à la formation du comédon. Il interagit aussi avec le Staphylocoque pour une autorégulation mutuelle.
– Le microbiome : Dans l’acné, et c’est là un fait tout à fait nouveau, quand le microbiome perd de sa diversité (trop de P. acnés ou trop de staphylocoques), l’immunité innée ou immunité de l’inflammation primaire de la peau est activée. L’immunité secondaire est activée directement par l’action de la P. acnes sur nos cellules, mais le fait que le microbiote perde sa diversité et son équilibre provoque l’activation de l’immunité innée et le déclenchement de l’inflammation.

Quelles sont les implications thérapeutiques de ces découvertes ?

Elles sont de deux niveaux. Au niveau du médicament, il est important d’agir à la fois sur les lésions de rétention (comédons) et sur les lésions inflammatoires. Sur le plan de la dermocosmétique, lorsque la barrière cutanée est altérée, le microbiote ne fonctionne plus normalement et l’immunité innée inflammatoire est enclenchée. La dermocosmétique cible le microbiome pour maintenir l’intégrité de la barrière cutanée et éviter les effets secondaires des médicaments car plus le médicament topique ou systémique est puissant plus il y aura d’irritation et d’altération de la barrière cutanée. Même les dermocosmétiques peuvent contenir des principes actifs tels que le LHA (lipohydroxyacide) niacinamide, efficaces en cas d’acné minime.

Peut-on dire que les orientations thérapeutiques ont pour but la restauration et la protection du microbiome, plutôt que l’éradication de l’infection?

Dans l’acné qui est une maladie inflammatoire et dans ce contexte précis, la dermocosmétologie interviendra pour inhiber la prolifération de la P. acnes et empêcher qu’elle déclenche l’inflammation. D’autre part, les composants actifs tels que le LHA, qui aura un rôle d’exfoliation, évitera le développement du comédon et l’éliminera. Cela jouera également un rôle essentiel dans la réparation de la barrière cutanée donc dans la restauration et le maintien du microbiote cutané.

Quel rôle laissez-vous aux traitements antibiotiques de l’acné, topiques ou systémiques ?

Il n’y a plus d’indication à utiliser des antibiotiques topiques dans le traitement de l’acné. Il y a d’excellents dermocosmétiques tel que le peroxyde de benzoyle ou l’association peroxyde de benzoyle et rétinoïdes. Par ailleurs les cyclines gardent leurs places dans le traitement systémique, pas comme antibiotiques mais comme anti-inflammatoires, elles régulent l’immunité innée et freinent la séborrhée.

Ce domaine semble offrir d’innombrables applications cosmétiques, sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère de la microbio-dermocosmétique ?

La microbio-dermocosmétique est un concept intéressant. C’est effectivement une ère nouvelle qui commence. Prenant la tête de ce mouvement, les Laboratoires Roche-Posay ont travaillé à développer deux types de traitements locaux à partir de ces recherches qui sont les extraits de plantes peptides antimicrobiens et qui aident à diminuer l’inflammation et les régulateurs du microbiote tel que des probiotiques cutanées. Nous avançons vers une nouvelle approche du traitement de l’acné, basée sur le respect de l’équilibre du microbiome et, espérons-le, l’introduction de probiotiques et prébiotiques topiques ainsi que des peptides antimicrobiens. Ce domaine offre encore beaucoup de perspectives très intéressantes et la collaboration avec La Roche-Posay dans la recherche dermocosmétique a de beaux jours devant elle.

affiche La Roche Posay Effaclar duo

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