E-santé : cancer du sein et nanotechnologie

L’avenir de la santé et de la médecine est très souvent difficile à prévoir puisqu’il se trouve dans les nanotechnologies, la science de l’infiniment petit.

Cette science consiste à manipuler des matériaux comme l’or et la silice, afin de créer de nouvelles structures physiques ou moléculaires dont on pourra utiliser les propriétés. Cette technique s’applique à l’échelle moléculaire ou atomique, dont les dimensions sont moins du cent millième de la largeur d’un cheveu humain.  

Cette science en pleine expansion est pleine de promesses dans le combat d’une maladie de plus en plus répandue. « En Tunisie, 2.000 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués annuellement », a déclaré le Dr. Khaled Rahal, président de l’Association tunisienne d’assistance aux malades du cancer du sein (ATAMCS), qui organise le 3ème forum « La vie en rose ».

Actuellement, une grande partie des chercheurs des plus grands centres de recherche en nanotechnologies visent à développer certaines molécules afin de diagnostiquer mais aussi de traiter et même, pourquoi pas, prévenir le cancer. Le défi est, certes, ambitieux mais les résultats commencent à apparaître !

 

Skander Tajine

Des défis à relever 

 

Les médicaments détruisant le cancer, produits à l’aide de la nanotechnologie, sont offerts en Amérique du Nord depuis déjà plus de cinq ans et sont, de nos jours, facilement accessibles à l’ensemble des patients. D’après le docteur Stephen Grobmyer, cet exemple représente une infime partie des avantages que la nanotechnologie peut apporter au traitement du cancer du sein. Chirurgien spécialisé dans le cancer du sein, ce dernier applique la nanotechnologie à l’Université de Floride à Gainesville. Il est d’ailleurs l’un des pionniers dans l’application des résultats de la recherche scientifique et médicale dans le champ de la pratique clinique. 

« Ces médicaments constituent une avancée importante pour traiter le cancer », explique le docteur Steven Narod, directeur de l’unité de recherche familiale sur le cancer à l’Institut de recherche du Collège pour les femmes de Toronto, également détenteur de la chaire de recherche du Canada à l’Université de Toronto. Ces médicaments permettent d’effectuer une chimiothérapie mieux ciblée grâce à un revêtement particulier échappant aux attaques du système immunitaire ; ils permettent d’injecter la quantité précise de médicament dans les cellules cancéreuses, réduisant, par le fait même, les effets secondaires. « L’un des objectifs importants du traitement du cancer est la diminution des effets secondaires des médicaments actuels », ajoute le docteur Steven Narod.  

Mais la capacité des médecins à traiter de façon adéquate le cancer du sein repose sur la rapidité de sa détection. « Nous sommes dans une impasse avec la qualité actuelle des techniques d’imagerie, comme la mammographie et l’imagerie par résonnance magnétique, qui manquent de précision et nécessitent des biopsies invasives. Ce dont nous avons besoin est une découverte qui permette d’identifier avec précision le cancer, de façon sécuritaire et confortable pour les patients », explique le docteur Grobmyer. 

Dans le cadre des recherches sur les animaux, les chercheurs ont démontré que les nanoparticules injectées par seringue agissent comme des sondes imageuses pour détecter le cancer, en se fixant à certaines protéines des cellules cancéreuses. 

Mieux encore, les chercheurs démontrent que les produits de contraste utilisés en imagerie par nanoparticules, se déplaçant vers la tumeur et permettant ainsi de détecter le cancer, peuvent également permettre des thérapies non invasives. Lorsque ces nanoparticules sont introduites à l’intérieur d’une tumeur, les chercheurs peuvent les activer à distance à l’aide d’une lumière infrarouge, par exemple, pour détruire les cellules cancéreuses. 

« Lorsque nous aurons surmonté les défis de l’imagerie à l’aide de la nanotechnologie, il ne restera plus qu’à modifier légèrement les nanoparticules d’imagerie pour mettre en œuvre une thérapie de la tumeur », explique le docteur Grobmyer. Ainsi, les nanoparticules arriveront en un même temps à détecter et détruire les cellules cancéreuses du sein. 

Quand répondrons-nous aux défis de l’imagerie ? Le docteur Grobmyer pense que les nouvelles techniques seront en place d’ici cinq à dix ans.

 

Les espoirs de la recherche

 

D’après l’Alliance de la nanotechnologie contre le cancer de l’Institut américain du cancer, les découvertes suivantes devraient faire la différence dans le traitement du cancer du sein et devraient être disponibles au cours des cinq à dix prochaines années. 

En février 2011, l’Agence fédérale américaine aux produits alimentaires et pharmaceutiques annonçait son approbation pour le premier essai d’un traitement à base de nanotechnologie pour un mélanome cancéreux sur un humain. 

Plusieurs recherches sont en cours pour explorer un mode de traitement du cancer par nanotechnologie dans le futur mais voici les résultats les plus prometteurs.

Le pronostic : la plupart des femmes souffrant d’un cancer du sein doivent subir une chirurgie invasive visant à l’examen du nœud lymphoïde pour déterminer si le cancer s’est répandu, ce qui se conclut, dans la plupart des cas, par un résultat négatif. 

Le traitement d’un problème métastatique : « Depuis des années, nous recyclons les mêmes traitements contre le cancer mais nous avons réellement besoin d’en avoir de nouveaux », affirme le docteur Narod. Il poursuit, en expliquant que cela s’applique surtout aux cas où le cancer du sein s’est disséminé sous forme de métastases, un état pour lequel il existe peu de traitements curatifs et qui est la principale cause de décès pour ces patientes. Mais il existe, maintenant, un espoir et ce, sachant que les chercheurs de l’Université de l’Arkansas ont fait la preuve que les nanoparticules peuvent étiqueter les cellules des tumeurs au sein, celles qui causent le nouveau cancer, permettant de prendre des images, de les capturer et de les détruire sans pratiquer de chirurgie. « Cette percée représente un énorme potentiel pour identifier et traiter dès le début un cancer métastatique du sein », explique le docteur Grobmyer. 

La prévention : les diverses nanoparticules et nano-formules sont porteuses de promesses pour empêcher la croissance et la prolifération des cellules du cancer du sein. Au cours de plusieurs recherches effectuées sur des animaux, les nano-formules d’anti-estrogènes et les nanoparticules d’or utilisant des éléments phyto-chimiques extraits du thé vert ont démontré leur potentiel dans l’entrave de la croissance des cellules cancéreuses.

 

Et la sécurité ?

 

Avant que la nanotechnologie ne rende certains traitements disponibles, les chercheurs devront faire la preuve que les nanomatériaux ciblent, avant tout, la tumeur : la recherche actuelle doit surmonter les difficultés posées par le nombre élevé des variables et les propriétés des diverses nanoparticules étudiées. Ils devront également démontrer que ces matériaux sont éliminés par l’organisme en toute sécurité mais, selon le docteur Grobymer, ces obstacles seront surmontés au cours des trois à cinq prochaines années.  

Certains groupes prétendent qu’il n’y a pas assez de recherches sur les risques de la nanotechnologie pour la santé.

Projet sur les nanotechnologies émergentes est l’un de ces groupes à Washington D.C, ce dernier cherchant à identifier et solutionner le manque de connaissances sur la sécurité entourant la commercialisation de cette nouvelle science. Les gouvernements du Canada et des États-Unis travaillent tous deux à élaborer des règles de sécurité sur la production et l’utilisation de ces nouveaux matériaux. 

Le docteur Grobmyer ajoute que la médecine porte beaucoup d’attention à l’aspect sécuritaire dans l’élaboration des traitements à base de nanotechnologie. « Nous accumulons des matériaux et nous travaillons avec ceux dont nous connaissons la sécurité, ce qui est la meilleure façon de faire avancer rapidement les expérimentations sur les êtres humains.

Il demeure prioritaire que les découvertes se fassent rapidement et de façon sécuritaire », dit-il.

En tant que médecin traitant tous les jours avec des patients, le docteur Grobmyer se réjouit du potentiel de la nanotechnologie pour redéfinir les traitements et leur impact sur le cancer du sein au cours de la prochaine décennie : « Notre priorité est de trouver une nouvelle façon de traiter cette maladie. La nanotechnologie est définitivement très prometteuse à cet égard ».

Un résultat parfait est certainement l’un des objectifs des chercheurs en nanotechnologie : un jour, pas très lointain, une femme pourra obtenir un diagnostic, un traitement et une rémission grâce à un simple traitement d’une journée. Tous les espoirs sont permis !