Des neurones neufs tous les jours

Depuis quelques années, un axiome du monde de la neurologie continue de s’effriter : oui, il y a bien une production de neurones dans le cerveau humain tout au long de la vie. De nouvelles expériences, sur des personnes ayant été soumises à un environnement d’essais atomiques, apportent de nouvelles preuves scientifiques.
Ces études, menées en parallèle par Dr Jonas Frisén, de l’Institut Karolinska à Stockholm, et Dr Gerd Kempermann, chercheur au Centre pour les maladies neuro-dégénératives à Dresde en Allemagne (CRTD), ont permis de dénombrer environ 1.400 cellules générées, chaque jour, dans la partie du cerveau nommée hippocampe. « Pendant longtemps, on a pensé qu’il n’était pas possible de produire de nouveaux neurones après la naissance », rappelle J. Frisén. Or, de nombreuses personnes montrent les traces d’essais nucléaires de surface durant la guerre froide, identifiables avec le carbone 14. La nouvelle étude s’appuie sur les cerveaux de ces personnes décédées, les derniers essais en surface ayant eu lieu en 1963 (du fait du Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires). D’après les premiers résultats, il semblerait qu’un tiers de toutes les cellules de l’hippocampe soit renouvelé au cours de la vie, ce qui, pour Dr Gerd Kempermann est « plus que les scientifiques n’avaient jamais imaginé ». Cette découverte est porteuse d’espoir, en particulier concernant la faculté à améliorer les capacités cognitives d’individus adultes. Cependant, Dr Kempermann fait remarquer que l’apparition des nouvelles cellules a été détectée seulement dans l’hippocampe : « les neurones ne se déplacent pas et, à l’heure actuelle, on ne peut pas assurer que les cellules puissent, par exemple, régénérer des zones endommagées du cerveau ». Cependant, chez la souris, plus il y a eu de cellules nerveuses formées dans l’hippocampe, plus elles sont performantes au niveau cérébral, ce qui laisse envisager de futures thérapies.

La recherche fondamentale en médecine régénératrice, ainsi que son application clinique, sont le cœur des préoccupations du CRTD, qui a été récemment créé. Ainsi, un travail interdisciplinaire a lieu, permettant différentes collaborations du Centre avec des organismes extérieurs, tels que l’Institut Max-Planck sur la biologie cellulaire et la génétique, mais aussi le Centre Max Bergmann sur les biomatériaux ou encore le département clinique de l’hôpital universitaire Carl Gustav Carus, tous deux situés à Dresde. La sélection du CRTD pour faire partie du Centre allemand sur les maladies neuro-dégénératives (DZNE, Deutsches Zentrum für Neurodegenerative Erkrankungen) démontre l’implication de ce dernier dans les maladies neuronales, en particulier la maladie d’Alzheimer.