Au Danemark, en plein mois d’août, il peut bien pleuvoir… Ce ne sont pas quelques gouttes qui empêcheront ce peuple énergique et rôdé de se rendre vaillamment sur son lieu de travail et beaucoup – ça nous rend jaloux – le font à vélo. Pour accéder au lieu de production de l’entreprise Novo Nordisk, en pleine campagne, c’est pourtant en bus ou en voiture qu’il faut faire le trajet. Une trentaine de minutes suffisent pour atteindre le site de Hillerød sur l’un des sites principaux de l’industriel et fleuron de l’économie danoise qui produit, avec celui de Kalundborg, 50 % de l’insuline mondiale. Visite guidée…

De notre envoyée spéciale

Senda Baccar

Les visiteurs, comme tout le personnel, sont tenus de respecter les consignes de sécurité. Même si l’on parcourt les lieux du haut d’un couloir réservé qui surplombe certaines des salles de production, complètement isolées par ailleurs par de hautes vitres qui ne laissent même pas passer nos voix, les mesures strictes d’hygiène sont imposées. Coiffe, tablier, chaussons… Vous connaissez la musique ! C’est ce que l’on voit dans toute unité de production pharmaceutique. Au-delà, ce qui surprend et, avouons-le, impressionne, y compris les reporters pourtant rôdés que nous sommes, il est clair que la soixantaine de journalistes sélectionnés pour cette visite guidée n’était pas à son premier voyage de presse, c’est le haut degré de technicité dont on découvre l’essentiel à travers la visite.

Nous sommes à Hillerød, à 40 minutes à peine en voiture de Copenhague, capitale du Danemark. Comme chaque matin, 2.800 employés ont bravé les premiers frimas de l’hiver pour pénétrer l’unité de production de Novo Nordisk, la plus grande au monde avec un million de m2 couverts, l’équivalent de 140 terrains de foot ! Paradoxalement, elle a été construite dans le plus petit des pays scandinaves. De la fermentation de la levure à sa purification en passant par l’isolation de l’insuline, de la stérilisation au packaging en passant par la filtration et le remplissage, ce ne sont pas moins de 500 stylos injecteurs qui sont fabriqués toutes les minutes, couvrant 50 % de la consommation mondiale. Une production qui devrait doubler dans les dix prochaines années pour faire face au nombre grandissant de diabètes diagnostiqués, selon les prévisions alarmistes de l’IDF et autres experts internationaux.

Jusqu’au patient final, l’insuline produite par Novo Nordisk, leader mondial de la prise en charge du diabète, fait l’objet de toutes les attentions. Dans la patrie de la petite sirène, pays champion de la santé et du bien-être dont la population est la plus heureuse au monde, on ne badine pas avec la santé de ses citoyens. Pour Novo, l’enjeu est de faire parvenir au plus de monde possible son expertise, grâce à des stylos injecteurs haute précision dont la vie des patients diabétiques dépend, mais aussi sa connaissance des règles du mieux vivre à travers des mesures simples s’articulant essentiellement autour de l’hygiène de vie. Tout un programme…

La production des ingrédients actifs est exclusivement réalisée au Danemark, en particulier les opérations délicates de fermentation et de purification. Mais il existe plusieurs centres délocalisés dans le monde pour la production, le remplissage, l’assemblage ou encore le packaging du produit fini, notamment en Chine, au Japon, aux USA ou encore, pas loin d’ici, en Algérie (lire interview Mike Doustdar).

L’enjeu réside, ainsi que le fait clairement remarquer Lars Rebien Sørensen, PDG de Novo Nordisk, dans une connaissance, la plus large possible, du diabète afin d’inverser cette règle ou « loi des moitiés » qui veut que la moitié des diabétiques ne soient pas dépistés ! Réaffirmant le leitmotiv de son entreprise, changer et sauver la vie des diabétiques, il tient, trente ans après encore et toujours, à maintenir ce lien extrêmement fort entre les patients et son entreprise.

Comme le promet Lars Iversen, Corporate vice president R&D de Novo Nordisk, « depuis maintenant 90 ans, nous sommes à la recherche du ‘Holy Grail’ ». Plusieurs recherches sur l’avenir du GLP 1, sur les associations, d’autres formes, etc. sont en cours avec des défis autour des nouveaux traitements oraux. L’entreprise danoise n’a pas fini de nous étonner, ni de grandir.

Kalundborg… en chiffres

Le site de production, véritable pierre angulaire du danois Novo Nordisk, est le plus grand du monde avec ses installations construites sur 1.000.000 m2 accueillant 2.800 employés, dont pas moins de 500 ingénieurs pour produire 50 % de l’insuline vendue dans le monde.

Avec 1.600 nouveaux postes créés entre 2000 et 2014, l’entreprise affirme son leadership et sa bonne santé. 250 autres postes auront été ouverts cette année.

Mais c’est aussi, et avant tout, 24 millions de patients dans le monde qui en utilisent les produits et comptent sur cela pour l’amélioration et le contrôle de leur diabète. Une responsabilité qui pèse sur les épaules de chaque employé et qui s’affiche sur les immenses panneaux qui le leur rappellent au quotidien.

Mike Doustdar Vice Président des opérations internationales de Novo Nordisk

Les marchés émergents : points communs et différences

Nommé à la tête des opérations internationales, c’est depuis Zürich qu’officie l’Exécutive vice président sur lequel le développement à l’international repose. De Bogota à Rio, d’Alger à Tunis, d’Islamabad au Caire, Mike Doustdar dirige le groupe Novo Nordisk dans les pays du monde les plus touchés par le diabète.

Depuis votre nomination, quels ont été les principaux changements dans la politique de développement de Novo Nordisk dans les pays émergents ? Quelles grandes mesures avez-vous prises ?

Sur les deux dernières années, j’ai pu constater une véritable hémorragie des capitaux dans les pays émergents. Les résultats ne sont plus aussi performants que deux ou trois ans en arrière. La chute tant des prix du pétrole que des matières premières a accentué ce phénomène. Cela n’a pas aidé les marchés émergents. Alors que, d’un autre côté, il s’agit des pays qui comprennent le plus de diabétiques au monde avec le triste chiffre de 209 millions de personnes atteintes et ces chiffres ne cessent de croître. C’est pourquoi notre stratégie ne change pas beaucoup. On se colle aux besoins des patients sans se préoccuper des fluctuations des places financières ! D’ailleurs, ces deux dernières années nous avons lancé nos solutions les plus innovantes dans ces pays.

En tant que Vice Président des opérations internationales de Novo Nordisk, vous bénéficiez d’une vue globale sur le diabète dans le monde. De Dubaï à Mexico, en passant par Tunis, quelles sont les différences notoires entre les pays émergents dont vous avez la charge ?

J’aimerais d’abord et surtout parler des points communs. Que ce soit au Mexique, en Algérie, en Colombie ou en Tunisie, la population diabétique souffre du manque de médecins, de prise de conscience, de mauvaise prise en charge… C’est ce qui unit ces pays. En revanche, c’est au niveau des systèmes de santé que l’on peut noter des différences. Certains de ces pays proposent en effet une bonne couverture sociale de la population. Ou encore, par exemple le Brésil, des pays qui prennent entièrement en charge l’accès aux soins. Tandis que dans d’autres pays, les gens sont obligés de prendre financièrement en charge leurs soins de santé, comme en Inde. Il existe de grandes disparités selon que le pays offre une couverture sociale, voire un contrôle global des soins, ou que les citoyens soient livrés à eux mêmes. Il est clair que les premiers auront plus de chance d’accéder aux plus innovantes solutions de prise en charge de leur diabète.

Avez-vous pu concrétiser votre stratégie de développement sur le continent africain à travers la fabrication locale, avec des partenaires nationaux éventuellement, de l’insuline ?

Tout à fait. Dans votre région, déjà, nous avons mis en place des unités locales de production, notamment en Algérie où nous planifions déjà d’importants développements futurs. Nous prospectons également en Egypte. Pour l’instant c’est tout concernant le continent africain. Compte tenu de l’économie de marchés, nous sommes aujourd’hui capables de fabriquer ici des produits à des prix abordables.

Nous avons choisi, il est vrai, de nous installer sur des marchés importants, tout d’abord afin d’offrir au plus grand nombre de patients nos produits aux prix les plus bas possibles. Evidemment il faut produire de la manière la plus économique possible. Pour être franc, la solution la plus économique est de produire au Danemark où nous disposons de la plus grande unité de production au monde et donc où nous pouvons réaliser des économies d’échelle. Cela coûtera moins cher aux Tunisiens, par exemple, d’acheter notre produit importé que de l’élaborer en Tunisie. C’est plutôt pour des questions légales et réglementaires que nous prenons la décision d’implanter des unités dans d’autres pays, en tenant compte, bien sûr, du volume des marchés.

Ces unités pourraient-elles servir de plateforme et les produits qui en seront issus seront-ils exportés vers les pays de la région ?

En Egypte, nous sommes encore en phase de prospection. Concernant l’Algérie, nous y produisons des comprimés de Metformine et nous sommes effectivement en discussion pour exporter vers certains pays africains. En revanche, la production d’insuline est réservée exclusivement au marché algérien.

Pensez-vous que les gouvernements ont une véritable vision contre le diabète ? Comment une entreprise citoyenne comme Novo Nordisk peut-elle s’inscrire dans le soutien des Etats et/ou des associations locales de patients pour lutter contre le diabète ?

Dans tous ces pays que je visite régulièrement et où je rencontre divers représentants officiels du gouvernement, une nette prise de conscience est en train de se faire et ils s’inscrivent dans une démarche de lutte contre le diabète. Ils réalisent bien que les complications du diabète peuvent coûter cher à la société, mettant en jeu la capacité de travailler, la productivité des populations. Quant aux associations de patients, elles jouent un rôle essentiel et privilégié dans les changements de politique et l’élaboration de programmes. Personne ne peut avoir une voix plus haute que celle des diabétiques eux mêmes. Novo Nordisk s’engage auprès des associations de patients afin que la prise de conscience autour du diabète s’accentue.

Sir Michael Hirst : L’action au delà des paroles

Il n’est pas venu en kilt mais le cœur y était. Le parlementaire écossais, dont les bancs de l’Assemblée n’ont pas entamé d’un iota la fougue et l’enthousiasme, sait de quoi il parle.

C’est lorsque l’un de ses enfants, alors âgé de 5 ans, est diagnostiqué diabétique de type 1 qu’il entame avec son épouse un chemin de croix qui l’a mené à présider aux destinées de la Fédération internationale de diabète.

Comme d’autres parents, il prend rapidement conscience des lacunes dans les solutions de traitement proposées et les soins prodigués. Il profite de sa position de parlementaire pour livrer un combat, celui de sa vie, au Royaume Uni mais aussi dans tous les pays où les enfants défavorisés n’ont pas accès aux traitements les plus basiques. C’est grâce à son action menée tambour battant avec le premier ministre que les premières seringues d’insuline à usage unique, ainsi que les bandelettes de test, sont mises à la disposition du plus grand nombre.

Selon lui, les media jouent un rôle vital pour une meilleure connaissance du diabète de la part du grand public afin de lutter contre sa survenance et, postérieurement, de maîtriser le traitement et contrôler son diabète. En particulier dans nos pays qui souffrent d’une prévalence galopante, 9.7 % avec 37 millions de diabétiques et 48,6 non diagnostiqués, 5.1 % en Afrique et 62,5 non diagnostiqués.

Et ce chiffre, ce pronostic effrayant aujourd’hui par les experts qui le brandissent comme un cri d’alarme : 387 millions de diabétiques en 2014 et 205 millions de plus qui devraient rejoindre ce sinistre cercle (bleu).

Toutes les 3 secondes une personne vient rejoindre les rangs des diabétiques dans le monde. Toutes les 6 secondes… une personne meurt de ses complications ! Toutes les 20 secondes, un diabétique perd un membre !

Et cet autre information qu’ils assènent : un diabétique sur deux ignore qu’il est malade ! Du pain sur la planche, y compris pour les programmes mis en place avec les partenaires historiques d’IDF, notamment Novo Nordisk.

Mais c’est ce qu’il appelle le « tsunami » du diabète, prévu pour 2035, qui l’inquiète le plus. Avec son train de complications, crise cardiaque, cécité, amputation, AVC, insuffisance rénale, le diabète n’est pas « qu’une » question de santé mais aussi un problème économique, sachant que 86 % des jeunes adultes diabétiques vivent dans des pays à moyens ou bas revenus.

C’est ce qui pousse IDF à se mobiliser avec des activités de lobbying au niveau international afin que le diabète et les maladies non transmissibles soient pris en compte dans l’agenda politique mondial, en particulier la réduction de 25 % des morts prématurées causées par ces maladies non transmissibles. Les parlements sont l’un des vecteurs importants de ces messages de santé. Dans une démocratie naissante comme celle de notre pays, les députés peuvent jouer ce rôle. L’un des programmes d’IDF, Parliamentarians for diabete global network, est ainsi venu s’ajouter aux autres programmes de l’ONG tels que Young leaders in diabete ou encore Kids and diabete in School, afin de sensibiliser les enfants sur la prévention, en collaboration avec Sanofi.

Pour Life for a child aide humanitaire un enfant de type 1 doit être soigné en 2015, avec toutes nos ressources on ne peut accepter la mort d’un enfant parce que pas d’accès à l’insuline faute de moyens.

Rendez-vous est déjà pris le 30 novembre 2015 à Vancouver où se tiendra le congrès mondial qui tentera, encore une fois, de se donner les moyens d’endiguer une épidémie globale qui frappe fort les pays émergents qui abritent 80 % des diabétiques. En attendant, pour en savoir plus, à lire absolument la 7ème édition de l’Atlas du diabète 2015.Intégrant les règles environnementales établies au niveau national et mondial, en accord notamment avec le UN global compact, les unités s’imposent une green attitude qui porte ses fruits grâce au travail sans relâche de l’équipe de Dorethe Nielsen Senior Director, Corporate Environmental Management. Si les ventes ont quasi quadruplé, la consommation d’eau ou la production de gaz carbonique ou encore de déchets sont restées stables, ne suivant pas la courbe montante des ventes. Des règles qui s’appliquent également au niveau mondial dans les unités chinoise, brésilienne ou encore française. A Tianjin, l’usine a bénéficié de 37 % de réduction de la consommation électrique par rapport à l’unité danoise pour une production équivalente.

Un exemple frappant : tout l’argent économisé aujourd’hui par Novo Nordisk est investi dans l’achat d’électricité verte essentiellement produite par des éoliennes, afin d’atteindre un objectif. Quant aux inévitables déchets, 60.000 tonnes sont réhabilitées afin de produire du biogaz qui servira, dans un futur proche, à chauffer 2.000 foyers danois.

Dorethe Nielsen : The woman in green

Qui sème le vent récolte l’électricité. Telle est la loi qui régit le business, certes florissant, de la production d’insuline mais avec des règles de conduite strictes, tant au point de vue social qu’environnemental, et de manière responsable.

Intégrant les règles environnementales établies au niveau national et mondial, en accord notamment avec le UN global compact, les unités s’imposent une green attitude qui porte ses fruits grâce au travail sans relâche de l’équipe de Dorethe Nielsen Senior Director, Corporate Environmental Management. Si les ventes ont quasi quadruplé, la consommation d’eau ou la production de gaz carbonique ou encore de déchets sont restées stables, ne suivant pas la courbe montante des ventes. Des règles qui s’appliquent également au niveau mondial dans les unités chinoise, brésilienne ou encore française. A Tianjin, l’usine a bénéficié de 37 % de réduction de la consommation électrique par rapport à l’unité danoise pour une production équivalente.

Un exemple frappant : tout l’argent économisé aujourd’hui par Novo Nordisk est investi dans l’achat d’électricité verte essentiellement produite par des éoliennes, afin d’atteindre un objectif. Quant aux inévitables déchets, 60.000 tonnes sont réhabilitées afin de produire du biogaz qui servira, dans un futur proche, à chauffer 2.000 foyers danois.