Journée scientifique des médecins omnipraticiens : OMNIPRAT Info 7

La septième édition de la journée scientifique des médecins omnipraticiens dénommée OMNIPRAT Info 7, s’est tenue le 1er mai 2014 à l’hôtel Regency de Gammarth. Cette rencontre annuelle des médecins généralistes a reçu la participation de différents professionnels du métier, venus de plusieurs villes de la Tunisie, de l’Europe, voire d’Afrique. L’organisateur de cette journée, le Docteur Hichem ZIDI, a placé cette  rencontre des omnipraticiens  sous la bannière  de recommandations et consensus. Partant, divers sujets ont fait l’objet de communications interactives entre les orateurs et les participants, notamment la vie affective et sexualité du sujet âgé, la prise en charge de la céphalée par  le médecin généraliste, les addictions aux substances illicites en Tunisie. En sus de ces communications enrichissantes, une exposition de peinture et une cantatrice soprano étaient au rendez-vous.

Amidou Traoré

Omniprat est le résultat de beaucoup de réflexions, a laissé entendre l’organisateur. Cette journée s’est  ainsi  fixé comme objectif de contribuer à la mise à jour des généralistes pour que la démarche soit en phase avec les spécialistes, afin d’améliorer la prise en charge des patients. La place du médecin généraliste est déterminante, car il effectue une démarche à la fois de diagnostic et thérapeutique. Pour assurer une bonne prise en charge aux malades, le généraliste doit avoir une connaissance de  ce qui se passe.

Le choix des communicateurs et du programme s’est  donc  fondé sur cette dernière priorité. Par ailleurs, cette journée s’est voulu  le carrefour de la médecine  ainsi que de l’art  et, subséquemment, il a y eu une exposition de peinture de très haut niveau.

Outre le volet exposition, le caractère mixte, à savoir scientifique et artistique, a été confirmé par la présence de la cantatrice soprano Fontanella, une Italo-suisse, venue spécialement pour la journée.

Elle a été accompagnée par la pianiste Toyoka Azaiz. Ce beau mélange a fait de Omniprat info 7 une réussite et un véritable espace de réconciliation de la médecine et l’art.

Le montant de la participation  à cet événement s’élevait à juste à « un sourire ou une rose ». Ce message d’amour et de partage que l’on pouvait lire sur les affiches, a été l’un des principes fondateurs de ce grand rendez-vous des médecins généralistes. 

Dr Yousri El Kissi

Psychiatre et sexologue, maître de conférences agrégé à la Faculté de médecine de Sousse et au service de psychiatrie du CHU Farhat Hached

« L’on ne devient pas asexué en vieillissant »,  c’est par ces mots que Dr Yousri a introduit cette communication. Il y a, certes, une réduction de l’intérêt et des capacités, chez le sujet âgé, mais l’activité sexuelle reste possible. Cependant, cette activité dépend de plusieurs facteurs, à savoir  le statut du sujet, le lieu de vie, l’existence d’un éventuel handicap. Elle peut, d’autre part, subir plusieurs modifications. Les troubles de la fonction sexuelle sont difficilement évoqués et, par conséquent, il devient difficile de trouver de l’aide et de l’écoute.

Cette situation serait due à l’embarras, à la honte de la personne âgée avec une image dévalorisée du corps vieilli, au regard négatif de la société et de l’entourage, ainsi qu’à la méconnaissance de ce domaine par les soignants. Avec le vieillissement, la morphologie change. Il devient difficile, pour un sujet âgé, d’avoir des relations sexuelles au sens de la compétence génitale. Ces personnes âgées sont, pour la plupart, confrontées à des pathologies chirurgicales, mutilantes, arthrose, maladies chroniques, douleurs et maladies mentales, telles que l’Alzheimer ou la dépression, les exposant, à leur tour, à des étiologies iatrogènes. Outre la morphologie qui change, le rapport au corps est également concerné. Le sujet âgé ne désinvestit pas son corps  mais  la qualité de l’investissement est différente. Il le tient tourné vers soi, hors du champ du relationnel. La différence entre l’homme et la femme est qu’avec la ménopause, la femme subit une cascade de pertes, donc se trouve mieux préparée à son vieillissement. L’homme est  moins bousculé. Les changements sont progressifs  et donc déniés ou dramatisés. 

 

Le mental et le social

 

Chez le sujet âgé, il y a une rigidité des mécanismes mentaux, ce qui va entraîner une diminution de souplesse. La survenue de pertes et une anticipation de la mort sont fréquentes. L’on rencontre, également, chez ces personnes le repli et l’isolement. Sur le plan social, l’isolement devient encore plus important, car avec le départ des  enfants (nid vide), la retraite, la perte des proches, le sujet âgé est de plus en plus seul. Tout se fait donc en termes de diminution et de perte,  d’où l’intérêt de reconvertir ses pôles d’intérêts pour survivre.

 

Impact sur la réponse sexuelle

 

Chez l’homme, Les modifications anatomiques liées à l’âge sont limitées. Il subit la transformation des corps caverneux et spongieux  ainsi que la perte de la souplesse des vaisseaux. Bien qu’on parle d’andropause, ou déficit androgénique lié à l’âge (DALA), la sécrétion d’androgènes ne s’arrête pas. Celle-ci diminue (1 à 2 % par an) pour atteindre à 75 ans 60 % du taux moyen à 25 ans. Les réactions sexuelles se modifient  progressivement. L’érection  est plus lente à obtenir et à maintenir. L’éjaculation est moins pressante et plus lente à survenir. Elle est moins sthénique. La sensation orgasmique est émoussée. La période réfractaire est plus longue. Il faut  plusieurs jours à plusieurs semaines. Aucune de ces modifications n’est de nature à compromettre la sexualité d’un homme, à condition qu’il les sache normales et qu’il y adapte ses attentes, voire ses comportements. Chez la femme, la modification des organes sexuels survient après la ménopause. Les seins présentent une ptose avec une réduction du tissu mammaire. Le périnée et la vulve observent un relâchement des muscles, ainsi qu’une légère fonte des lèvres. Le clitoris devient plus saillant  sans modification de sa réaction. Le corps utérin involue avec douleurs lors de son élévation au cours de l’orgasme. Le vagin involue également avec un rétrécissement, un  amincissement des parois et une  diminution de son élasticité. En cas d’absence d’activité sexuelle, il présente un raccourcissement et des cloisonnements qui  empêchent la pénétration. La lubrification est moins importante et plus lente à obtenir, ce qui entraîne des douleurs et une absence d’orgasme. Par contre, ces modifications ralentissent et réduisent la réponse sexuelle sans l’empêcher.

 

Pour le couple

 

Avec l’âge, il devient parfois difficile d’avoir des relations satisfaisantes, surtout avec l’altération de la compétence génitale  et la réduction de la mobilité qui facilite les rencontres. Quelle place peut avoir le conjoint dans cette dynamique du vieillissement et que va-t-il pouvoir représenter ? Sur quelles bases se maintient un couple qui vieillit ?

 

L’amour des sujets âgés

 

Le divorce est moins fréquent chez les personnes âgées du fait de la réduction du niveau de stress. Il y a, chez ces sujets, moins d’infidélités conjugales, moins d’enjeux professionnels, et moins de tâches quotidiennes. Cependant, le couple âgé est confronté à d’autres difficultés telles que les problèmes financiers, l’isolement social etc. Lorsque l’âge est avancé,  plusieurs menaces sont présentes chez ces personnes. On peut citer, entre autres, les carences hormonales et problèmes de santé, l’aggravation des problèmes préexistants, les règlements de compte tardifs, la réduction des échanges (loisirs, sorties…), le changement des goûts et des passions qui deviennent source de conflits, la perte des repères de la vie au quotidien, la perte de souplesse  et donc de  moins d’adaptation, même de respect pour les libertés de chacun. Parfois, chez certains, le départ des enfants est un soulagement, car ceci constitue la disparition d’une responsabilité quotidienne, la possibilité de s’adonner à des activités communes. Mais aussi, quand l’un des partenaires est malade, l’autre le soigne et se sent, de ce fait, valorisé  et plus proche. Ceci est surtout vrai pour les couples solides qui avaient un bon niveau antérieur d’entente et de communication. Souvent, l’avancée en âge altère une relation déjà précaire, basée uniquement sur les enfants et la gestion du quotidien.

 

Vie sexuelle et affective du sujet âgé

 

Les sujets âgés sont des êtres sexuels. Les relations avec pénétration sont moins fréquentes et moins intenses ou inexistantes. Mais ils peuvent, cependant, jouir de leur sexualité. Le maintien d’une activité sexuelle présente un double bénéfice physique et psychologique pour le sujet âgé. Il existe, en effet, un taux de morbidité physique plus élevé que la moyenne chez les hommes de plus de 70 ans ayant cessé leur activité sexuelle depuis plusieurs années. De même, les sujets âgés ayant une activité sexuelle préservent leurs fonctions intellectuelles dans de meilleures conditions que les sujets sans activité sexuelle. Les problèmes de santé sont le facteur limitant le plus important dans la sexualité des personnes âgées. Ces problèmes se traduisent en général par des douleurs et la  réduction de la mobilité, les maladies chroniques (HTA, diabète, dépression…),  la prise de médicaments, ainsi que la présence de dysfonctions sexuelles. D’autre part, sur le plan social, même si la sexualité reste possible, les familles, voire la société, la jugent mal et la nient. Les sujets âgés sont regardés d’abord comme des « vieux », car la classe d’âge à laquelle ils appartiennent prend le pas sur leur « identité en tant qu’êtres sexuels ». Souvent, leur besoin d’intimité est nié. A un âge avancé, le but d’une relation de couple n’est plus seulement la satisfaction génitale, mais la satisfaction globale. La dimension fantasmatique du désir masculin devient moins présente, mais la stimulation tactile est toujours réelle. Dans leur jeunesse, le désir conduisait les hommes à l’amour. Mais avec  l’âge, c’est l’amour qui guidera leur désir. Ceci sera plus facile si la relation de couple était déjà de bonne qualité, c’est le principe de continuité. En vieillissant, la relation de couple reste proportionnelle à ce qu’elle fût dans la jeunesse. Si un couple a une relation harmonieuse, il conservera ce potentiel jusqu’à un âge avancé. Cet aspect est souvent non retrouvé chez les hommes tunisiens. Dans beaucoup de situations, le couple âgé peut «profiter » de son vieillissement. Ainsi, quand l’activité sexuelle existe, elle peut être de meilleure qualité. Ils mettent plus de temps à atteindre l’orgasme. Quand ils échappent à la routine, ils retrouvent une grande complicité. L’amour se transforme, alors, en une amitié amoureuse. Selon Schneider : « A partir de 65 ans, la tendresse et la satisfaction sont plus importantes que le coït ».

 

Les troubles sexuels en cas de consultation

 

Chez l’homme, la fréquence des troubles sexuels augmente avec l’âge et surtout après 50 ans. Il s’agit principalement des troubles du désir et des troubles de l’érection, chez 50 % des hommes de 40-70 ans, qui sont le principal motif de consultation. Chez la femme les modifications hormonales  induisent une baisse du désir, des dyspareunies et des troubles de l’orgasme. Il existe, cependant, des différences entre l’homme et femmes. Ainsi, après 50 ans, l’érection nécessite un contexte érotique et relationnel favorable. Ainsi, l’homme peut être inhibé par la non réactivité de la partenaire et le manque de stimulation. Par ailleurs, la peur de l’échec l’incite à réduire les préliminaires. Cette situation  augmente l’insatisfaction de la femme. La mésentente sexuelle s’installe alors et s’entretient pour les deux.

 

Mesures thérapeutiques générales

 

Dans le cadre d’une psychothérapie individuelle ou de couple, il faut rassurer et informer sur les changements sexuels, ainsi que les relationnels dus au vieillissement. En outre, il faut adapter le fonctionnement aux « nouvelles normes » et tenter de résoudre les problèmes relationnels (communication). De même, certains conseils pratiques peuvent être utiles,  tels que l’expérimentation de nouvelles positions sexuelles et de nouveaux modes d’excitation. Les femmes  peuvent aussi bénéficier de l’hormonothérapie substitutive et des lubrifiants.

 

Traitement des dysfonctions érectiles : les IPDE-5

 

Les inhibiteurs de la phospohodiestérase de type 5 ont réalisé un progrès majeur dans la gestion des dysfonctions érectiles, ce qui a favorisé l’amélioration chez plus de 70 % des hommes. L’efficacité de ces produits nécessite l’observance de certaines règles d’utilisation. Il s’agit  de  la stimulation sexuelle active, la prise plus de 2 heures après le dernier repas et un intervalle de  1 à 4 heures entre la prise et début de l’acte. Si le résultat est insuffisant, on recommande d’augmenter la dose au maximum et de répéter les essais au moins 4 fois à dose maximale. Il y a une tolérance prouvée dans l’utilisation de ces médicaments.

Il n’y a pas d’impact cardiovasculaire cliniquement significatif (études longitudinales). Il existe, comme autres effets secondaires, et dans 10 à 15 % des cas, de céphalées, un flushing, et une augmentation des secrétions. La seule contre-indication absolue est l’association avec les dérivés nitrés. En précautions d’emploi, il n’est pas conseillé de prendre les IPDE-5 avec des  médicaments hypotenseurs, ou dans le cas d’accidents vasculaires récents (IDM, AVC). 

En conclusion, vieillir n’est pas une déchéance mais, un mouvement naturel de la vie. Le vieillissement n’empêche pas la sexualité,  mais la sexualité doit suivre le vieillissement pour passer du corps à l’esprit sans pour autant délaisser le corps.

La peinture et la médecine

Pour respecter sa tradition, la journée des praticiens généralistes était également représentée par des tableaux. Ainsi, à coté des débats scientifiques, était organisée une exposition en collaboration avec le centre culturel italien. Les œuvres ont été présentées par des peintres tunisiens et italiens connus, comme Kaouther Bouzaine, Sylvain Montéléone, Néjib Znaidi, Olfa Affess, Fadoua Gargouri, Amel Badri, Pascal Lioni, Thouraya Hammouda, Béchir Fekih.

Les exposants  ont montré la peinture et leurs différents styles artistiques aux médecins.  Et ceci, pour leur rappeler qu’il n’y a pas de frontière entre ces deux métiers. « Notre participation à cette manifestation est de faire cohabiter l’art et la médecine », a laissé entendre Kaouther Bouzaine, commissaire de l’évènement, avant d’ajouter qu’un médecin est aussi un artiste. Elle explique que de façon générale les congrès de médecins se passent juste dans un contexte scientifique et médical. Par conséquent, cette exposition de peinture fait de Omniprat un espace d’échange artistique et médical ; puis de conclure que lorsqu’un chirurgien prend un bistouri pour un acte chirurgical, il ne l’utilisera pas n’importe comment. Le chirurgien est un véritable artiste, car la manipulation d’un tel instrument relève de l’art !

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