Principales causes de mortalité : Pathalogie chronique non infectieuses

Invité par l’Institut français à Tunis, Pierre Jouannet, professeur à l’université Paris V, vice-président du Comité médical et scientifique de l’Agence de biomédecine, a donné une conférence à l’Institut Pasteur intitulée : «Les effets de l’environnement sur la santé : rôle des substances chimiques et des perturbateurs endocriniens».

Nacer Ould Mammar

Le Pr Jouannet a principalement expliqué que les pathologies chroniques non infectieuses sont les maladies les plus fréquentes et la cause principale des décès dans le monde. « Chez l’adulte, les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète et l’obésité, ainsi que les maladies auto-immunes et les allergies, sont de plus en plus fréquentes », a-t-il noté. Il cite en exemple les statistiques de l’OMS, qui estimait qu’un milliard et demi de personnes de plus de 20 ans étaient en surpoids et 500 millions étaient obèses en 2008.
Par ailleurs, et selon le conférencier, les signes d’alerte se multiplient, suggérant une altération de la production des cellules sexuelles et une augmentation des pathologies génitales chez l’homme et chez la femme. « Si, ajoute-t-il, les causes génétiques des maladies ne peuvent être ignorées, le fait que des facteurs environnementaux puissent être aussi responsables des altérations de la santé humaine est une hypothèse de plus en plus souvent évoquée ». Celle-ci, argue le Pr Jouannet, s’appuie sur des observations faites sur la faune sauvage, où le même type de pathologies peut se manifester, mais aussi sur des études épidémiologiques, toxicologiques et expérimentales, démontrant les effets de tel ou tel facteur présent dans l’environnement. Parmi les facteurs suspectés, « les produits chimiques fabriqués par l’homme, notamment ceux agissant comme des perturbateurs endocriniens, sont en première ligne », selon lui. « En effet, de très nombreux travaux scientifiques indiquent que les substances interférant avec la régulation hormonale des fonctions corporelles peuvent provoquer les perturbations observées. Les données les plus significatives concernent les troubles du métabolisme, les cancers et les fonctions de la reproduction », a-t-il encore ajouté. Et de s’interroger sur le fait que tous les produits chimiques, notamment les perturbateurs endocriniens, soient des toxiques qu’il conviendrait d’éliminer ajoutant que, si pour certains produits, comme le Bisphénol A, les connaissances sont suffisantes pour recommander leur interdiction,  « les effets et les mécanismes d’action de la plupart des substances restent mal connus. Cependant, a-t-il précisé, les résultats obtenus à la suite de travaux scientifiques ont mis en évidence deux propriétés particulières des perturbateurs endocriniens : d’une part, il n’y a pas toujours de relation entre la dose et l’effet, de faibles doses pouvant se révéler plus toxiques que des doses élevées, d’autre part, ces effets peuvent se manifester à distance. Une exposition du fœtus pendant la grossesse, par exemple, peut être responsable de pathologies à l’âge adulte ou même au niveau des générations suivantes ».

Il conclut : « Aujourd’hui, si la poursuite des recherches est nécessaire pour mieux comprendre les effets et les mécanismes d’action des facteurs liés à notre environnement, à nos conditions de travail et de vie sur la santé humaine, si des progrès doivent être faits pour mieux mesurer les effets toxiques de substances présentes dans l’environnement, des mesures pourraient être prises pour mieux prévenir les risques induits par l’exposition à ses substances quand ils sont connus, notamment chez les personnes les plus vulnérables comme les femmes enceintes ».