Monastir a accueilli le deuxième congrès national de la Société Tunisienne de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent sous le thème « Des recommandations au contexte : quelles pratiques ? » avec la présence de nombreux participants de Belgique, du Maroc, de France et du Canada. Ce congrès s’est voulu ouvert, éclectique et rassembleur, pour échanger les expertises et les nouveautés dans les différents domaines liés à la santé mentale des mineurs.

Amel Dhaouadi

Le comité d’organisation présidé par Pr Ag Naoufel Gaddour était composé du bureau et des membres de la STPEA, avec la collaboration de la Faculté de Médecine de Monastir ; de la Société tunisienne de psychiatrie, de l’association Jeune Psy, de l’association des pédopsychiatres du centre, l’association des Pédiatres de Paris-Monastir et le service de psychiatrie du CHU Fatouma Bourguiba de Monastir.
Le congrès s’est déroulé sur 3 jours devant une assistance hétérogène composée de spécialistes dans différents domaines :Linguistes, juristes, médecins scolaires éducateurs, délégués à l’enfance et professeurs d’écoles, pédiatres, psychiatres et pédopsychiatres réunis par le souci de promouvoir la pédopsychiatrie et d’apporter un regard scientifique sur les pratiques en matière d’éducation et de santé mentale des enfants et des adolescents. Les actualités et les et les avancées thérapeutiques, ainsi l’apport des neurosciences dans la pratique pédopsychiatriques ont également fait partie du programme scientifique et des posters.
Quatre grands ateliers de formation ont inauguré les travaux du congrès.
L’atelier de la re-médiation cognitive a traité des stratégies d’intervention dans l’amélioration des fonctions cognitives déficitaires et son application à la pédopsychiatrie dans le cadre du Trouble Déficit de l’Attention hyperactivité et le trouble du Spectre Autistique. Le deuxième atelier portait sur l’importance de l’éducation sexuelle structurée impliquant l’éducateur et l’adolescent. Le rôle bénéfique du sommeil dans l’acquisition du langage, et ses répercussions sur la plasticité neuronale et les particularités linguistique de l’autisme ont fait l’objet d’un troisième atelier. Le dernier a porté sur les troubles envahissants du développement et le bilan sensori–moteur.
S’en suivirent différentes sessions traitant des grands axes de la pédopsychiatrie :
– La parentalité éprouvée dans sa pluralité face aux mutations sociales; par le Professeur Rym Rafrafi, psychiatre au CHU Mongi Slim La Marsa.
– La prévention des conduites à risques et les stratégies face aux problèmes addictifs en particulier par Dr Hela Ouennich, pédopsychiatre et chef de projet des Life Skills en Tunisie expérience parrainé par le ministère de la santé et l’UNICEF
– Le langage pragmatique était le thème de la conférence de Mikhaïl Kissine, linguiste et chercheur dans le domaine de l’autisme
– Les actualités thérapeutiques dans le traitement du trouble anxieux. Par le professeur Sami Othman
– Les conduites devant les troubles de neuro-développementpar Pr Ag Soumaya Hlayem et PrAg Hichem Salma.
Les tables rondes ont été les moments forts du congrès. La première portant sur la «Santé mentale de l’enfant et de l’adolescent à l’épreuve de la loi » a réuni des pédopsychiatre, et des intervenants dans la protection de l’enfance, des magistrats et des légistes pour débattre, des pratiques en cas de violence à l’égard des enfants, de l’obligation de signalement, et de l’expertise pédopsychiatrique. La deuxième a traité l’apport et les recommandations de la pédopsychiatrie sur la réforme de l’éducation.
Membre du comité d’organisation du congrès Dr Ons Nouira a souligné l’importance de cette rencontre, dont l’objectif était de réunir un groupe hétérogène composé de pédopsychiatre du secteur privé ou hospitalo-universitaire, mais aussi des représentants des fonctions associées : ergothérapeutes, orthophonistes, éducateurs et psychologues pour aborder les problématiques que rencontre la pédopsychiatrie actuellement.

Ouvrir la voie à la pédopsychiatrie, et prendre en compte la voix de l’enfant

Pr Zeineb Abassi a souligné que le congrès est une occasion pour la STPEA, de mettre sur la table des discussions le sujet de la santé mentale de l’enfant, et d’apporter le regard et l’expertise académique dans ce domaine. Elle a rappelé l’importance des comités mixtes de réflexions, tel que les tables rondes qui ont traité sur le rôle des pédopsychiatres dans l’élaboration des programmes scolaires. Autre moment fort de ce congrès, la table ronde « Santé mentale de l’enfant et de l’adolescent l’épreuve de la loi » qui a réuni les pédopsychiatres, un juge pour la famille, et le délégué général à la Protection de l’enfance. Cette réunion a permis de diagnostiquer les défaillances quand au signalement, à la prise en charge et au suivi des cas de violences. Pr Abassi a regretté l’absence de collaboration, et de communication efficaces ainsi que le manque de structures dédiées à la prise en charge des enfants victimes de violence. Elle lance un appel à cet égard aux autorités de tutelle pour que la Société Tunisienne de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent puisse intervenir dans les prises de décisions « Qu’on puisse être écoutés, que nos recommandations soient prises en compte pour le bien de l’enfant». Elle a souligné que l’état actuel des choses dévie le rôle du psychiatre et de l’expertise pédopsychiatrique.
Les travaux du congrès se sont clôturés par l’assemblée générale de la STPEA, et l’élection du nouveau bureau présidé par le PrAg
Naoufel Gaddour.
La pédopsychiatrie tunisienne et sa jeune société savante, avancent en symbiose, doucement avec l’obstination et les rêves des premiers petits pas vers un meilleur lendemain pour l’enfance et l’adolescence.
 
congres STPEA
 

Naoufel Gaddour

Pr Ag Naoufel Gaddour, Président de la STPEA : Instaurer le dialogue pour le bien de l’enfant

La société Tunisienne de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent organise son deuxième congrès national, pouvez vous nous parler de sa création, et ses objectifs ?

La STPEA a vu le jour en 2011. Son premier objectif était de réunir les pédopsychiatres tunisiens, qui sont aujourd’hui au nombre de cent. Cette barre symbolique de cent pédopsychiatres est un chiffre très positif en comparaison avec des pays voisins et de même niveau économique et social, mais malheureusement ceci n’est pas reconnu ni mis en valeur par les autorités. En effet les pédopsychiatres exercent dans des conditions parfois rudimentaires avec un seul service de pédopsychiatrie à Tunis, un autre à Sfax, et des consultations externes éparpillées sur d’autres structures, mais qui ne permettent ni le suivi, ni la prise en charge adéquate des
patients.

Parlez nous de ce deuxième congrès, quels sont les fils conducteurs et les principaux thèmes abordés ?

Le congrès sont la consécration de l’activité é d’une société savante, il permet de mettre à jour les connaissances, mais aussi de s’ouvrir et de dialoguer avec les autres acteurs, tel que les juges pour enfants, les éducateurs autour des tables rondes. Il y’a beaucoup de problèmes aux quels nous souhaiterions être associés, tel que la gestion des rythmes scolaires, les pédagogie utilisées (risque de la méthode globale) ou l’intégration scolaire des enfants particuliers (enfants autistes ou déficients intellectuels). Nous avons bien sûr à cote de cela mis à jours nos connaissances, car c’est une spécialité en perpétuel développement, surtout en rapport avec les découvertes en neuropsychiatrie. La gestion des troubles sensoriels dans l’autisme, le développement du langage, l’éducation sexuelle des adolescents, la gestion des compétences de vie, et la communication. Il y‘a des troubles nouveaux jusque là du domaine de la psychiatrie adule tel que « La dis-régulation sévère de l’humeur » et dont la prise en charge chez l’enfant est très particulière, donc une mise à niveau des connaissances qui a été très enrichissante.

Quelles sont vos recommandations essentielles à la clôture de ce congrès ?

Il faut donner les moyens à la pédopsychiatrie pour qu’elle puisse se développer et coller à l’image du pays qui évolue socialement et économiquement. Il est indispensable d’envisager un statu quo de la situation actuelle de la prise en charge des problèmes liés à l’enfance. Aujourd’hui nous assistons, comme pour d’autres spécialités à une « Fuite des médecins », et beaucoup de pédopsychiatres risquent de migrer à défaut d’une amélioration de leur situation. Nous avons dépassé le stade où l’inquiétude porte sur le pronostic vital, aujourd’hui assuré, Il faut donc porter tout l’intérêt sur la santé mentale de l’enfant. La pédopsychiatrie ne peut pas rester cantonné à une intervention en aval, la prévention doit être primordiale et pour cela, nous appelons les instances de tutelle à nous écouter, et à collaborer avec notre spécialité pour bâtir une enfance en bonne santé, pour une société saine.