Le mal dépasse la Pharmacie centrale

Au CHU Habib Bourguiba de Sfax, on parle de graves problèmes. « Même les stocks stratégiques de médicaments essentiels ont été épuisés ». On mentionne aussi « le manque de sondes, de gants et de bistouris dus à des problèmes de paiement des fournisseurs et de dévaluation du dinar ». Des citoyens déplorent la pénurie de la vitamine B12 injectable, recommandée dans les anémies de Biermer. On signale aussi la « disparition » du Lasilix, recommandé pour certaines pathologies.
Des responsables au ministère de la Santé imputent cette crise à plusieurs facteurs dont la consommation excessive de médicaments en Tunisie, la contrebande, l’automédication et les difficultés financières que connaît la Pharmacie centrale de Tunisie à cause des impayés de la CNAM et autres partenaires.

Rappelons que le 6 novembre dernier, un Conseil ministériel restreint, présidé par le chef du gouvernement Youssef Chahed, était dédié à la situation financière de la Pharmacie centrale, que l’on a tendance à pointer du doigt. En fait, les maux sont multiples.
Pour le PDG de la Pharmacie centrale, Moëz Lidine Allah Mokadem, « seuls les médicaments fabriqués en Tunisie et qui se vendent dans le secteur privé échappent au contrôle de la Pharmacie centrale. Cela implique qu’elle n’a aucun rapport avec la pénurie de ces produits ».
Selon Chawki Tabib, président de l’Instance nationale contre la corruption (INLUCC), « c’est tout un secteur informel qui se profile en raison de la mauvaise gestion et du trafic de médicaments qui coûtent à l’Etat quatre milliards de dinars ».
L’ex-ministre de la santé, Samira Meraï, affirme pour sa part que « la Tunisie est l’un des plus gros consommateurs de médicaments au monde et cela s’explique principalement par l’automédication et la contrebande ».
Cette automédication est dangereuse, spécialement par l’usage excessif de certains médicaments comme les antibiotiques. Madame Meraï recommandait aux pharmaciens de ne plus vendre d’antibiotiques aux usagers sans ordonnance médicale. En fait, il faudrait stopper l’automédication.

Source : La Presse.