Conférence internationale sur la santé sexuelle et reproductive en Tunisie

Une conférence internationale sur la santé sexuelle et reproductive s’est tenue du 23 au 24 mai 2014 à Tunis. Organisée par l’Institut de recherches sur le Maghreb contemporain (IRMC) et le Groupe Tawhida Ben Cheikh, cette rencontre a eu le soutien du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA). Elle a également eu l’appui de l’Office national de la famille et de la population (ONFP). Ces journées ont eu pour thème principal « Regards croisés sur la santé sexuelle et reproductive dans les pays arabes pour une socio-anthropologie du sujet du corps féminin et de l’Etat ». Plusieurs sujets ont été débattus par les participants. Au cours  de ces deux jours de débats,  un réseau de recherche pluridisciplinaire sur la promotion de la santé sexuelle et reproductive dans les pays arabes a été créé.

Hela Kochbati

La détermination de la santé reproductive et sexuelle présente une spécificité dans le monde arabe. Elle varie du Maghreb aux pays du Moyen-Orient. La variabilité repose sur un système de valeurs économiques, sociales, culturelles et environnementales de chaque société. Les ressources et les traitements des différentes pathologies (la contamination par le VIH, l’obsession,  le changement de sexe,  les complications de l’IVG, les anomalies génétiques, la violence, etc.) diffèrent selon les politiques et les priorités de santé dans les pays arabes. En effet, une gouvernance adaptée se fait à travers des données probantes en matière de santé reproductive. Au cours de cette rencontre, des chiffres accablants ont été révélés en matière de santé reproductive dans le monde arabe durant ces vingt dernières années : la violence à l’égard des femmes n’a pas diminué, elle a pris différentes formes et est restée constante. Une femme sur deux est battue en Tunisie,   80 % des filles entre 15 et 17 ans sont excisées en Egypte, 60 % des femmes sont battues dans le monde arabe au cours de la grossesse,  800 femmes meurent chaque jour au Maroc au cours de l’accouchement dont 7 % de jeunes femmes. En Tunisie, c’est une moyenne de 7 % de jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans qui a  recours à l’avortement, contre 11 % au Maroc et  37 % au Soudan. Il n’existe pas de législation universelle sur l’avortement. Le sida est en  pleine croissance dans le monde arabo-musulman, malgré les avancées thérapeutiques. Le taux de contamination des femmes est de 30 %  à 50 % dans certains pays arabes.  Par ailleurs, la Tunisie reste un pays pionnier et de référence dans l’espace arabo-musulman en matière de santé de la reproduction. Cependant, des efforts restent à déployer en matière de mobilisation des spécialistes pour faire évoluer la législation, renforcer  l’accès aux soins et développer le système de santé. Des inégalités existent. Elles vont de l’accessibilité en matière de consommation médicamenteuse, de production des dispositifs médicaux et de qualité des prestations sanitaires.  Dans l’ensemble des pays arabes, la pluralité des repères, la diversité des interstices (action, passivité, savoir, violence et ignorance), ainsi que la sensibilité culturelle (femme,  genre et sexualité), mais aussi identitaire  (religion, coutume et tradition)  ont orienté la construction et la déconstruction du contrôle du corps de la femme. Le changement de mentalité, surtout dans ce domaine, pourrait prendre plusieurs années.