Journées de santé mentale du Cap Bon

Près de 200 psychiatres et psychologues  se sont donnés récemment rendez-vous à Nabeul pour se pencher, lors des 3èmes Journées de santé mentale du Cap Bon organisées par l’hôpital Mohamed Tahar Maamouri et la Direction régionale de la santé de Nabeul, sur les défis et les enjeux de la psychiatrie  et l’approche  communautaire en santé mentale

Kamel Bouaouina

Ces journées ont offert aux participants des conférences, leur permettant d’acquérir des habiletés cliniques et thérapeutiques en relation avec différentes problématiques en santé mentale et en psychiatrie auprès d’une clientèle variée. Le Pr Riadh Bouzid a souligné,  à cette occasion, l’importance capitale de la psychiatrie sociale et communautaire, notant, à cet égard, que les changements opérés aux niveaux social, familial et culturel ont un impact sur la psychiatrie sociale et, plus particulièrement, sur les malades mentaux et leurs familles. Il a, d’autre part, appelé à accorder davantage d’intérêt aux domaines liés notamment à la formation et à la recherche scientifique en matière de psychiatrie sociale. Cette grand-messe de la psychiatrie sociale  a été, entre autres, marquée par l’organisation de deux  tables rondes, « Ecole, interface enfants-parents, éducateurs » et « Ressources durables et partenariat en santé mentale communautaire ».  Cinq ateliers ont traité de l’affirmation de soi, la communication parents-enfants, la communication et la gestion des conflits, le Mindfullness et les techniques d’exposition en TCC (Thérapie Comportementale et Cognitive). L’OMS estime qu’une personne sur quatre aura un trouble mental ou neurologique à un moment de sa vie. D’après l’OMS, environ 450 millions de personnes dans le monde ont actuellement des troubles mentaux ou neurologiques, 150 millions font une dépression. « Le but de la psychiatrie communautaire, ajoute Pr Bouzid, est d’améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec des handicaps psycho-sociaux à travers l’identification précoce des troubles, l’accès à un traitement abordable, l’amélioration de l’intégration sociale et la sécurité des moyens de subsistance ». La santé mentale communautaire  est une stratégie de développement communautaire mettant l’accent sur la santé mentale de tous les membres de la communauté à travers la promotion de la santé mentale et la prévention de troubles mentaux. Les services de SMC (Santé Mentale Communautaire) procurent des soins de santé mentale accessibles, abordables, acceptables et de qualité dans la communauté, pour les personnes vivant avec une infirmité psycho-sociale, en vue de leur intégration sociale. Ces  soins de SMC sont prodigués avec la participation active des bénéficiaires, de leurs familles et de leurs communautés, en partenariat avec les services de la santé, de l’éducation et  des affaires sociales.

 

Perception des psychotropes dans la communauté

 

Un psychotrope désigne une substance, ayant un effet sur l’activité cérébrale au niveau du système nerveux central. Les principaux psychotropes classiquement distingués son selon le Pr Wahid Melki psychiatre à l’hôpital Razi de la Manouba : les psychotropes naturels ( alcool, tabac, caféine et cannabis) et les médicaments psychotropes : action thérapeutique On distingue trois grandes familles : les psycholeptiques qui ralentissent l’activité cérébrale, les psychoanaleptiques qui stimulent cette activité et les psychodysleptiques qui la modifient, essentiellement représentés par des substances toxiques. Les principaux médicaments psychotropes classiquement distingués sont les tranquillisants ou anxiolytiques, les somnifères ou hypnotiques, les neuroleptiques ou antipsychotiques, les antidépresseurs et les thymorégulateurs. D’autres médicaments qui peuvent agir sur l’activité psychique sont également considérés dans les études disponibles : les psychostimulants, les analgésiques opiacés et les médicaments de substitution aux opiacés. Toujours plus élevée chez les femmes que chez les hommes, la consommation  d’au moins un médicament psychotrope en 2010 concerne moins d’un quart de la population des 18-75 ans et atteint un plateau vers l’âge de la cinquantaine. Le rapport entre réalité et perception varie selon les écoles philosophiques: pour les courants dits « réaliste » « rationaliste » et « empiriste », il y a un monde objectif  et une  une perception subjective de ce monde objectif, que l’on peut partiellement atteindre par la raison ou par l’expérience. La perception est le rapport entre réalité et perception varie selon les écoles philosophiques : Pour le courant phénoménologique, il n’y a pas de « réalité » hors de sa construction par le sujet percevant ». La perception du psychotrope dépend de plusieurs facteurs explique Pr Melki: « De la nature du produit et de son usage, du rapport de la personne en question avec  ce produit (consommateur malade ou mésusage d’un consommateur sain, délivreur, aidant, etc.) de la qualité de l’information autour du produit, des préjugés et des stéréotypes. Le psychiatre trouve que le patient psychiatrique est imprévisible peu fiable, à qui on ne peut pas donner confiance ! Le médecin généraliste trouve que le patient atteint de troubles mentaux fait peur et que sa prise en charge est difficile quoique possible. Le pharmacien fait plus attention quand il est face à un patient psychiatrique. L’infirmier psychiatrique ne veut pas soigner des malades mentaux, pense qu’ils sont dangereux et ne guérissent que rarement. La famille a peur pour leur parent malade d’être agressé en milieu psychiatrique par les autres malades et par les soignants, craint la stigmatisation, a plus de facilité à demander l’aide d’un tradithérapeute. Le malade mental se sent mal traité chez lui avec les siens, sur le lieu de son travail et à l’hôpital! Les psychotropes, outil thérapeutique en psychiatrie renvoie à tous ces aspects sombres de la pratique psychiatrique et à la maladie mentale. Pour conclure souligne Pr Melki, l’effort à faire pour améliorer la perception des psychotropes dans la communauté et par là la perception des soins en psychiatrie et de la prise en charge des malades mentaux, doit se faire sur plusieurs plans qui doivent être intégrés dans une stratégie nationale de SM telles que définie par l’OMS. Il s’agit de traiter les troubles au niveau des soins primaires, d’assurer la disponibilité des psychotropes, de soigner au sein de la communauté, d’éduquer le grand public et d’associer la cité, les familles et les usagers

 

Pour une  psychiatrie sociale

 

La psychiatrie sociale est une branche qui s’occupe des relations entre les gens, du point de vue de la santé et de la maladie, du point de vue de la santé publique, de la prévention… Son rôle ne cesse d’augmenter à cause des problèmes et des conflits qui apparaissent dans  notre société qui connait un bouleversement sociopolitique profond. Il y a des conflits familiaux, des conflits entre les nations, des conflits liés au décalage économique entre les gens… Il y a d’autres facteurs à risque, par exemple l’implication des jeunes, enfants et adolescents, dans les guerres – on se bat en Asie, en Afrique et ailleurs – la pauvreté, la marginalisation des femmes. Tout cela contribue aux conflits sociaux qui ont des conséquences sociales et aussi psychologiques. La psychiatrie sociale peut jouer un rôle pour la guérison. Selon l’OMS comme l’explique Dr Lotfi Boughanmi « c’est l’ensemble des mesures préventives et curatives qui ont pour objet de rendre l’individu capable de mener une vie satisfaite dans un cadre social. »  La psychiatrie sociale ajoute t-il n’est pas l’affaire du psychiatre uniquement. Elle  ne peut pas travailler efficacement si elle est isolée et elle doit continuer à s’ouvrir aux autres professionnels et à l’ensemble des acteurs du système de santé tout en collaborant avec les associations de patients et de proches. Dans psychiatrie sociale il y a 2 mots: psychiatrie, c’est à dire une pratique médicale basée sur des connaissances scientifiques et orientée vers l’individu malade, et il y a le mot social, c’est à dire une composante environnementale et collective. La psychiatrie comme la médecine ont toujours intégré cet aspect social car l’être humain vit en société et il est difficile dès lorsqu’un soin est complexe, ou coûteux, que l’aspect social ne soit pas intégré dans le raisonnement médical. Cette psychiatrie aide les psychiatres à mieux répondre aux besoins des patients souffrant de nouvelles formes de pathologies. Mais la psychiatrie sociale, c’est plus que cela. Nos comportements, nos émotions et nos représentations, comme les comportements, les émotions et représentations des autres façonnent nos vies. Les maladies mentales influencent ces éléments et sont influencées par eux. La psychiatrie sociale cherche à agir sur ces représentations, sur ces émotions, sur ces comportements, tant du malade que de son environnement social conclut Dr Boughanmi.