Le Parc des expositions du Kram a abrité, tout récemment et du 7 au 10 mars 2018, la 5ème édition du Salon international de la santé. Vitrine exhaustive du secteur de la santé en Tunisie il s’articule, comme les fois précédentes, autour de l’industrie pharmaceutique, l’informatique médicale, les cliniques, les services de santé, l’hygiène hospitalière et la gestion des déchets de soins, l’hydrothérapie et le bien-être. Le Salon international de la santé, Tunisia Health Expo, a couvert l’ensemble des branches du secteur en mettant en relief les services de santé et les industries pharmaceutiques avec, cette année, un congrès dédié au tourisme médical en marge du Salon.

Jaouida Ben Aouali

 
Conçu en tant qu’événement national et international, ce salon était ouvert à tous les opérateurs, organismes et professionnels du secteur de la santé en Tunisie, ainsi qu’aux participants, décideurs et visiteurs des pays européens, méditerranéens, arabes et africains. Le concept et les objectifs du salon étant de faire connaître les réalisations de la Tunisie dans le domaine de la santé, de témoigner de la diversité de sa production, de ses services et de ses capacités d’investissement et d’exportation, de présenter aux opérateurs publics et privés internationaux les technologies les plus récentes dans le domaine, de développer l’investissement dans les branches du secteur, d’en faire un instrument de soutien à l’exportation de l’industrie pharmaceutique, aux prestations des soins médicaux, au bien-être et à la thalassothérapie et un outil de sensibilisation, d’information envers le grand public afin de promouvoir davantage les questions de l’éducation et de la prévention sanitaire.
Y ont pris part de nombreux pays africains, dont le Soudan hôte d’honneur pour cette édition, l’Algérie avec 25 entreprises, ainsi que des pays d’Europe et d’Asie. Les rencontres B to B étaient également dédiées aux échanges entre les différents opérateurs du secteur.

Le Directeur du Salon, Slah Taboubi, en parle plus amplement en nous faisant part de sa satisfaction quant à la réussite de l’événement organisé par ses soins.

En tant qu’organisateur, avec la Société des Foires du Kram, de Tunisia Health Expo, pensez-vous que ce Salon international de la santé portera ses fruits en termes de partenariats avec les acteurs étrangers et d’investissements dans notre pays ?

Tout à fait car depuis la création de Tunisia Health Expo en 2010, l’un des principaux objectifs lui ayant été conférés est de promouvoir l’exportation des services de soins tunisiens et des produits liés à la santé tels que les médicaments, les dispositifs médicaux et autres. Nous avons toujours oeuvré à atteindre ces objectifs et à les concrétiser sur le terrain. Nous tentons donc d’inviter à chaque édition le maximum de partenaires étrangers là où un potentiel d’exportation pour le secteur de la santé tunisien existe, notamment concernant les pays susceptibles de nous adresser de la patientèle. A chaque occasion, nous avons surtout axé notre approche sur les pays d’Afrique de l’Ouest et les pays maghrébins, nous invitons bon nombre d’opérateurs issus de ces pays. Depuis la 4ème édition, nous avons institué la formule du pays hôte d’honneur en commençant avec l’Algérie en 2016 et en poursuivant cette année avec le Soudan et ce, afin de valoriser des relations de partenariat avec des pays bien définis. Un pays hôte d’honneur implique la venue de son ministre de la Santé accompagné d’une forte délégation, créant ainsi une dynamique avec le secteur de la santé tunisien. Voilà donc un exemple concret des actions que nous menons.
Nous espérons que ce Salon impulse les acteurs de la santé et cela semble se réaliser puisque certains reviennent régulièrement.

La 4ème édition du Salon englobait tous les secteurs de la santé sans distinction, cette année, pour la 5ème édition, vous avez choisi de mettre l’accent sur le secteur du tourisme médical, pourquoi ?

Il n’a pas été question de mettre l’accent sur le tourisme médical. Le Salon, en tant qu’offre et en tant qu’exposition, a toujours intéressé toutes les branches du secteur de la santé, qu’il s’agisse des structures de soins, des services de santé, des équipementiers, des dispositifs médicaux, du bien-être, de l’hygiène, etc., tout ce qui est en rapport avec le secteur médical existe et l’offre est la même depuis cinq éditions. Il se trouve que cette année, nous avons choisi de contribuer davantage à la promotion des exportations tunisiennes en termes de services de soins. De là est venue l’idée d’organiser le congrès sur le tourisme médical, ce qui n’a pas encore été réalisé en Tunisie de cette façon et avec cette ampleur. Nous avons donc tenu, à l’occasion du Salon, à la mise en place d’un congrès spécifique pour débattre des questions relatives au tourisme médical, ce domaine nouveau, même à l’échelle internationale, où de nombreux pays se positionnent pour prendre des parts de marché, dont certains organisent ce type d’événements. D’ailleurs un congrès similaire et en même temps que le nôtre s’est tenu à Zagreb en Croatie. Nous avons donc songé à positionner la Tunisie sur ce terrain en organisant un congrès permettant de faire connaître aux Tunisiens l’importance du tourisme médical, de positionner notre pays à travers l’invitation d’instances internationales du secteur. Cette année nous avons fait intervenir l’Organisation Mondiale du Tourisme qui a présenté les premières conclusions d’une étude sur la question de l’évolution dudit secteur et qui paraîtra prochainement, nous avons également fait participer des représentants de la Fédération Internationale de l’Hydrothérapie et du Thermalisme qui ont aussi positionné la Tunisie. Faire connaître aux Tunisiens la place de la Tunisie à l’échelle internationale, développer et débattre de questions en rapport avec l’évolution du tourisme médical, dont celles techniques comme l’accréditation, élément fondamental pour tout pays désirant se placer au premier rang du tourisme médical, parler de certains autres aspects tels que la communication spécifique au secteur, l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans ce secteur car il s’agit là d’un élément fondamental, les pays utilisant de plus en plus Internet et les réseaux sociaux pour se faire connaître et développer leurs exportations, attirer plus de patientèle étrangère, sont autant d’actions nécessaires à la promotion de la Tunisie dans le domaine. C’était aussi une occasion pour connaître d’autres expériences réussies de pays pilotes étant parvenus à mettre en place des politiques et des structures leur ayant permis de se positionner parmi les pays leaders. Nous avons fait venir le premier responsable du cluster espagnol du tourisme médical, Spaincares, principale structure assurant la promotion du tourisme médical espagnol, ainsi que le PDG de Malaysia Healthcare Travel Council, cet organe principal pour la promotion de cette destination qu’est la Malaisie au niveau international. Tout ceci afin de permettre aux opérateurs tunisiens, qu’ils soient dans le public ou le privé, de s’imprégner de ce qui se fait dans le monde en la matière.

Sachant que le Soudan a été votre pays hôte cette année, y a-t-il eu des accords de partenariats et d’échanges avec des professionnels représentatifs du secteur de la santé issus de ce pays ?

Oui tout à fait. L’invitation du Soudan vient compléter ce qui a déjà été fait les deux dernières années au niveau de la santé avec ce partenaire, celui-ci présentant un grand potentiel, et des accords ont été ratifiés avec ce pays lors de la commission mixte présidée par Youssef Chahed il y a un an, dont celui dans le domaine de la santé. Faire venir une délégation du Soudan pour constater directement le développement du secteur en Tunisie nous a semblé être une bonne chose. Quant à la concrétisation éventuelle d’accords signés suite au Salon, je ne saurai vous répondre mais je peux vous dire que la délégation accompagnant le ministre soudanais était importante, elle comptait seize ou dix-sept personnes responsables dans les secteurs privé et public de la santé. Ils ont visité de nombreuses entreprises et ont pris contact avec notre ministère de la Santé. Il existe une dynamique en termes d’échanges avec ce pays, le seul handicap à la concrétisation effective de cette dynamique étant l’absence de ligne aérienne directe. Il ya toutefois eu un vol inaugural voilà une année, il semblerait, d’après certains échos, que cette ligne sera très rapidement opérationnelle. A partir de là, je pense que nous aurons un flux important de patients soudanais venant se faire soigner chez nous.

Le thermalisme et la thalassothérapie étant un des atouts de la Tunisie en matière de tourisme médical, savez-vous si une stratégie a été planifiée pour consolider les acquis du secteur ?

Absolument. Il faut dire que nous avons accordé une place de choix à la thalassothérapie au niveau de l’exposition et du congrès, où le Directeur général de l’Office National du Thermalisme et de l’Hydrothérapie, Rezig Oueslati, a fait une communication. Par ailleurs, trois experts internationaux sont venus témoigner de la qualité de la thalassothérapie tunisienne et parler du secteur à travers le monde, évoquant la place de la Tunisie à l’international. Nous considérons que la thalassothérapie est un élément important du tourisme médical. A ma connaissance, de nombreux projets sont en cours ou en voie de réalisation en termes de création de nouvelles structures au niveau de l’hydrothérapie et surtout du thermalisme, des stations dans le nord du pays, dans le sud à Gabès, etc. C’est un secteur où la Tunisie occupe la place de deuxième destination mondiale, nous sommes l’un des rares pays à avoir mis en place des normes spécifiques à la thalassothérapie, ce qui lui a même permis d’accéder à la Vice-présidence et de remplir le rôle de conseiller auprès de plusieurs pays souhaitant se développer dans ce domaine.

Où en est le projet de renouvellement du centre de Korbous ?

IL est en cours et il semble qu’il y a d’autres projets à El Hamma, à Beni Mtir qui, apparemment, sera fonctionnel sous peu. Trois ou quatre projets ont été présentés par le ministère de la santé pour 2020 dans le domaine, dont certains dans l’hydrothérapie. Sans oublier la thalassothérapie qui relève plus du secteur privé où les centres sont de plus en plus nombreux, le dernier étant le magnifique Four Seasons à Gammarth.

Le Salon de cette année vient de clore ses portes, avez-vous déjà une idée quant à la planification de l’édition de 2020 ?

Nous allons rapidement nous y atteler en essayant, comme toujours, d’innover, surtout au niveau des événements en marge du Salon, nous tentons de faire en sorte qu’ils soient susceptibles de répondre à l’un des principaux objectifs de ce rendez-vous, à savoir la promotion et le développement des exportations tunisiennes dans le domaine de la santé, ainsi que d’animer le Salon et de créer des points d’attraction pour les exposants tunisiens et étrangers.

Il semblerait que la Tunisie occupe la deuxième place en Afrique en matière d’exportation des soins, est-ce juste ?

Nous sommes effectivement, après l’Afrique du Sud, le pays qui accueille le plus de patients étrangers en Afrique et je pense même dans le sud de la Méditerranée. Il existe un potentiel énorme en Tunisie, nous bénéficions de quelques structures publiques aptes à recevoir des étrangers et de plus de 5 000 lits dans le secteur privé. Un chiffre a été annoncé lors du congrès, il s’agit des 7 000 lits projetés dans le futur et de près d’une centaine de projets, semble-t-il, déposés ou initiés, nous permettant d’atteindre le potentiel de 10 000 lits d’ici quelques années. Des efforts sont donc nécessaires pour attirer la patientèle étrangère si nous ne voulons pas rester à la traîne car le marché tunisien n’est pas encore assez important pour faire fonctionner ces 10 000 lits du secteur privé.