L’activité chirurgicale de l’orthopédiste en Tunisie couvre essentiellement 3 grands champs : la chirurgie des membres supérieurs, la chirurgie des membres inférieurs et la chirurgie de la colonne vertébrale.

Cette activité chirurgicale est répartie, à des degrés variables, entre la chirurgie programmée et la chirurgie d’urgence (en cas de traumatisme).
Différents actes chirurgicaux peuvent être pratiqués par l’orthopédiste tunisien. Ainsi
• l’ostéosynthèse,
• la mise en place de prothèses articulaire, intervention devenue de plus en plus fiable avec des techniques de pose de ces prothèses ayant vu plusieurs progrès. Les abords chirurgicaux sont de plus en plus réduits grâce à la chirurgie mini-invasive. Le risque de malposition de ces prothèses articulaires est minimisé par l’utilisation des techniques de pose assistées par ordinateur et par la réalisation d’un scanner ou d’une IRM 3D avant l’opération.
• la chirurgie arthroscopique avec, de nos jours, une technique chirurgicale mini- invasive utilisée pour l’exploration du genou, de l’épaule et de la cheville.

L’orthopédie étant une discipline en plein essor, la Société Tunisienne de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique (SOTCOT) tente régulièrement d’intégrer la communauté scientifique toute entière dans ses travaux. Dans ce contexte, chaque année, la SOTCOT réunit de nombreux participants, hospitaliers, de libres pratiques, cliniciens, praticiens ou chercheurs…, dans deux manifestations scientifiques, le congrès national et les journées d’hiver, pour échanger concepts et expériences et bénéficier d’un concentré de sciences et d’informations médicales. C’est une société où présidents et bureaux font de leur mieux pour concrétiser des projets et des objectifs.

Lotfi Nouisri
Rencontre avec son président, le Pr Lotfi Nouisri, chef de service d’orthopédie à l’Hôpital Militaire de Tunis et Président de la SOTCOT.

• La traumatologie devant son progrès aux matériels d’ostéosynthèse, quels en sont les dernières nouveautés?

La prise en charge de la pathologie traumatologique a connu un énorme progrès ces dernières années, surtout en matière de recours aux plaques verrouillées, aux ostéosynthèses scanno-guidées et aux techniques mini-invasives qui nous ont permis de diminuer la morbidité et surtout l’amélioration du résultat fonctionnel tout en étant moins nocif et invasif. C’est un challenge qui s’est imposé surtout à l’Hôpital Militaire, étant donné sa situation comme centre référent dans la prise en charge des blessés victimes d’actes terroristes.

• En Belgique, on parle actuellement de la réalisation de prothèses de hanche et d’épaule en ambulatoire. Qu’en est-il de ce domaine en Tunisie ?

La chirurgie prothétique ambulatoire pour l’épaule et la hanche s’est bien développée en Tunisie durant ces dernières années et ce, grâce à l’évolution des blocs analgésiques locorégionaux et au recours aux facteurs de l’hémostase par des protocoles bien spécifiques comme l’acide tranexamique (exacyl*), qui est utilisé aussi pour le genou. Le patient est directement intégré dans un circuit de réhabilitation rapide le jour même de l’opération.

• La chirurgie mini-invasive en révolution allège de plus en plus les interventions lourdes. Est-ce que l’on bénéfice déjà en Tunisie d’endoscopie rachidienne? Et qu’en est-il de la technique récente permettant la prise en charge de la scoliose par voie mini-invasive ?

L’endoscopie rachidienne est encore au stade de développement en Tunisie, bien qu’elle se soit avérée utile, essentiellement dans les hydatidoses vertébrales étendues, en permettant surtout des gestes de décompression urgents. Je pense que la Tunisie peut devenir un leader en matière de recours à l’endoscopie dans cette pathologie qui connaît une recrudescence depuis quelques années.
Quant aux techniques mini-invasives dans les scolioses, elles sont utilisées depuis plus de six ans, en particulier pour les distractions dans les scolioses évolutives suite à un échec du traitement orthopédique. L’utilisation de cette technique dans l’arthrodèse définitive n’est pas encore de mise au vu de son coût important.

• L’intégration de l’imagerie 2D/3D et de la navigation chirurgicale en temps réel dédiée à la chirurgie mini-invasive orthopédique et traumatologique est une première mondiale au CHUGA. Quand pourra-t-on parler de cette technique en Tunisie ?

Le recours à la navigation en temps réel n’est pas encore un sujet à débattre en Tunisie car cette technique n’est pas adaptée, pour le moment, à notre économie de santé qui connaît beaucoup de difficultés ces dernières années.

• Toujours dans le même domaine, est-ce que la nouvelle procédure mini-invasive de radiofréquence, Intracept, visant à soulager la lombalgie chronique est appliquée chez nous ?

L’usage de la radiofréquence pour les lombalgies chroniques est une nouveauté dans le domaine médical tunisien et l’Hôpital Militaire de Tunis compte parmi les rares centres qui bénéficient de cette technologie actuellement. Cependant, permettant une modification du seuil de la douleur, un recrutement musculaire efficace et une réparation aux échelles moléculaire et cellulaire avec d’excellents résultats fonctionnels, je pense que, dans quelques années, elle sera largement développée en Tunisie