Les patients de Tunisie, voire d’Afrique, peuvent désormais être pris en charge dans le cadre d’une organisation de grande qualité pour les urgences de la main nécessitant une expertise de recours. Et pour cause, puisque la clinique El Manar et les chirurgiens spécialistes de la main et du membre supérieur, les docteurs Marouane Bouloudhnine, Mehdi Daghfous et Mounir Triki ont ouvert le premier centre SOS Main structuré d’Afrique du Nord et ce, le 7 janvier 2016. Installé au sein de la clinique cardio-vasculaire El Manar, ce centre a été inauguré par le ministre de la Santé publique Saïd Aïdi en présence des ministres du Tourisme et de la Justice, de l’ambassadeur de France en Tunisie, François Gouyette, de médecins chirurgiens et de praticiens de différentes spécialités. SOS Main prend en charge les traumatismes et les pathologies de la main et du membre supérieur et est constitué d’un plateau technique unique et spécialisé pour accueillir les urgences, d’un local pour la réalisation des orthèses, d’un espace consacré à la rééducation et d’un secrétariat. Disponible tous les jours, l’équipe est composée de trois chirurgiens, de trois médecins anesthésistes rompus aux techniques de l’anesthésie locorégionale, les docteurs Amouri Faiez, Miled Farhat et Mohamed Ali Mnif, d’un médecin de la rééducation, le Dr Omar Jaziri, et de deux physiothérapeutes.

Hela Kochbati

En se regroupant au sein d’un centre spécialisé dans la chirurgie de la main et du membre supérieur, les chirurgiens de la clinique El Manar ont opté pour une meilleure prise en charge des patients. Premier outil de l’homme, la main permet d’effectuer de nombreuses tâches de la vie quotidienne. Avec une prédominance d’utilisation de la main droite (droitier) ou gauche (gaucher), les lésions accidentelles sont souvent fonction des activités réalisées. Les accidents de loisir et de jardinage sont également très importants. Les soins spécifiques apportés, notamment les soins chirurgicaux, dépendent de la gravité des lésions. En premier lieu, plus que de maintenir l’esthétique de la main, la chirurgie de l’urgence a pour objectif principal d’éviter les complications et les séquelles éventuelles.

Les soins d’urgence de la main

La moitié des urgences de la main présente des risques de séquelles. La création de SOS main améliorera grandement la prise en charge des traumatismes de la main. Dans les pathologies liées à l’urgence, chaque âge présente des risques particuliers et certains éléments doivent être déterminés pour une prise en charge adaptée : chez les petits enfants, les « doigts de porte » et les morsures animales ; chez les grands enfants, les fractures du poignet et de l’avant-bras en roller ou en sautant de lieux élevés ; chez les adolescents et les jeunes adultes, les accidents de la voie publique avec les deux-roues responsables de fractures du poignet à haute énergie, d’entorses graves du poignet ou de luxation du carpe, de plaies délabrées et de lésions des fléchisseurs ; chez les adultes et les seniors, les lésions liées au travail et au bricolage avec les plaies par outils coupants, les arrachements digitaux par alliances et les fractures liées à l’ostéoporose, particulièrement chez la femme ; à tous les âges, les panaris et les phlegmons.

Afin de connaître les types de lésions de la peau, tendineuses ou vasculaires, il est important de pratiquer une exploration systématique. L’anamnèse de la maladie doit comprendre l’âge, le sexe, l’activité professionnelle, la latéralité du patient, la localisation et la date de la plaie. L’origine de la lésion peut déterminer des dommages associés ou une extension potentielle.

Chirurgie réparatrice de la main

Les types de chirurgie sont variés et dépendent des causes sous-jacentes du problème. Les lésions les plus complexes sont graves dès le bilan initial mais derrière des plaies visiblement simples peuvent se cacher des lésions pouvant mettre en jeu le pronostic fonctionnel. Ce sont des lésions tendineuses, nerveuses ou articulaires. Enfin, une mauvaise gestion des séquelles peut être lourde de conséquences socio-économiques. La chirurgie réparatrice intervient dans diverses pathologies, qu’elles soient congénitales, secondaires à un traumatisme ou à une maladie (arthrose, maladie de Dupuytren, polyarthrite rhumatoïde…).

Saïd Aïdi Ministre de la Santé publique

Quelle est la place du projet SOS Main dans le partenariat public/privé et la promotion du tourisme médical ?

Le centre SOS Main est un excellent exemple de l’importance du partenariat entre le secteur public et le secteur privé, ainsi que de la promotion du tourisme médical. Nous travaillons, avec ma collègue la ministre du Tourisme, Selma Elloumi, sur l’exportation des services de la santé. Ce centre participe également à l’amélioration de la qualité des soins dans le cadre des pathologies de la main et nous encourageons ce type de projets qui contribuent au perfectionnement de la qualité des soins des citoyens tunisiens, en particulier, et au développement du secteur de la santé d’une manière générale. Le secteur public, garant de la santé des citoyens, a besoin d’un secteur privé fort pour relever le niveau des services de soins de santé, tant pour les patients tunisiens qu’étrangers. Ce centre entre dans le cadre de la promotion de la santé et du développement économique et social.

Dr Marouane Bouloudhnine Chirurgien orthopédiste

1. Quelles sont les spécificités de SOS Main-Tunis ?

Ce centre intègre trois chirurgiens spécialistes, trois anesthésistes accomplis concernant les anesthésies locorégionales, évitant au patient de séjourner à la clinique et faisant en sorte que la chirurgie soit effectuée en ambulatoire, spécificité de ce centre. Pour la chirurgie de la main et du membre supérieur, le patient est conscient, seul le site de la lésion est anesthésié et le patient, éveillé, peut poser toutes les questions qu’il veut durant l’intervention. L’équipe comprend également un médecin spécialisé dans la rééducation et deux kinésithérapeutes, toutes les spécialités concernées étant rassemblées en un seul lieu pour apporter le meilleur service aux patients et ce, 365 jours par an et 24 heures sur 24. Nous sommes toujours de garde avec un numéro unique sur tout le territoire (58 200 300), nous répondons présent à tous les appels. Je tiens à remercier toute l’équipe qui nous a entourés dans la création de ce centre et qui travaille à nos côtés, les chirurgiens, les anesthésistes, les praticiens de médecine physique, les kinésithérapeutes, les paramédicaux et les aides-soignants. Notre groupe projette d’aller de l’avant et si nous sommes les premiers dans ce domaine, la Tunisie est grande, j’espère qu’il y en aura d’autres.

2. Quelles sont les différentes pathologies de la main principalement rencontrées ?

Parmi les nombreuses pathologies de la main, les plus courantes sont le syndrome du canal carpien, les fractures, les plaies domestiques et les brûlures.

3. Quelles recommandations feriez-vous pour la chirurgie de la main ?

Dans cette sous-spécialité qu’est la chirurgie de la main, il faut retenir la chirurgie orthopédique et la chirurgie plastique. Par ailleurs, il faut être rompu aux techniques microchirurgicales et éviter les méthodes de couverture, de lambeaux et les pertes de substances. Il faut être en mesure de couvrir et raccommoder un gros trou en positionnant les structures ligamentaires et en garantissant une bonne prise en charge.

4. Bien que l’intervention se fasse en ambulatoire, une hospitalisation est toujours possible, selon l’état de santé du sujet opéré, quelle est la capacité d’accueil de votre centre ?

Sa capacité d’accueil est celle de toute la clinique, qui a plus d’une centaine de lits et nous disposons d’un étage avec une quinzaine de lits que nous pensons pouvoir remplir en permanence.

Selma Elloumi Ministre du Tourisme

Nous sommes dans la deuxième année de la crise que traverse le secteur du tourisme. C’est la plus grande crise que le tourisme ait connue dans l’histoire de la Tunisie. Il est à souligner que le tourisme médical joue un rôle majeur pour sauver la situation sachant que nous disposons de compétences médicales reconnues à l’échelle mondiale. De nombreux patients européens et africains privilégient la destination tunisienne pour se faire soigner et la création de SOS Main à Tunis est capitale. Comme l’a évoqué Saïd Aïdi, il existe une commission commune au ministère de la Santé publique et à celui du Tourisme au sein de laquelle nous travaillons à promouvoir le secteur du tourisme médical, dont les retentissements sont positifs, même dans le contexte actuel de crise au niveau du chiffre d’affaires global et de l’apport de devises. La chirurgie de la main est une sous-spécialité qui rend la compétence tunisienne encore plus visible.

Dr Faiez Amouri Médecin anesthésiste

1. Quel a été l’élément déclencheur de la création de SOS Main à Tunis ?

L’inauguration de SOS Main en Tunisie, première unité privée de ce type dans le pays, constitue une grande fierté pour nous. Réunir les Docteurs Marouane Boulouedhnine, Mehdi Daghfous et Mounir Triki, trois compétences tunisiennes en chirurgie orthopédique, servira nos malades tunisiens car nous manquons grandement de centres spécialisés, l’Institut Kassab étant le seul centre en Tunisie. Par conséquent, ce centre privé va réellement répondre aux besoins et consolider la collaboration entre les secteurs public et privé, si nécessaire au développement de la chirurgie et de la médecine en Tunisie.

2. Quelle place est octroyée à la promotion de l’exportation des services de soins de santé dans votre centre ?

Le secteur de la santé en Tunisie dispose de nombreuses compétences pour exporter les prestations médicales. La création de ce type de centre pour les pathologies de la main est une valeur ajoutée pour le tourisme de santé qui bénéficie déjà d’une clientèle importante.

3. Quels sont le suivi et les séquelles postopératoires de l’anesthésie après une chirurgie de la main ?

Après une anesthésie locorégionale et une chirurgie de la main, les suites opératoires sont simples et aucune anomalie n’est généralement décelée chez le patient quand la chirurgie est faite en toute sécurité. Ce type d’intervention se pratique en ambulatoire, une moyenne de 3 heures après l’intervention est souvent nécessaire et le patient peut rentrer chez lui. Par ailleurs, les patients peuvent bénéficier d’une analgésie postopératoire meilleure, pour réduire les douleurs après l’intervention, ce qui constitue un avantage très important et un plus par rapport à une anesthésie générale.

4. Quelle est l’importance de l’association d’antalgiques après une chirurgie de la main ?

L’association des traitements antalgiques conventionnels et classiques sont recommandés dans les cas de chirurgie de la main et du membre supérieur car les douleurs postopératoires durent généralement entre 1 et 3 jours, rarement plus. Un antalgique approprié au profil du patient, comme le paracétamol, le tramadol et les AINS, est prescrit.

5. Un dernier mot en marge de cette inauguration ?

Ce nouveau centre SOS Main est à l’image de la volonté des Tunisiens et illustre parfaitement que « vouloir, c’est pouvoir ». Si l’on croit au développement et au progrès de la médecine en Tunisie, l’on peut réaliser des avancées dans tous les secteurs, surtout en ces temps difficiles et en la conjoncture actuelle.

Pr Mehdi Daghfous Chirurgien membre de la Société tunisienne de chirurgie de la main

1. Quels sont les nouveaux défis pour la chirurgie de la main en Tunisie ?

Tout comme les pays développés, mettre en valeur la spécialisation et la sous-spécialisation est très important. Notre défi est d’essayer de suivre les actualités et les innovations médicales, de faire de cette sous-spécialité qu’est la chirurgie de la main une spécialité à part entière. Cette dernière demeure malheureusement méconnue par les citoyens tunisiens et la création du centre SOS Main Tunis est très importante pour une prise en charge adéquate des patients traumatisés de la main. Cette structure privée a été édifiée car dans le secteur public il n’existe qu’un seul vrai centre de la sorte sur toute la Tunisie, c’est celui de l’Institut Kassab et ce, bien qu’il y ait des chirurgiens de la main exerçant dans des unités implantées dans des services d’orthopédie ou de chirurgie générale. Nous avons donc cherché à élargir l’éventail de soins proposés dans le secteur privé pour améliorer la qualité des soins et offrir un plus, dans le cadre des prestations, pour les patients présentant des affections de la main.

2. Quelles nouvelles thérapeutiques sont appliquées dans la prise en charge après le diagnostic de pathologies graves de la main ?

La chirurgie de la main est une spécialité qui a énormément évolué depuis plusieurs années déjà. Actuellement, les consultations pour la main sont de plus en plus fréquentes et sa pathologie est très variée. Les progrès technologiques ont considérablement fait évoluer cette spécialité et la prise en charge en la matière, essentiellement avec l’apparition des prothèses articulaires digitales et du poignet, celles-ci permettant de remplacer une articulation défectueuse. Il y a également le derme artificiel, constitué de fragments tissulaires cutanés synthétiques, d’un grand apport dans les cas de brûlure sévère de la main et des pertes de substance cutanées post-traumatiques ou post-chirurgicales. Il ne faut pas omettre non plus les techniques endoscopiques qui permettent de faire des réparations profondes à travers des mini-incisions et d’éviter ainsi les larges ouvertures cutanées qui retardent les délais de guérison.

3. Quel est l’état des lieux de la chirurgie esthétique de la main dans notre pays ?

Rares sont les patients qui consultent pour la chirurgie esthétique pure de la main, et je cite en particulier le vieillissement cutané de la main, contrairement à celui du visage par exemple. Pour ces patients, nous proposons les techniques d’injection de graisses prélevées au niveau du ventre pour réduire l’aspect ridé de la peau. D’autres techniques, médicales, comme le laser, la cryothérapie ou autres, existent pour estomper essentiellement les taches cutanées.Cependant, la demande dans le cadre d’une amélioration esthétique suite à une pathologie, comme pour les séquelles de brûlures, de traumatismes, etc., est asse z fréquente. Ces patients consultent pour la réparation de ces disgrâces gênantes et désagréables au niveau de leur apparence. Nous possédons plusieurs procédés plastiques pour améliorer les séquelles, des greffes cutanées et des lambeaux aux techniques d’expansion cutanée, en passant par le derme artificiel.

4. Quelles recommandations feriez-vous concernant la prise en charge d’une plaie de la main ?

Un précepte est à retenir : « Toute plaie de la main doit être explorée chirurgicalement ». Les plaies les plus fréquentes sont dues aux accidents domestiques et de loisir, engendrées par des bris de verre ou par un objet tranchant. Il ne faut jamais les négliger et se faire suturer la peau dans une infirmerie ou dans des urgences non spécialisées. La main est très riche en éléments nobles, comme les tendons, les nerfs et les artères, qui peuvent être sectionnés. Le résultat de leur réparation dépend de la précocité et de la qualité de la prise en charge. Quant aux accidents de travail, ils entraînent souvent des traumatismes complexes, touchant plusieurs structures à la fois, pouvant aller des écrasements graves aux amputations. Ces lésions sont du ressort de l’hyper-spécialiste. Il faut savoir que dans la majorité des cas, après un geste chirurgical sur la main, une prise en charge physiothérapique est indispensable pour lutter contre les raideurs articulaires et les œdèmes, celle-ci devant être prise en charge par un kinésithérapeute spécialisé et pouvant durer parfois plusieurs semaines.

5. Quelles maladies de la main rencontrez-vous le plus fréquemment lors de vos consultations quotidiennes ?

Il s’agit essentiellement de femmes souffrant du syndrome du canal carpien, une compression du nerf médian au poignet. Nous voyons aussi les tumeurs de la main, heureusement bénignes dans la grande majorité des cas. Les malformations congénitales de la main sont aussi relativement fréquentes et dues au nombre important de mariages consanguins dans notre pays. Ce sont surtout des polydactylies (plusieurs doigts) et des syndactylies (accolement des doigts). D’autres pathologies peuvent se voir comme la rhizarthrose, les tendinites, les séquelles de fractures et de brûlures, ainsi que les rhumatismes de la main.

6. Qu’en est-il du partenariat public/privé dans le cadre de la chirurgie de la main ?

En tant que spécialiste ayant pratiqué pendant de nombreuses années à l’Institut Kassab, je me joins aujourd’hui à mes collègues chirurgiens de la main pour la création de SOS Main afin d’améliorer les services de soins proposés aux patients dans le secteur privé. Le partenariat entre les deux secteurs est très important car il va, tout d’abord, réduire le temps d’attente des interventions chirurgicales, soulager les structures publiques, leur permettre également d’avoir plus de temps pour la formation des jeunes médecins sur les plans théorique et pratique et pour développer les techniques chirurgicales. Le développement du secteur privé permettra l’expansion de l’exportation des services de soins pour les patients étrangers, maghrébins, européens et africains, donc développer le tourisme médical. Le renforcement de cette spécialité qu’est la chirurgie de la main dans notre pays découle aussi d’un certain sentiment nationaliste.

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