Hammamet : Rencontres interuniversitaires en orthodontie

Les deuxièmes Rencontres interuniversitaires francophones en orthodontie,  organisées ces derniers mois à Hammamet s’imposent  comme la plus importante manifestation francophone de formation continue dans le domaine odontologique. Leur particularité est d’associer, dans le même temps et sur un même lieu, un programme scientifique proposant plus d’une centaine de séances animées par plusieurs  conférenciers, des tables rondes, des ateliers et une exposition d’envergure internationale regroupant une vingtaine d’exposants  à Radisson Blu Hammamet. 

Kamel Bouaouina

Ces journées intitulées « un regard, un sourire vers l’orthodontie de l’avenir »  répondent  à tous les besoins, se veulent  à l’écoute de la demande des praticiens et orientent  leur programme scientifique vers la pratique quotidienne et l’approche globale du patient. Organisées par  l’Association tunisienne de recherches et d’études en orthodontie, en collaboration avec la Société française d’orthodontie et l’Académie nationale de chirurgie dentaire française, ces journées ont réuni plusieurs pays dont notamment l’Algérie, le Maroc, la Lybie, la Mauritanie, la Belgique, l’Italie le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire et le Liban.

 

Le normal en ODF : concept personnel ou universel

 

Le mot normal et le mot norme sont deux termes omniprésents dans la conservation orthodontique. « Toutefois, fait remarquer William Bacon, professeur à la Faculté de chirurgie dentaire à Strasbourg, un certain embarras apparaît, lorsqu’il s’agit de proposer une définition du normal applicable à l’orthodontie et acceptée par tous. Le normal reste une notion vague et exposée à de nombreux dérapages sémantiques, même si certains concepts semblent agréés par une majorité. Ce qui est communément admis n’est pas nécessairement la vérité et ne représente peut-être qu’une singularité déviante approuvée par le plus grand nombre : une vérité transitaire ou adaptée aux circonstances du moment. » Pierre Canal, professeur émérite, auteur de deux livres sur l’orthodontie de l’adulte, a montré que les progrès de l’orthodontie et de la parodontie, l’apport de techniques nouvelles comme les corticotomies, de dispositifs nouveaux tels les munivis ou les muni-plaques permettent de diminuer les risques et donc de repousser les limites. De nombreux adultes choisissent la technique linguale, c’est-à-dire que les bagues sont placées à l’intérieur et sont donc invisibles. La méthode linguale permet de redresser les dents en posant les attaches du côté de la langue. Cette technique est appréciée des adultes qui évitent les regards moqueurs durant leur traitement. Ainsi pourrons-nous envisager des traitements sur des parodontes difficiles après bien évidemment une bonne préparation parodontale et une surveillance thérapeutique de soutien extrêmement minutieuse ; ainsi pourrons-nous repousser les limites de nos thérapeutiques.

 

Orthodontie et reconstruction 3D

 

L’orthodontie moderne, c’est le détail du repositionnement esthétique et naturel de chaque unité dentaire, grâce à une expérience et reconnaissance uniques dans l’esthétique du sourire, associées à des logiciels exclusifs d’aide au diagnostic orthodontique et une reconstitution 3D, à partir d’empreintes optiques et de logiciels de calcul avec visualisation des mouvements dentaires. Dr Yassine Messaoudi, interne en ODF à l’université Claude Bernard à Lyon, a précisé que l’orthodontie vit une véritable révolution avec la démocratisation de techniques de reconstruction 3D. « Dans le traitement chirurgico-orthodontique des dents incluses explique-t-il, le diagnostic et l’élaboration d’une solution thérapeutique peuvent être difficiles à réaliser avec les méthodes conventionnelles de radiographie. On assiste de plus en plus à un traitement orthodontique assisté par informatique. La mise sur le marché de logiciels et de nouvelles machines d’acquisition, toujours plus performants, tels que le cone-beam, les scanners de laboratoire et intra-oraux y contribuent amplement. L’utilisation de tels logiciels 3D nous permet d’améliorer le diagnostic et d’affiner le plan de traitement des dents incluses, dans le but de réduire le risque d’échec des tractions et de prodiguer des soins à la fois plus confortables et de meilleure qualité à nos patients. L’appréhension et la maîtrise de ces technologies numériques permettront aux praticiens d’aboutir à un meilleur taux de succès de leurs thérapeutiques et une meilleure prise en charge de leurs patients.»

 

L’orthodontie rapide

 

L’orthodontie du jeune adulte et de l’adulte est en mutation, comme l’a souligné Pr Jean Jacques Aknin, chef du Département d’orthopédie dento-faciale de la Faculté d’odontologie (Lyon I), créateur de l’Ecole d’orthodontie de Paris. Le dr Aknin est également l’inventeur de la méthodologie DAC, système thérapeutique qui diminue les temps de traitement et les cas d’extractions dentaires. « Nous pouvons maintenant réduire des 2/3 les durées de traitements grâce aux techniques de corticotomies ou de corticisions préalables. En effet, ces incisions de la corticale osseuse péri-radiculaire ou piézotome permettent à l’orthodontiste d’activer significativement le traitement. Les greffes osseuses associées font partie de ce débat sur l’orthodontie rapide. L’orthodontie rapide est mise en œuvre pour les traitements conventionnels mais aussi pour la préparation orthodontique des cas chirurgicaux ; ainsi cette préparation orthodontique pré-chirurgicale est réduite  à 6 ou à 9 mois au lieu de 24 mois. » L’orthodontise doit être assisté dans sa tâche. Dr Claude Bourdillat-Mikol, docteur en chirurgie dentaire à Paris VII,  a souligné le rôle des assistantes dans le fonctionnement du cabinet tant dans son organisation (gestion du matériel, stock, relation avec les fournisseurs) que dans le respect de la traçabilité du matériel médical et son entretien en accord strict avec les règles d’hygiène. Les dossiers cliniques sont également un élément particulièrement sensible et doivent être gérés attentivement. Le rôle de l’assistante est important dans les relations avec les patients. Celle-ci doit savoir gérer toutes les situations.

 

L’orthodontie rend le sourire

 

Le spécialiste en orthodontie le constate, en effet, quotidiennement dans son exercice professionnel : la demande de ses patients – jeunes et moins jeunes d’ailleurs – intéresse de plus en plus le sourire. Ils veulent plaire. Il faut maintenant montrer un beau visage souriant avec de « jolies dents de devant » et, de préférence, avec de « belles dents blanches. »   Faouzi Chelli, président du congrès,  explique qu’il y un lien entre sourire et santé bucco-dentaire : « le sourire est un marqueur social, un facteur d’intégration dans la société, un déterminant qualitatif dans la vie sentimentale, familiale, professionnelle. C’est aussi un challenge de taille pour le praticien. Son sourire doit servir à mettre en confiance ses patients. Ce que recherche le patient, c’est de plaire au groupe social dans lequel il vit. L’appréciation esthétique sociale est, pour lui, fondamentale. Un patient qui a des dents bien alignées  a toujours un bon sourire Au niveau de recrutement, l’importance du sourire est capitale car le sourire a une importance relationnelle.  Mais il faut savoir également que construire un beau sourire, ou plutôt un beau visage souriant, n’est pas si facile. Car le spécialiste, outre la correction de l’ensemble des dysmorphoses (malpositions des dents et des mâchoires), qui n’est pas toujours facile à obtenir, aura pour mission supplémentaire d’en intégrer le résultat dans l’enveloppe faciale de son patient, de sorte que le sourire résultant soit harmonieux, équilibré.