Implantologie dentaire en Tunisie

L’implantologie dentaire semble prendre des proportions en Tunisie. 

C’est, du moins, ce qu’ont tenté d’expliquer, les mois derniers, les spécialistes lors du deuxième congrès international d’implantologie organisé par la société Tunisienne d’implantologie au Russelior Hammamet. Placée sous le thème «  Nos connaissances en implantologie moderne », cette rencontre à laquelle ont pris part des spécialistes tunisiens, français, espagnols et brésiliens, s’inscrit dans le cadre de la formation continue. Le programme scientifique  très riche a fait  intervenir des conférenciers internationaux de tout premier plan avec des temps de parole longs afin que  les praticiens tunisiens puissent pleinement profiter de leur expérience.

Kamel Bouaouina

Notre jeune association, comme l’a précisé dr. Raja Maatar, présidente de l’Association tunisienne d’implantologie, est née de l’espoir et de la volonté d’hommes et de femmes. Son objectif est d’améliorer et de rehausser le niveau de la formation postuniversitaire en implantologie dans notre pays.  « L’implantologie étant une discipline en perpétuelle évolution, l’A.T.I.  sera toujours à la pointe du progrès et fera profiter ses adhérents d’une mise à jour continue et d’un accompagnement dans leur exercice. La Tunisie qui a rayonné dans le monde par sa révolution populaire doit enclencher sa révolution dans le domaine de la formation, de la connaissance  et de la recherche scientifique. L’A.T.I va se donner tous les moyens pour participer à ce grand projet ». Le programme de cette manifestation, selon l’explication du dr Jean Louis Zadikian, président d’honneur du congrès, convient autant aux spécialistes qu’aux omnipraticiens avides de nouveaux protocoles et concernés par l’évolution d’une pratique chirurgicale plus simple et de moins en moins invasive. « Notre challenge, ajoute dr Adel Hamida, président du congrès, consiste cette année en l’affirmation de notre volonté de créer un environnement propice au développement d’une émulation au sein du paysage scientifique de l’implantologie dentaire dans notre pays et dans le reste du bassin méditerranéen. 

 

L’implantologie n’est plus un luxe !

 

L’implantologie dentaire est en train de prendre une place importante dans la pratique quotidienne des médecins. « Le thème de cette année constitue la synthèse de cette philosophie de recherche de l’excellence, a souligné dr Wassim Toukabri chargé de la communication à l’ATI. «  Les médecins ont le devoir d’informer leurs patients de toutes les possibilités de réhabilitation maxillaire et de toutes les formes de prothèses, notamment l’existence de cette forme de traitement (implantologie). Il estime donc que beaucoup de cas nécessitent ce type d’implant. C’est une technologie assez récente mais qui tend à se démocratiser. Nous pratiquons actuellement  la chirurgie implantaire assistée par ordinateur et grâce à cette technologie ultramoderne, nous pouvons établir le diagnostic avec une grande précision, mais également  planifier les cas dans les 3D (dimensions) de l’espace avant de pratiquer l’intervention. Nous pouvons maintenant, grâce aux implants dentaires, avoir une « troisième dentition » avec des résultats si satisfaisants sur les plans esthétique et fonctionnel, que les patients finissent bientôt par oublier que leurs nouvelles dents ne sont pas naturelles. Ils peuvent dorénavant parler, rire et embrasser en toute confiance, sans avoir peur que les prothèses bougent ou les blessent. Ils redécouvrent le plaisir de manger tous les aliments qu’ils désirent. C’est un traitement dont il ne faut pas avoir peur ! Les traitements d’implantologie sont très doux, rapides, sans douleurs et très sécuritaires. Comme toute nouvelle technologie, elle se démocratise. Elle n’est plus un luxe.  La réhabilitation normale, voire essentielle, suite à la perte de toutes ses dents est aujourd’hui la prothèse sur implants. Grâce à l’implantologie dentaire, on peut facilement éliminer les problèmes causés par l’instabilité des prothèses. Il faut avouer que cette technique n’est pas prise en charge par la CNAM. Mais certaines assurances ont commencé à s’investir dans cette pathologie »

 

Zircone et CFAO : où en est-on ?

 

Notre profession poursuit sa  mutation numérique. Que ce soit dans les cabinets ou dans les laboratoires, la CFAO s’impose jour après jour dans notre quotidien. « Aux médecins tunisiens de tirer profit pleinement de ces avancées technologiques. C’est une belle opportunité que de participer à cette évolution », a précisé Jean Pierre Casu, prothésiste dentaire et Artisan Français. « La CFAO, Conception et Fabrication Assistée par Ordinateur, prend une part de plus en plus importante dans la dentisterie moderne, même si elle a mis 40 ans pour devenir incontournable. Le numérique a tellement conquis l’odontologie qu’il n’est même plus envisageable de travailler sans la CFAO, car le travail devient plus simple, plus reproductible mais aussi plus performant sans que l’esthétique ne soit sacrifiée, au contraire. Voilà maintenant de nombreuses années que la zircone s’est installée dans nos laboratoires, engageant par la même occasion, une polémique entre ses fans et ses détracteurs. D’où une mauvaise image véhiculée sans doute par des intérêts commerciaux importants, et surtout par un manque évident d’informations, ainsi que de protocoles de mise en œuvre vis-à-vis des utilisateurs que nous sommes. Comme par le passé, avec bien d’autres avancées techniques, nous avons dû jouer les apprentis sorciers pour arriver à comprendre et maîtriser ce formidable matériau. Bien évidemment, les échecs ou approximations ont fait les «choux gras» de nombreux détracteurs  qui voyaient, sans doute, une grande part de leur marché s’enfuir vers d’autres solutions prothétiques. Depuis, le temps a fait son œuvre, comme bien souvent, les choses ont évolué. Avec de nombreuses études menées par de nombreux praticiens et chercheurs. Aujourd’hui, nous savons que nos armatures doivent être beaucoup plus volumineuses et homothétiques que ce que nous pouvions imaginer. 

La grande diversité des matériaux ainsi que la possibilité d’en automatiser l’utilisation nous ont particulièrement séduits. Aujourd’hui, dans notre production quotidienne, la zircone translucide de type Zenostar représente environ 75 à 80 % avec le plus grand bonheur. Les industriels, avec leur très gros travail sur ces matériaux, ont réussi à nous proposer une zircone particulièrement agréable à travailler. »

Les protocoles accélérés 

 

Cette technique, comme l’a montré dr Jean-Louis Zadikian, président de l’Association française des omnipraticiens pratiquant l’implantologie dentaire (Afopi), permettrait de remplacer immédiatement la ou les dents condamnées. Elle tente aujourd’hui de trouver une place parmi les propositions thérapeutiques en suscitant le doute auprès de certains confrères… et l’enthousiasme auprès d’autres. L’inconfort de la méthode traditionnelle et la longueur du temps de temporisation avaient amené,  le docteur Zadikian à proposer à ses patients un protocole accéléré précis. Celui-ci consiste à réaliser l’extraction et l’implantation dans le même temps, immédiatement suivies par la mise en charge des dents provisoires (aussi bien à la mandibule qu’au maxillaire), ou la réhabilitation bi-maxillaire dans le même temps. L’intérêt était de réduire la durée du traitement et améliorer le confort du patient, puis de conserver les volumes osseux vestibulaire et palatin après extraction. Le but est d’améliorer le résultat esthétique et réaliser une intervention moins invasive par rapport à une greffe autogène. Ces techniques pourraient transformer le principal point faible de l’implantologie en point fort. La plus belle récompense du docteur  Zadikian aux patients est qu’ils  arrivent sans dents le matin et repartent quelques heures plus tard avec un nouveau sourire.

 

La législation en implantologie

 

Le praticien s’engage, sinon de guérir le malade, du moins de lui donner de bons  soins. Il s’agit d’un véritable contrat, bien que non écrit.  Ce contrat est bilatéral. Le patient accepte de se faire soigner. Il s’engage, par là même, à suivre les consignes, les prescriptions, les visites de contrôle nécessaires, ce qui prendra toute son importance en implantologie. Aucun praticien soucieux de la santé de ses patients et de sa propre tranquillité d’esprit ne devrait s’aventurer sur le terrain délicat de l’implantologie sans une formation théorique et pratique solide. « L’intervention du médecin dentaire en implantologie, comme l’a fait remarquer Pr Nedia Frih, vice-présidente de l’ATI,  s’effectue habituellement dans le cadre d’une relation contractuelle qui comporte pour lui une obligation de soins, la fourniture de la preuve d’avoir rempli  son devoir d’information, l’obligation de sécurité et de résultat, le devis écrit et signé par les deux parties et la traçabilité des matériaux et matériels. Les manquements à cette obligation sont sanctionnés sur le terrain de la responsabilité. Cette évolution de la pratique médicale s’impose à tous les praticiens. Il convient de s’adapter à ces nouvelles obligations. 

Commentaires

commentaires