Etat de Santé et état de la peau

Rougeurs, démangeaisons, taches… Certains symptômes cutanés ne doivent pas être négligés. Votre peau en dit long sur votre état de santé ! Des gestes simples peuvent être adoptés au quotidien pour prévenir l’apparition des maladies de peau comme l’ont démontré les dermatologues maghrébins lors de la vingtième édition du congrès maghrébin de dermatologie qui s’est tenu à Yasmine Hammamet du 5 au 8 septembre 2013.

Kamel Bouaouina

Le XXème congrès  maghrébin de dermatologie  a pour objectif de renforcer les échanges, de communiquer les résultats d’expériences des uns et des autres et de permettre aux plus jeunes de partager avec les moins jeunes. Ce congrès, qui se déroule annuellement de manière alternée dans les pays du Maghreb, a été  organisé cette fois-ci par la Société Tunisienne de Dermatologie et de Vénéréologie et  a été rehaussé par la présence  de plus de 300 congressistes, tunisiens et étrangers, ainsi que de plus de 30 exposants. De nombreux thèmes, tout aussi intéressants les uns que les autres, ont été  abordés lors des quatre  journées du congrès, parmi lesquels celui des alopécies (chute de cheveux), qui a été traité par un éminent spécialiste, en l’occurrence le Docteur Jerry Shapiro, organisateur du prochain congrès mondial de dermatologie, prévu à Vancouver (Canada), en 2015. Il a aussi été question de la pathologie de l’ongle, de la dermatologie pédiatrique, des troubles de la pigmentation, des cancers de la peau ou encore du psoriasis. Des sujets qui ont été présentés par des spécialistes tunisiens, maghrébins et européens. La cosmétologie a également été à l’honneur avec l’organisation de plusieurs ateliers de formation dans les domaines des produits de comblement, des peelings et bien d’autres… Rendez-vous l’année prochaine au Maroc. 

Ongles : venir à bout des mycoses

Nos ongles sont sollicités en permanence. Ils sont fragilisés par la répétition des agressions, physiques ou chimiques. C’est pourquoi nous devons en prendre soin et ne pas hésiter à consulter un médecin en cas de doute, comme l’a précisé Dr Soumiya Chiheb, du service de dermatologie du CHU Ibn Rochd à Casablanca : « Les mycoses des ongles sont des infections provoquées par des champignons qui parasitent l’ongle. Ces champignons, qui entraînent les onychomycoses, sont le plus souvent des dermatophytes qui s’attrapent en marchant pieds nus sur les sols publics (piscine, sauna, vestiaires de salles de sport, salles de danse, scènes de théâtre, cabinets des médecins…). Les patients malades déposent des fragments infectés de peau sur le sol qui peuvent transmettre à leur tour la maladie. Cela peut être des levures qui prolifèrent sous les ongles des patients trop souvent en contact avec l’humidité (lavages excessifs des mains, professionnels de l’alimentation, professionnels de santé, personnel des crèches…) ou encore des moisissures que l’on contracte par contact avec un sol contaminé ». La question de savoir si le traitement des mycoses de l’ongle est long se pose alors. « Afin d’obtenir une efficacité plus rapide, il est conseillé de traiter la mycose le plus précocement possible, dès l’apparition des premières manifestations. Le traitement peut se prolonger de trois à six mois afin d’éliminer complètement l’infection. Ces soins reposent sur des médicaments antimycosiques (ou antifongiques) très efficaces. En fonction de la localisation, on privilégiera des traitements par voie générale (comprimés) et/ou locale (pommade, shampoings, vernis.). Il est conseillé, avant de débuter un traitement, de consulter votre médecin qui réalisera, au besoin, un prélèvement pour s’assurer qu’il s’agit bien d’une mycose. Si tel est le cas, il vous prescrira le traitement le plus adapté. Il est aussi important de bien prendre le traitement pendant toute la durée de la prescription. Si l’on se soigne mal, on endort le champignon mais il est toujours là et refera tôt ou tard surface ».

Dermatologie pédiatrique : pour une bonne hygiène cutanée

La dermatologie pédiatrique a connu, au Maghreb, un développement considérable. Les maladies de la peau de l’enfant et du nourrisson sont parfois graves et souvent avec des répercussions tardives sur le développement familial, social et professionnel de l’adulte en devenir. De nombreuses pathologies dermatologiques atteignent les enfants. Certaines s’observent plus fréquemment, voire exclusivement, dans cette tranche d’âge et parmi les plus fréquentes observées chez l’enfant, on note la dermatite atopique et les angiomes, les infections, le psoriasis. « Le traitement dépend de la pathologie, nous explique Pr Nadia Ismaili, professeur agrégée de dermatologie à la Faculté de médecine de Rabat et dermatologue au CHU Ibn Sina, nous avons les médicaments nécessaires pour les soigner mais quelques maladies posent des problèmes thérapeutiques. Là, les traitements sont coûteux et peu remboursés dans nos pays ».
Comment prévenir ces pathologies ? « La prévention de ces affections doit demeurer la priorité dans toute politique de santé et ce, afin de réduire les coûts des traitements, souvent prescrits sur de longues périodes pour des maladies devenues chroniques, souligne Pr Nadia Ismaili. Cette prévention se fera par l’hygiène, la sensibilisation de la population et la prise en charge précoce des enfants. On peut prévenir les récidives en suivant les conseils des dermatologues pour les populations génétiquement concernées. Il faudrait alors les sensibiliser pour mettre fin aux mariages consanguins et limiter la fréquence de ces pathologies. Nous sommes tous plus ou moins responsables de notre santé, une responsabilité partagée entre la pratique d’une bonne hygiène cutanée, certains principes de prévention et l’adoption de bonnes habitudes de vie. Ces conseils permettent d’éviter la plus grande partie des dermatoses et de favoriser la guérison de celles qui sont déjà existantes ».

Troubles pigmentaires : surveiller vos taches

Les troubles pigmentaires sont nombreux. Selon le Pr Nadia Ismaili, ces irrégularités pigmentaires peuvent être des lentigos, également appelés taches de vieillesse s’ils sont principalement dus au vieillissement intrinsèque de la peau, ou lentigos solaires, s’ils résultent d’expositions solaires importantes, un mélasma, généralement dû aux dérèglements hormonaux. Il peut survenir lors de la prise de certains médicaments ou être provoqué par une exposition solaire non protégée durant la grossesse, des taches de rousseur, aussi appelées éphélides, et de pigmentation post-inflammatoire, suite à un bouton d’acné par exemple. La tache est alors due à un excès de mélanine engendré par l’inflammation. La problématique des taches est souvent complexe, les traitements n’étant pas stéréotypés et plutôt adaptés à chaque personne. L’hyperpigmentation n’est pas une fatalité : aujourd’hui, il est possible d’agir à plusieurs niveaux. En effet, nous en savons plus sur le processus d’hyperpigmentation. Une tache qui apparaît est le résultat d’un phénomène complexe où interviennent, à la fois, les mélanocytes et les kératinocytes. Le soleil étant le principal facteur à l’origine de l’apparition et de l’aggravation de ces taches. S’en protéger constitue donc la base de tout traitement. À côté de cela, nous conseillons l’application de crèmes de protection solaire, celles-ci devant être adaptées au type de peau, à la saison et à la peau des enfants. Les frictions doivent être évitées. Le dermatologue propose également différentes techniques pour corriger les taches (lasers, peelings, cryothérapie…).

Botox, produits de comblement : quels risques ?

Nos sociétés maghrébines sont demandeuses de soins esthétiques. L’espérance de vie augmentant, il faudra vivre beau ou belle. Ces soins esthétiques, comme l’a expliqué le Pr Ismaili, peuvent aller de la crème anti-âge jusqu’à l’injection de produits. « Lors du vieillissement, le visage à tendance à perdre ses volumes et s’affaisse. Il est donc utile de combler les fentes, le plus souvent graisseuses. C’est le cas des pommettes, de la région malaire, de la tempe, des joues, de la queue du sourcil… L’injection de produit type acide hyaluronique (ou graisse) permet de restaurer ces volumes et de rajeunir le visage sans en modifier les traits. Si l’on fait de plus en plus usage de produits performants et que l’on est de plus en plus compétent, il n’en reste pas moins que ce sont des produits dont il faut connaître les risques. L’opérateur devra être suffisamment formé et informé. Connaître les risques, c’est bien poser l’indication, maîtriser sa technique, connaître l’anatomie du visage et du reste du corps et, bien sûr, discuter avec le patient de l’intérêt de telle ou telle technique. Il ne faut pas se jeter aveuglément sur ces produits. Le but ultime étant d’améliorer sans effets secondaires préjudiciables pour le patient, ni marques disgracieuses ou complications. D’où la nécessité d’être bien formé aux techniques de rajeunissement, de bien les connaître et les choisir, sans se laisser gagner par la frénésie de l’industrie qui propose de plus en plus de produits. Il faut aussi exiger des études préalables et s’intéresser à tout ce qui se passe dans les autres pays afin d’offrir le meilleur résultat esthétique à ses patients, avec le minimum de complications et de séquelles. Ces risques liés à l’injection de produits de comblement de rides peuvent varier en fonction des individus. Ainsi, les patients peuvent être victimes de rougeurs, d’œdèmes, d’hématomes, d’allergies et de pigmentation. Il est donc nécessaire de savoir poser un diagnostic avant d’injecter, de savoir proposer le ou les traitements qui vont redonner au visage un aspect plus jeune et surtout naturel ».

La prescription à risque en dermatologie : levons les obstacles !

Les risques potentiels, réels ou supposés, liés aux médicaments peuvent parfois constituer un frein à la prescription et ce, dans un souci de sécurité ou par méconnaissance, entraînant, de ce fait, une perte de chances pour les patients. Que les médicaments soient utilisés par voie générale ou par voie locale, ils peuvent donner lieu à des réactions cutanées, chez l’enfant comme chez l’adulte. La sévérité de ces réactions est très variable, certaines d’entre elles pouvant mettre en jeu le pronostic vital. Il est donc nécessaire de connaître et de comprendre ces réactions cutanées, d’interroger aussi correctement les patients avant de leur prescrire certains traitements. Le Pr Olivier Chosidow, dermatologue et professeur à l’Université Paris-Est à Créteil, a expliqué dans son exposé qu’il faut avoir une bonne connaissance des risques conséquents à l’utilisation des médicaments, une connaissance devant se baser à la fois sur l’analyse de la littérature et sur l’expérience personnelle. « Ce congrès, dit-il, est une formation régulière, puisqu’il permet, chaque année, un échange favorable aux mises au point. Il n’y a pas de traitements sans risques, l’importance résidant dans l’évaluation de leur dangerosité ou non et ce, en fonction des bénéfiques attendus. J’ai montré, dans mon exposé, qu’il ne fallait plus utiliser la minocycline, jusqu’ici largement utilisée dans le traitement de l’acné, parce que la doxycycline est beaucoup moins dangereuse. Les corticoïdes constituent une arme thérapeutique majeure en dermatologie et sont prescrits, le plus souvent, par voie locale mais une corticothérapie générale reste indiquée dans certaines pathologies. L’objectif d’un médecin vis-à-vis de son patient est idéalement de guérir sa maladie (la maladie n’existe plus et le traitement est arrêté) sans avoir les effets secondaires des traitements. 

Pr Marie Beylot-Barry : 

Dermatologue au CHU
de Bordeaux-GH Sud – Hôpital Haut-Lévêque

« Détecter tôt mes cancers cutanés pour mieux me soigner »

Près de 80 à 90.000 nouveaux cas de cancer de la peau sont diagnostiqués chaque année. Quels sont ces cancers de la peau ?

Les carcinomes cutanés présentent 90 % des cancers. Ce sont les cancers cutanés les plus guérissables. Ils se développent localement mais peuvent être très destructeurs. Il y a ensuite d’autres types de carcinomes rares qui sont les carcinomes spinocellulaires et les mélanomes qui se développent progressivement, dans la plupart des cas, sur une surface de peau saine, sous la forme d’une petite tache pigmentée.

Quels en sont les symptômes ?

Les premières manifestations de la maladie passent souvent inaperçues. La majorité des cancers de la peau ne causent ni douleur, ni démangeaisons, ni saignement. Les carcinomes sont des plaques rosées et lisses sur la poitrine ou sur le dos et peuvent évoluer et grossir et devenir alors destructeurs. Les mélanomes apparaissent au départ des mélanocytes, les cellules pigmentaires de la peau. Ils sont généralement répartis sur toute la peau mais peuvent également être concentrés en petits amas et former des taches pigmentées telles que les grains de beauté.

Quels sont les facteurs de risques ?

Ces facteurs sont liés à la couleur de la peau et à l’ensoleillement. Le rôle de l’exposition au soleil est désormais bien connu et la très grande majorité des patients connaissent les méfaits du soleil pour la peau.

Comment prévenir ces cancers cutanés ?

S’exposer au soleil sans protéger sa peau peut favoriser un cancer cutané. Pourtant, cette connaissance des risques ne se traduit pas par l’application suffisante de gestes de prévention et de mesures de protection. Pour prévenir le cancer de la peau, une seule solution : protéger sa peau. Il faut choisir le bon écran solaire et éviter de s’exposer longtemps au soleil. Il faut aussi savoir se mettre à l’ombre. La protection vestimentaire est nécessaire. On peut mettre un chapeau et un tee-shirt.

Et le traitement ?

Les traitements des cancers cutanés sont d’autant plus efficaces que leur détection est faite précocement. Le traitement de ces cancers est bien codifié et reste essentiellement chirurgical. Dans tous les cas, la décision thérapeutique est prise selon le stade de la maladie, le profil du patient, ainsi que ses attentes et préférences en matière de traitement.

Dr Moez Ben Salem

Trésorier  à la Société Tunisienne de Dermatologie et de Vénéréologie

« Rehausser le niveau de la dermatologie maghrébine »

Quels étaient les objectifs de ce congrès maghrébin ?
Maintenir un niveau de compétence tout au long d’une carrière médicale est le souhait de tous les médecins, de notre population, au moment où les progrès de la médecine se succèdent à un rythme très soutenu. Notre société a su, tout au long de ces dernières années, faire face à des défis médicaux et technologiques pour rehausser le niveau de la dermatologie en Tunisie et aussi au Maghreb. Ainsi, au côté des communications, workshops et débats autour des lasers, des comblements, du peeling, de la mésothérapie, de la greffe de cheveux et de bien d’autres sujets, le programme a laissé une place importante aux communications sur des sujets comme la dermatologie pédiatrique, la pathologie de l’ongle, les dermatoses infectieuses et les cancers cutanés. Comme la présence de nos jeunes résidents en formation est traditionnellement soutenue et encouragée dans les congrès maghrébins, cette année s’est distinguée par un nombre impressionnant de travaux soumis. C’est dire le succès de ce congrès, qui a tenu ses promesses de qualité scientifique, de partage, de convivialité et d’amitié. 

La dermatologie tunisienne a-t-elle été honorée en marge de ce congrès ?
En marge de ce congrès, la Ligue internationale des Sociétés de dermatologie (ILDS), représentée par le Docteur Jerry Shapiro, organisateur du prochain congrès mondial, a décerné un certificat d’appréciation au professeur Abdelmajid Zahaf, ancien chef de service de dermatologie à l’hôpital Hédi Chaker de Sfax et ancien doyen de la Faculté de médecine de Sfax, récompensant sa riche et brillante carrière de dermatologiste. Il y a lieu de noter que c’est la seconde fois, en deux ans, que la dermatologie tunisienne se voit honorée, puisqu’en 2011, l’ILDS avait décerné un certificat d’appréciation au professeur Mohamed Ridha Kamoun, ancien chef de service de dermatologie à l’hôpital Charles Nicolle.
Vous venez de tenir votre assemblée générale élective. Pouvez-vous nous présenter votre nouveau bureau ?
Ce nouveau bureau a été élu pour trois années et se compose ainsi : la Présidente est la Pr Hamida Turki ; la Vice-Présidente est la Pr Insaf Mokhtar ; le Secrétaire général est le Pr Mohamed Denguezli ; le Trésorier est le Dr Moez Ben Salem ; la Secrétaire générale adjointe est la Pr Agrégée Ines Zaraa ; le Trésorier adjoint est le Pr Mourad Mokni.